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Stan Bowman a été banni de la LNH pendant deux ans et demi parce qu’en 2010, alors qu’il était directeur général des Blackhawks de Chicago, il avait fermé les yeux sur une plainte d’agression sexuelle formulée par Kyle Beach, un jeune joueur de son organisation.
L’enquête ordonnée par la LNH sur l’affaire Kyle Beach a révélé que le joueur avait identifié son agresseur comme étant l’entraîneur des Blackhawks responsable de la vidéo, Brad Aldrich. Quand Bowman et la direction de l’équipe avaient été mis au fait de la situation, ils avaient choisi de ne rien faire afin d’éviter de perturber la routine de l’équipe durant la finale de la Coupe Stanley.
Quand Gary Bettman a rouvert les portes de la LNH à Bowman, au début du mois de juillet 2024, le communiqué de la ligue soulignait qu’il avait fait des démarches significatives en matière de développement personnel. La plupart de ces démarches, ajoutait-on, focalisaient sur l’importance de répondre de manière efficace et significative aux allégations d’abus.
Stan Bowman a été nommé directeur général des Oilers quelques semaines après la publication de ce communiqué.
Par les temps qui courent, les Oilers sont à la recherche d’un nouvel entraîneur. Considérant le passé récent de leur DG, le dernier nom qu’on devrait s’attendre à voir sur leur liste de candidats devrait être celui de Mike Babcock. Mais, incroyablement, il semble que Babcock soit sur le point d’être embauché.
Ça ne s’invente pas.
Il y a moins de trois ans, quelques semaines après avoir été embauché par les Blue Jackets de Columbus, Mike Babcock a été forcé de démissionner en plein camp d’entraînement – du jamais vu – parce que ses joueurs s’étaient plaints de son comportement.
La pointe de l’iceberg était alors une invraisemblable histoire de violation de la vie privée de ses joueurs. L’entraîneur leur demandait de connecter leur téléphone cellulaire sur le téléviseur de son bureau afin qu’il puisse jeter un coup d'œil aux photographies qui s’y trouvaient. On était loin, semble-t-il, du classique : Montre-moi donc une photo de tes enfants.
Le malaise ressenti par les joueurs lors de ces rencontres était tel que la direction de l’Association des joueurs s’était immédiatement rendue à Columbus pour enquêter. Et après avoir rencontré les joueurs, le chef de la direction de l’AJLNH, Marty Walsh, avait jugé ses découvertes suffisamment graves pour les partager directement avec Gary Bettman.
Babcock avait alors été forcé de démissionner, et on ne l’a pas revu dans la LNH depuis.
Selon les informations qui émanent d’Edmonton, Stan Bowman et son entourage, parfaitement conscients de la radioactivité de Mike Babcock, ont consulté les leaders de leur équipe avant d’entreprendre des négociations sérieuses avec l’entraîneur. L’état-major des Oilers serait même en discussion avec l’AJLNH pour voir si son embauche causerait des problèmes de relations de travail.
Quand vous devez solliciter la permission de vos employés et de leur syndicat avant d’embaucher quelqu’un parce que son passé est parsemé d’allégations d’abus, ça devrait normalement allumer des feux rouges. Et encore plus si la personne chargée de faire ladite embauche a déjà été bannie pour avoir fermé les yeux sur une épouvantable histoire d’abus.
Mais dans la réalité parallèle des Oilers, tout cela semble parfaitement normal.

Stan Bowman
Photo : La Presse canadienne / Amr Alfiky
Au lieu de consulter ses joueurs, Stan Bowman aurait peut-être mieux fait de téléphoner à Jarmo Kekalainen et à John Davidson. Ces derniers étaient respectivement directeur général et président des opérations hockey des Blue Jackets en 2023.
Avant d’embaucher Babcock, Kekalainen et Davidson avaient aussi senti le besoin d’obtenir le consentement de leurs joueurs. Avant d’aboutir à Columbus, Babcock était sans emploi depuis son congédiement des Maple Leafs, en 2019. Et immédiatement après son renvoi de Toronto, d’épouvantables histoires avaient circulé à son sujet.
Je suis très déçu. Nous avons passé à travers un processus avant d’embaucher Mike Babcock à titre d’entraîneur-chef de notre équipe. Nous avons toutefois commis une erreur, et c’est entièrement notre faute. […] Je comprends aussi pourquoi nous recevons autant de critiques. Elles sont méritées. […] Il s’agit de l’un des moments les plus difficiles que j’aie eu à vivre au cours de ma longue carrière dans la LNH. C’est très troublant pour moi, avait déclaré Davidson après le fiasco survenu à Columbus.
Parmi les histoires sur lesquelles Kekalainen et Davidson avaient choisi de fermer les yeux au sujet de Babcock, il y avait une stupéfiante humiliation infligée à Mitch Marner lors de sa saison recrue avec les Leafs.
L’entraîneur avait demandé à Marner de dresser une liste de ses coéquipiers en commençant avec le plus travaillant et en terminant avec celui qui, à son avis, fournissait le moins d’efforts. Après s’être fait remettre cette liste, Babcock avait convoqué un vétéran à son bureau. Et il lui avait révélé que Marner l’avait placé au bas de sa liste!
Plus toxique que ça, tu meurs.
Quand les récits de guerres psychologiques menées par Babcock s’étaient mis à circuler, l’un de ses anciens joueurs chez les Red Wings de Détroit, Johan Franzen, avait tenu à faire savoir que l’entraîneur l’avait continuellement harcelé et intimidé verbalement.
C’est un homme terrible, la pire personne que j’aie jamais rencontrée, avait insisté Franzen. Solidaire, Chris Chelios avait publiquement confirmé les allégations de son ex-coéquipier.
Sachant tout cela, il faut que Stan Bowman ait l’esprit passablement tordu pour en venir à la conclusion que Mike Babcock est le candidat rêvé pour agir à titre d’entraîneur des Oilers d’Edmonton.
Sa feuille de route n’est plus un curriculum vitae, c’est une suite de sérieuses mises en garde faites non seulement par ses anciens joueurs, mais aussi, en sourdine, par de nombreuses personnes qui ont été appelées à travailler à ses côtés.
Bowman croit-il que Babcock instaurera un climat positif dans son organisation? Et croit-il que sa présence derrière le banc donnera envie aux joueurs de la ligue de choisir Edmonton pour y poursuivre leur carrière?
Au bout du compte, les démarches de Stan Bowman montrent une seule chose, soit qu’il n’a pas plus de jugement aujourd’hui qu’il n’en avait en 2010.


1 day ago
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