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« Le dernier homme libre de Washington » survivra-t-il à sa primaire au Kentucky?

3 weeks ago 75

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C’est la primaire républicaine la plus suivie de l’année et la plus dispendieuse de l’histoire des États-Unis. « Ils ont tenté d’acheter mon vote pendant 14 ans, mais il n’était pas à vendre. Alors maintenant, ils essaient d’acheter mon siège », nous dit Thomas Massie, à la veille du scrutin.

En temps normal, cette campagne électorale sur les routes sinueuses du Nord-Est du Kentucky ne ferait pas les manchettes nationales. Mais cette fois, cette primaire est un test : Donald Trump a-t-il toujours l’emprise absolue sur le parti républicain?

Au pied des Appalaches, dans le stationnement d’un café du petit village de Greenup, quelques dizaines de personnes attendent leur tour pour serrer la main de Thomas Massie.

À Washington, il est considéré comme un élu rebelle du Parti républicain, mais ici, ses partisans le considèrent comme un homme de principe, qui place les intérêts du Kentucky avant ceux de son parti ou de Trump.

Levi Rhodes, qui soutient Thomas Massie depuis qu’il a 18 ans, était présent lors du rassemblement. [Thomas Massie] vote exactement pour ce que nous voulons, pour ce que ce district veut.

Thomas Massie discute avec Levi Rhodes devant le café du village de Greenup où s'est tenu un rassemblement avec l'élu.

Levi Rhodes est venu rencontrer Thomas Massie dans le village de Greenup, au Kentucky, le 18 mai 2026.

Photo : Noémie Laplante

Les gens savent qui je suis. J'ai grandi ici. Je ne suis pas un nouveau venu, et ils savent comment je vote, parce que j'explique comment je vote depuis 14 ans, lance Thomas Massie, en entrevue avec Radio-Canada, vêtu de jeans et de bottes de cowboy.

L’élu rebelle

Donald Trump a fait de cette primaire une affaire personnelle. Le président et son entourage ont mis tout leur poids derrière Ed Gallrein, un autre candidat jugé plus loyal, afin d’empêcher Thomas Massie d’obtenir la nomination républicaine dans le district.

Thomas Massie s’est attiré à répétition les foudres de Donald Trump. Encore la fin de semaine dernière, le président le traitait d’imbécile déloyal, ingrat et hypocrite. Ce fermier, joueur de banjo et amateur de lait cru aux vues libertariennes, a ignoré la ligne de parti à de nombreuses reprises.

Des personnes écoutent le représentant prononcer un discours dans un café du petit village de Greenup, au Kentucky, le 18 mai 2026.

Une centaine de personnes sont venus rencontrer le représentant républicain Thomas Massie dans un café du petit village de Greenup, au Kentucky, le 18 mai 2026.

Photo : Noémie Laplante

Le président m’a traité de crétin pendant un événement de prière. Au moins, je suis dans ses prières, a plaisanté Thomas Massie, défiant, sous les rires de la foule rassemblée à Greenup.

Le représentant du Kentucky a notamment voté contre le Big Beautiful Bill de Donald Trump, jugeant qu’il ferait trop gonfler la dette nationale. Il s’est aussi opposé aux tarifs douaniers, ainsi qu’à la guerre en Iran et à l’appui inconditionnel des États-Unis à Israël, tout en réclamant la divulgation des dossiers Epstein.

Pas besoin de me dire pour quel projet de loi je dois voter. Je vais lire ces projets de loi et me forger ma propre opinion sur ce qui est le mieux pour le Kentucky, estime Thomas Massie.

C’est le dernier homme libre de Washington, lance Cindi, mère de trois enfants et électrice du district de Thomas Massie, rencontrée dans le village de Cynthiana, dans le nord de l’État.

Il est resté cohérent. Chaque fois qu'il vote, il se demande : "Est-ce que cela va faire augmenter les dépenses à Washington?", ajoute-t-elle.

Ce n’est qu’une chicane entre papa et maman.

Mais, plusieurs républicains sont déchirés entre leur loyauté envers Donald Trump et envers Thomas Massie. Nous aimons Trump et nous aimons Thomas Massie. Les électeurs du Kentucky sont habitués à ces divisions dans le parti, affirme Steven Doan, sénateur de la législature du Kentucky, faisant référence à d’autres têtes fortes de l'État, comme Mitch McConnell et Rand Paul.

La primaire la plus coûteuse de l’histoire américaine

Cet affrontement, qui s’est transformé en référendum de l'emprise de Trump sur son parti, a mobilisé plus de 30 millions de dollars.

Des comités d’action politique sont à l'œuvre. Thomas Massie a accusé son adversaire Ed Gallrein d’être en partie financé par le lobby pro-Israël et d’influents donateurs.

Mon argent provient de dizaines de milliers de donateurs, dont des milliers dans le Kentucky. Mon adversaire, lui, en a déclaré moins de cent au Kentucky, a lancé Thomas Massie. Ses donateurs, en comparaison à ceux de son adversaire, ne sont pas des milliardaires, ni même des millionnaires.

La veille du vote, l’administration Trump a sorti ses gros canons pour appuyer son candidat. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth s’est déplacé jusqu’au Kentucky pour appuyer Ed Gallrein, cet ancien membre décoré des forces spéciales de la marine américaine.

Le candidat républicain Ed Gallrein serre la main du secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth, sur scène.

Le candidat Ed Gallrein (gauche) et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth ont participé à un rassemblement à Erlanger, au Kentucky, le 18 mai 2026.

