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Le Parti québécois retirerait le Québec du projet de TGV

1 day ago 1

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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, va retirer le Québec du projet de Train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto s’il est élu à l’automne.

Le vrai problème en matière de transport collectif n’est pas que les Québécois ne puissent pas se déplacer efficacement pour aller à Toronto, mais plutôt qu’ils sont incapables de le faire à l’intérieur même de leur propre ville, a déclaré le chef péquiste dans une publication sur X en justifiant sa décision.

Le projet Alto, actuellement en phase de conception, doit relier les villes de Québec et de Toronto au moyen d'un train circulant à plus de 300 km/h, avec des arrêts dans cinq autres villes, dont la majorité se trouvent dans la Belle Province.

La carte montre le tracé qui reliera Québec à Montréal, en passant par Trois-Rivières et Laval.

Alors que le corridor potentiel est d'environ 10 km de large actuellement, Alto prévoit dévoiler un premier tracé d'environ 60 mètres de large d'ici la fin de 2026.

Photo : Gracieuseté

Les concepteurs du projet prévoient des temps de trajet et des billets à prix compétitif par rapport à l'autobus et à l'avion. Par exemple, il faudrait seulement trois heures pour relier Montréal et Toronto, et 1 h 20 pour relier Montréal et Québec.

La construction de la première phase, qui doit relier Montréal et Ottawa en s’arrêtant à Laval, doit débuter en 2029. L’extension vers Trois-Rivières et Québec est prévue de deux à trois ans plus tard.

Trop cher

Paul St-Pierre Plamondon déplore avant tout le coût du projet, qu’il croit beaucoup plus élevé que l’estimation officielle (de 60 à 90 milliards de dollars). Il se fie plutôt à l’estimation faite par Jean-Denis Garon, le député bloquiste de Mirabel, qui calcule une somme totale pouvant atteindre 200 milliards de dollars.

Jean-Denis Garon, de côté.

La circonscription de Mirabel, où siège le bloquiste Jean-Denis Garon, compte parmi les plus fermes opposants au projet. La raison : le corridor préliminaire traverse des terres agricoles locales.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La part du Québec pourrait donc s’élever à autour de 40 milliards de dollars, avance ensuite Paul St-Pierre Plamondon, qui s'appuie sur un prorata du montant total. Imaginez tout ce qu’on pourrait faire avec 40 milliards. [...] On pourrait, à la place, rénover la quasi-totalité de nos infrastructures vétustes, estime-t-il, soulignant que sa priorité comme gouvernement sera la rénovation plutôt que la construction d’infrastructures.

M. St-Pierre Plamondon critique également l’objectif d’unité canadienne qui, selon lui, mousse ce projet.

Nous n’avons ni le luxe ni l'intérêt de nous payer un train [...] dont l’objectif premier est de répondre au désir de nation building et de renforcement de l’unité canadienne par le gouvernement libéral fédéral.

C’est pourquoi un gouvernement du Parti québécois mettra un terme au projet de TGV Alto et exigera que les sommes nous soient directement versées sans condition afin d’investir dans ce qui est prioritaire au Québec, conclut-il.

Des chiffres contestés

Une source proche du dossier, qui s'est confiée à Radio-Canada mardi matin, remet toutefois en question les calculs sur lesquels se base le chef péquiste.

On ne comprend pas le calcul du PQ sur le 40 milliards de dollars qui reviendrait au Québec. C'est un projet entièrement financé par le fédéral, le Québec ne peut donc pas retirer son argent, affirme cette source qui participe à la conception du projet au Québec et qui désire demeurer anonyme.

Cette dernière conteste également l'estimation de 200 milliards de dollars fournie par le député de Mirabel, qui n'a pas divulgué ses calculs pour arriver à ce montant. L'estimation d'Alto demeure entre 60 et 90 milliards de dollars, payés par Ottawa, indique-t-elle.

Paul St-Pierre Plamondon en point de presse.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, aimerait que le fédéral lui reverse la portion « québécoise » qui sera investie dans le projet de TGV.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le PQ ne comprend pas comment ça marche, a lancé sans détour la première ministre du Québec, Christine Fréchette. Ce n’est pas vrai qu’on peut aller récupérer des milliards et des milliards de dollars si ce projet-là ne va pas de l’avant au Québec.

