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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayRecherché par les gastronomes, craint des mycologues : le pleurote jaune est le premier champignon de culture qui s’avère envahissant en milieu naturel. Des scientifiques s’inquiètent de son arrivée dans les forêts québécoises et ontariennes.
Le pleurote jaune est originaire d’Asie, mais on peut désormais le retrouver dans certaines forêts de la région de Toronto. Il a même été observé dans un boisé du mont Royal, ainsi qu’en Estrie.
Observé pour la première fois sur le continent américain, dans l’État de New York, en 2013, il s’était depuis répandu exponentiellement dans les forêts des États qui bordent les Grands Lacs avant de toucher nos régions.
Son arrivée au pays préoccupe le mycologue et doctorant en écologie forestière Jonathan Cazabonne, qui signe, avec un groupe de biologistes, chercheuses et mycologues, une lettre ouverte (nouvelle fenêtre) pour sensibiliser le gouvernement et la population face à une potentielle menace à la biodiversité.
Les espèces indigènes ne sont pas adaptées à la présence du pleurote jaune et à la rapidité du changement. Donc, il y a beaucoup plus de risques que ces espèces disparaissent, avec le rôle qu’elles jouent localement dans l'écosystème.
C’est qu’il est doté d’une impressionnante capacité à s’installer dans les troncs d’arbres morts, à croître rapidement et à produire de généreux bouquets jaunes qui relâchent des spores pouvant parcourir des centaines de kilomètres, portés par le vent.
En 2025, des scientifiques de l’Université du Wisconsin à Madison ont publié une étude (nouvelle fenêtre) dans la revue Current Biology. L’équipe a démontré que, dans les troncs d’arbres morts où le pleurote jaune s’était installé, le nombre d’espèces de champignons indigènes chutait en moyenne de moitié.

Le pleurote jaune produit de généreux bouquets.
Photo : Getty Images / Larry Keller, Lititz Pa.
M. Cazabonne, comme plusieurs scientifiques à travers le monde, notamment en Europe, en Afrique et en Grande-Bretagne, craint donc qu’il ne nuise à la biodiversité fongique des forêts qu’il colonise.
Un champignon « gourmet » échappé dans la nature
Selon des analyses génétiques, le pleurote jaune aurait migré dans les forêts américaines à partir de sites où il est cultivé et commercialisé. Depuis une dizaine d’années, les petites fermes de myciculture se multiplient et les variétés offertes vont bien au-delà du modeste champignon de Paris.

Des pleurotes jaunes cultivés dans un conteneur.
Photo : Radio-Canada / Hallie Cotnam
Plusieurs misent sur la culture à l’intérieur, mais certaines entreprises le cultivent en plein air, notamment en sous-bois. D’autres vendent des trousses de culture pour que leurs clients puissent récolter des pleurotes jaunes à la maison : ce sont des sacs ou des blocs d’un substrat contenant le champignon, qui peuvent être enfouis au jardin. Des spores se seraient donc retrouvées en milieu naturel.
Le froid, un rempart contre l’invasion
Plusieurs cultivateurs contactés affirment que le pleurote jaune est sensible au froid et qu’il est pratiquement impossible qu’il survive à nos hivers québécois. C’est pour cette raison que la Mycoboutique, une adresse spécialisée à Montréal, déconseille sa culture à l’extérieur.
Et pourtant, souligne le mycologue Jonathan Cazabonne, plusieurs observations répertoriées montrent qu’en forêt, ce champignon peut survivre aux hivers du sud du Québec et de l’Ontario.
Les changements climatiques pourraient faciliter sa progression. L’étude citée plus haut comprend une modélisation des températures qui montre que, d’ici une quinzaine d’années, le champignon pourrait s’être bien implanté dans le sud du Québec ainsi qu’en Colombie-Britannique et à Terre-Neuve, notamment.

A : Répartition estimée du pleurote jaune selon le climat du 20e siècle B : Répartition dans le climat projeté entre 2021 et 2040 si les émissions se poursuivent comme actuellement
Photo : Figure tirée de l'article : Veerabahu et al, Invasive golden oyster mushrooms are disrupting native fungal communities as they spread throughout North America, Current Biology, 2025
Une invasion irréversible?
Plus j’en entends parler, moins j’ai envie de continuer à en vendre.
Pour Michaël Loyer, propriétaire de la ferme Les 400 pieds de champignons à Montréal, arrêter la vente de ce produit voudrait dire se priver d’une part de ses revenus, dans une industrie où les marges de profit sont minces et où la compétition est forte. Si je suis seul à le faire mais que les autres continuent autour, ça ne donnera pas grand-chose, déplore-t-il.
Voilà pourquoi Jonathan Cazabonne et ses collègues signataires réclament un encadrement du commerce du pleurote jaune. Selon eux, la première action à poser serait de cesser de le cultiver à l’extérieur.
Malheureusement, c’est extrêmement difficile d’éliminer totalement les espèces exotiques envahissantes. La seule chose qu'on peut faire, c'est essayer de réduire leur expansion. Et c'est d'autant plus facile qu'on le fait tôt. Dès qu’il y a des observations, c’est à ce moment-là qu'il faut mettre des choses en place.
Le pleurote jaune est également apparu en Afrique, en Europe et en Grande-Bretagne. En août dernier, le gouvernement britannique a publié une analyse lui attribuant le statut d’espèce non indigène à haut risque, pour son efficacité de dissémination et son impact potentiellement majeur sur la biodiversité.
En tant que citoyens, les meilleures pratiques face à cette nouvelle espèce consistent notamment à faire circuler l’information, en consignant toute observation du pleurote jaune en milieu naturel sur des plateformes de science citoyenne comme iNaturalist. Les spécimens retrouvés dans la nature devraient être récoltés et déplacés dans des contenants hermétiques, et consommés uniquement s'ils sont identifiés par des spécialistes.


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