Photo : Noémie Laplante

Accroché à son texte dans une salle de conférence d’un hôtel de la ville de Hebron, Ed Gallrein, qui a refusé de débattre avec Thomas Massie pendant la campagne, a flatté le président.

Sous la présidence de M. Trump, nous rétablissons notre puissance de combat et nous revenons aux principes qui ont fait de notre nation la force la plus redoutée sur Terre, a déclaré le candidat.

Pete Hegseth, lui, a salué le service militaire d’Ed Gallrein, avant de s’en prendre à Thomas Massie.

« Le président Trump n'a pas besoin davantage de personnes à Washington qui cherchent à faire valoir leur point de vue, surtout au sein de son propre parti », a-t-il ajouté, appelant à l’unité dans les rangs républicains.

Un message qui résonne dans la salle où sont assises une centaine de personnes majoritairement âgées de plus de 60 ans. Massie est toujours celui qui dit non, s’agace Challie Bailey, un homme vêtu d’un chandail sur lequel sont imprimés le drapeau américain et la Constitution.

Un partisan d'Ed Gallrein, Challie Bailey, répond aux questions d'un journaliste.

Challie Bailey, un partisan d'Ed Gallrein

Photo : Noémie Laplante

Il est en train de profondément diviser le parti. Il provoque des luttes intestines inutiles. Et il va tout simplement créer une situation où les démocrates finiront par prendre le pouvoir, ajoute le partisan d’Ed Gallrein.

Un peu plus loin, Dave Schack, nous explique qu’il appuie Ed Gallrein, puisque c’est le choix de Donald Trump. En gros, je ne voterai que pour les personnes que mon président soutient, parce qu'il a pris ce pays en main et l'a remis sur les rails.

Une centaine de personnes écoutent Ed Gallrein prononcer un discours lors d'un rassemblement à Erlanger.

Une centaine de personnes sont venues assister à un rassemblement d'Ed Gallrein à Erlanger, au Kentucky, le 18 mai 2026.

Photo : Noémie Laplante

Le président a encore récemment joué de son influence pour écarter des candidats qui lui déplaisent lors des primaires de son parti.

Le sénateur républicain Bill Cassidy a été écarté de la primaire de son parti en Louisiane, arrivant derrière la candidate soutenue par Donald Trump. Il était l’un des rares élus conservateurs à avoir voté en faveur de la destitution du président après l’assaut du Capitole en 2021.

Quant à Thomas Massie, il demeure convaincu qu’il va l’emporter. Selon lui, la présence de Pete Hegseth au Kentucky est un signe de panique de l’entourage de Donald Trump. Ils ont mis le secrétaire à la Guerre dans un avion pour le Kentucky, mais il a plus de mal à me vaincre que l’Iran, s’amuse-t-il en entrevue.

S’il est battu, Thomas Massie estime que la vengeance de Trump fragilisera la coalition d'électeurs qui l'a porté au pouvoir en 2024.

La fracture générationnelle

Selon les sondages, Thomas Massie bénéficie d’un solide soutien des plus jeunes électeurs. Son discours peine toutefois à séduire les baby-boomers et la génération silencieuse, qui, eux, soutiennent en majorité Ed Gallrein.

Pour le sénateur Steven Doan, c’est en partie parce que les plus âgés consomment leurs nouvelles sur Fox News, un média très aligné sur Donald Trump et sur le mouvement MAGA.

Mais la situation financière pèse lourdement dans la balance. Les plus jeunes ont le sentiment de faire les frais de l’endettement de l’État et de l’inflation — des enjeux auxquels veut s’adresser Thomas Massie —, alors que les baby boomers, eux, s’en lavent les mains, estime Steven Doan.

Je soutiens Thomas Massie, parce que j’ai deux jeunes enfants et que notre pays est noyé par la dette nationale, a-t-il conclu.

Derek Pardue et Christopher Pino font du porte-à-porte dans un quartier résidentiel du Kentucky, le 18 mai 2026.

Le comité d'action politique (PAC) libertarien « Make Liberty Win » est mobilisé sur le terrain pour encourager les électeurs du Kentucky à aller voter.

Photo : Noémie Laplante

À la veille du scrutin, la bataille pour mobiliser les électeurs fait rage alors que la course s’annonce particulièrement serrée.

Sur le terrain, Derek Pardue et Christopher Pino, deux jeunes militants du comité d'action politique (PAC) libertarien Make Liberty Win, ont fait du porte-à-porte dans les rues d'Erlanger, près de la frontière de l'Ohio, pour le camp Massie.

Comme Steven Doan, Derek Pardue estime que les jeunes Américains votent plus pour Massie, parce qu’ils voient le rêve américain leur échapper. Ma génération a vécu à travers deux crises financières, survenues à moins de douze ans d'intervalle.

Derek Pardue attend devant une porte dans un quartier résidentiel du Kentucky.

Derek Pardue et Christopher Pino ont fait du porte-à-porte à Erlanger, au Kentucky, la veille du scrutin.

Photo : Noémie Laplante

Après avoir cogné à quelques portes sans succès, un sexagénaire émerge de son garage. En fait, c’est un peu fatigant, s’impatiente-t-il, face à la sollicitation acharnée des deux camps sur le terrain depuis des mois.

Il y a des pancartes partout. Mais si tu n’es pas capable de lire les pancartes, ce ne sont pas les dépliants qui vont t'aider, conclut-il, en les invitant à partir.

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