Les réactions n'ont pas tardé du côté du gouvernement fédéral, qui pilote le projet. Les Québécois sont tannés de voir qu'en France, c'est possible d'avoir des TGV, mais pas au Québec, a répondu la ministre de l'Industrie, Mélanie Joly, à son arrivée sur la colline du Parlement mardi matin. C'est un projet qui touche à 40 % de la population canadienne, qui ajoutera 51 000 emplois et 3,5 % à notre PIB, a renchéri le ministre fédéral des Transports, Steven Mackinnon.

L'ex-premier-ministre François Legault, qui est toujours député de la CAQ, a aussi ajouté son grain de sel sur les réseaux sociaux. Il accuse le PQ de laisser à Air Canada le monopole du transport interurbain dans ce corridor, puisque l'entreprise y assure la majorité des liaisons aériennes.

En retirant le Québec du projet de TGV Québec-Trois-Rivières-Montréal-Toronto, le PQ défend indirectement la vache à lait d'Air Canada.

Plusieurs élus municipaux ont également critiqué la sortie du PQ.

Il faut s’assurer que le projet soit bien fait, mais cela ne doit pas nous empêcher d’avancer, a déclaré le maire de Laval, Stéphane Boyer. Même son de cloche chez la mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, pour qui le projet est logique pour un tel corridor économique.

Le TGV [...] deviendra un puissant moteur économique, comme ça a été le cas dans tous les pays du G7 avant nous, a pour sa part exprimé le maire de Québec, Bruno Marchand, par voie de communiqué. Militant depuis plusieurs années pour un TGV desservant la capitale nationale, le maire de Québec se désole des tergiversations politiques qui le remettent régulièrement en question.

Il faut se retrousser les manches pour surmonter les défis qui y sont associés, au lieu de constamment repartir à zéro. On est déjà assez en retard comme ça.

Sans surprise, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez-Ferrada, a abondé dans le même sens. Le TGV ne devrait pas être un enjeu partisan. Le Québec doit être capable de porter une vision ambitieuse pour l’avenir tout en continuant d’investir dans les infrastructures.

Le PQ se défend

Le porte-parole du PQ en matière de transports, Joël Arseneau, a défendu la position de son parti en fin d'avant-midi.

Je pense que les Montréalais, par exemple, cherchent avant tout un transport entre le centre-ville et les couronnes. [...] Est-ce qu'il faut investir là-dessus, ou dans un nouveau lien avec Toronto? a-t-il demandé lors d'un point de presse à Québec, en rappelant que ses priorités s'orientent plutôt sur la réfection des infrastructures. Il y a bien d'autres projets qui peuvent créer des emplois [au Québec], comme le maintien de nos actifs.

Un train en hiver.

La conception du TGV est présentement déléguée au consortium Cadence, qui est composé de six sociétés : trois basées au Québec (CDPQ Infra, Air Canada et AtkinsRéalis) et trois basées en France (SCNF, Systra et Keolis).

Photo : Alto

Le chef péquiste a persisté et signé en après-midi, malgré l'impopularité de sa sortie en début de journée. Je trouve que si le fédéral ou le gouvernement du Québec ont des sommes à mettre dans de l’infrastructure, ça doit être sur des projets vitaux, importants, urgents et non dans des projets pour couper des rubans.

De son côté, Alto affirme avoir mené une soixantaine de séances de consultation publique entre janvier et avril dernier, dans les communautés situées le long du tracé. On consulte les gens en leur présentant un corridor aussi large que 10 kilomètres, parce qu'on ne veut pas les mettre tout de suite devant le fait accompli, expliquait Philippe Archambault, VP aux communications d'Alto, lors de la consultation publique à Mirabel en février.

La nouvelle société d'État souhaite maintenant analyser les rétroactions reçues pour pouvoir proposer, d'ici la fin de l'année, un premier tracé réaliste d'environ 60 mètres de large. Cette largeur correspondrait à l'emprise nécessaire pour deux voies de chemin de fer, les équipements électriques et les marges de sécurité. Autant que possible, le tracé visera les lignes de lot, entre les terres, ajoutait M. Archambault, en précisant que les procédures d'expropriation seront utilisées seulement en dernier recours.

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