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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe 26 avril dernier, un jeune Montréalais est intercepté à Chapais à bord d’un véhicule. À l’intérieur, les policiers trouvent deux autres individus et une arme à feu. Leur destination se trouve à des centaines de kilomètres de là encore, sur la Côte-Nord.
Cette expédition a pu être arrêtée in extremis grâce au travail des enquêteurs du projet Aurora. Depuis sa création en janvier, la nouvelle vigie numérique du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est aux premières loges d’un phénomène subi un peu partout au Québec : de jeunes citadins décrochent des contrats sur les réseaux sociaux pour effectuer des crimes violents loin de chez eux, en région.
Le cas du fugueur arrêté à Chapais en est un exemple assez flagrant, remarque Francis Renaud, le commandant de la section du crime organisé au SPVM. Dans la nuit du 25 au 26 avril, la mère voit son garçon quitter la maison et embarquer en voiture. C’est en fouillant sur son téléphone qu’elle trouve des messages suspects mentionnant la Côte-Nord.
C’est alors qu’une collaboration éclair se met en marche entre les forces de l’ordre montréalaises et celle de la Sureté du Québec (SQ).
Pour les équipes d’Aurora, la formule est rodée. Des quelque 120 dossiers à son actif, 70 informations ont été transmises à des corps de police à l’extérieur de l’île de Montréal. Dans la nuit du 25 au 26 avril, par exemple, la description du véhicule a rapidement été signalée aux enquêteurs de la SQ à Baie-Comeau.

Selon Francis Renaud, commandant de la section du crime organisé du SPVM, une infime partie des contrats sont réellement payés aux jeunes qui les accomplissent.
Photo : SPVM
Montréal et les environs servent de pépinière pour des gens qui vont commettre des délits chez vous.
La création d’Aurora n’est pas une solution miracle, loin de là. À peine plus d’un mois après l’arrestation à Chapais, quatre individus cagoulés entrent dans une résidence des Escoumins et aspergent de poivre de Cayenne les occupants.
Des quatre malfaiteurs, trois sont mineurs, dont deux fugueurs de Montréal.
Et ils se sont trompés d’adresse.
Modus operandi
Les réseaux sociaux n’ont pas de limites géographiques, laisse savoir Maya Alieh, sergente-détective du module de la cyberenquête au SPVM. Le recrutement commence sur des plateformes populaires comme Snapchat et Instagram, explique-t-elle, mais les conspirations se transposent rapidement vers des plateformes cryptées comme Signal ou Telegram.
De là, sans frontière, anonyme, toute une économie de sous-traitance se déploie en silence sur les réseaux sociaux. Des jeunes de 13 à 23 ans offrent et acceptent des contrats lors d’échanges où est employé un jargon suspicieux : barbecue (incendie criminel), trois battes (l'équivalent de 3000 $), etc.

Les échanges observés sur les réseaux sociaux par le projet Aurora du SPVM utilisent un jargon qui peut être difficile à comprendre.
Photo : SPVM
L’opacité des contrats étalés sur les réseaux sociaux pose problème pour les forces de l’ordre : difficile de remonter à leur origine. Francis Renaud insiste pour dire que, pour le moment, rien n’indique que le crime organisé est impliqué dans ce marché.
Quoi qu’il en soit, dans cet environnement, prévenir un crime une fois n’implique pas qu’on l’ait évité pour de bon.
En fin de compte, un contrat peut avoir été redonné une deuxième, une troisième et une quatrième fois. Il y a des cibles qu'on a vues au début d’Aurora, il y a quelques mois, qu'on retrouve parce que, justement, le travail n'a pas été fait, explique Mme Alieh.
N’empêche qu’Aurora a contribué à une quarantaine d’arrestations depuis ses débuts. Et à mesure de celles-ci, l’image de cet écosystème cybernétique se précise pour Maya Alieh et ses collègues. Tous les cas où il y a des arrestations nous donnent des informations supplémentaires sur son modus operandi.

Les incendies criminels font partie des crimes qui peuvent être commandités sur les réseaux sociaux. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie
La gloire ou l'appât du gain
À Montréal comme sur la Côte-Nord, une panoplie d’acteurs sont mobilisés pour empêcher les jeunes de commettre des crimes. L’intervenant Burt Pierre est l’un d’entre eux. Pour lui, la volonté des jeunes à voyager sur de longues distances pour commettre des délits s’explique par l’argent, tout simplement.
Venir en région, c’est très lucratif pour eux, avance le coordonnateur du projet Pivot, qui œuvre à la prévention de la violence par armes à feu dans l’est de Montréal. Plus la distance est grande, plus il y a de risques, plus le montant est élevé.
En même temps, le kilométrage brouille la perception des dangers auxquels les jeunes s’exposent, selon lui. Ils ont l'impression qu’en allant aussi loin, ils ont moins de chances de se faire attraper, ce qui n'est pas nécessairement vrai. Mais je pense que c’est ce qu'on leur met comme idée dans la tête.
Burt Pierre souligne l’importance d’accompagner les jeunes embourbés dans la criminalité. Pour lui, ça passe par la prévention dans les écoles et par l’acquisition de compétences, surtout compte tenu des difficultés liées à l’emploi chez les jeunes.
Au SPVM, Maya Alieh appelle aussi les parents à la vigilance. Certaines plateformes, insiste-t-elle, ne devraient pas se retrouver sur le téléphone d’adolescents. Il n’y a, selon elle, aucune raison pour avoir des applications comme Signal ou Telegram, qui constituent à elles seules d’importants signaux d’alarme.

Maya Alieh, sergente-détective au module de la cyberenquête du SPVM, appelle les parents à la vigilance par rapport aux applications présentes sur les téléphones de leurs enfants.
Photo : SPVM
On parle de jeunes de 10 ans, 11 ans, 12 ans. Pourquoi un enfant se retrouve-t-il avec des applications de communications cryptées?
Enfin, pour les jeunes, Francis Renaud martèle un dernier avertissement. Il est illusoire pour ces jeunes de penser faire un sou avec de tels contrats, affirme-t-il. À peu près personne ne se fait payer pour ces contrats-là!


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