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Depuis maintenant une dizaine de jours, des millions d’Européens doivent composer avec des températures extrêmes. Si le Québec n’a encore jamais connu une canicule aussi intense et aussi prolongée, la province est loin d’être immunisée contre un tel phénomène.
Les Européens semblent avoir été malchanceux à date, mais c'est clair que la probabilité augmente pour que ça se produise en Amérique du Nord, et particulièrement dans le sud du Québec, soutient Alain Bourque, climatologue et directeur général du consortium de recherche climatique Ouranos.
Devant la menace, les administrations publiques ont pris des mesures pour limiter les répercussions des vagues de chaleur. Or, certaines failles persistent, soulèvent des observateurs.
Une prise de conscience à l’été 2003
Les autorités québécoises ont longtemps accordé peu d’attention aux risques des canicules, souligne M. Bourque.
La situation a changé à partir de l’été 2003. Cette année-là, le Québec avait connu un mois de juin particulièrement chaud et plusieurs records de chaleur avaient été fracassés, avec des températures atteignant 36 °C dans certaines régions.
Quelques semaines plus tard, la France était frappée par l’une des pires canicules de son histoire, provoquant la mort de 15 000 personnes.
Depuis ce temps-là, le Québec, et notamment Montréal, s'est équipé pour faire face aux canicules, soutient M. Bourque.
Le gouvernement provincial et plusieurs municipalités se sont dotés de plans d’intervention inspirés du « Plan national canicule » français, conçu à la suite de la vague de chaleur d’août 2003.

La canicule d'août 2003 en France a incité plusieurs gouvernements à prendre les risques de canicule plus au sérieux, selon le climatologue Alain Bourque. (Photo d'archives)
Photo : iStock / Marc Bruxelle
Il y a des équipes d'intervention qui ont déjà des listes de personnes un peu partout au Québec, des personnes qui sont très vulnérables. Puis, ces personnes-là sont contactées par les différents [centres de santé], explique le Dr Stéphane Perron, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
Lorsque le mercure dépasse les 30 °C pendant plusieurs jours de suite, les municipalités ont aussi pris l’habitude d’étendre les heures d’ouverture des bibliothèques et des piscines publiques pour permettre à la population de se rafraîchir.
Dans les dernières années, il y a quand même eu des périodes de canicule, puis, dans ces périodes-là, on n'a pas vu d'excès de décès, précise M. Perron. Ça fonctionne assez bien.

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Le reportage de Raphaëlle Drouin
La climatisation de plus en plus répandue
La présence de climatiseurs dans la majorité des résidences permet également de réduire les effets néfastes des vagues de chaleur au Québec.
Selon les plus récentes données de Statistique Canada, 69 % des ménages québécois ont un système de climatisation, comparativement à environ 20 % en Europe.

La climatisation est nettement plus répandue au Québec qu'en Europe. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Or, le Regroupement provincial des comités des usagers déplore que l’accès à la climatisation ne soit pas universel dans les établissements de santé de la province, notamment dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).
Il y a de grandes campagnes de climatisation dans les CHSLD, [...] mais il n’y en a pas partout, rappelle sa directrice générale, Sylvie Tremblay.
Selon un récent recensement de l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP), environ 65 % des chambres en CHSLD étaient climatisées en 2024. C’était seulement 8 % en 2013.
Depuis quelques années, tous les résidents qui en font la demande peuvent se faire installer un climatiseur sans frais, mais cette information n’est pas connue de tous, selon l’AQRP.
S’attaquer aux îlots de chaleur
Plusieurs villes du Québec déploient par ailleurs des efforts de verdissement, afin de lutter contre les îlots de chaleur.
Un arbre et de la verdure, ça a une utilité au niveau de la santé publique, au même titre que les vaccins, soutient Diego Creimer, conseiller principal en développement des projets chez Nature-Action Québec.
Selon lui, en pleine canicule, il peut y avoir jusqu’à 12 °C d’écart entre une région boisée et un secteur où l’asphalte est prédominant. Ces zones où l'on observe une élévation de la température sont considérées comme des îlots de chaleur.

Le boulevard Laure, l'artère principale de Sept-Îles. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Malgré les efforts des municipalités pour accroître le couvert végétal, on retrouve encore d’importants îlots de chaleur partout à travers la province.
On voit des améliorations, mais il reste des endroits avec de fortes inégalités thermiques, soutient M. Creimer.
Selon une analyse de Radio-Canada effectuée en 2022, les résidents à faible revenu et les immigrants vivent d’ailleurs de façon disproportionnée dans les zones les plus chaudes de nos villes.
Avec les informations de Raphaëlle Drouin


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