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L’église du Très-Saint-Sacrement se refait une jeunesse moins d’un an avant sa réouverture

6 hours ago 7

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Les clochers de l’église du Très-Saint-Sacrement sont en pleine cure de jeunesse, huit ans après que sa démolition eut été envisagée. Moins d’un an avant la réouverture du bâtiment au public, les équipes s’activent pour sécuriser ses deux clochers et leur enveloppe de pierre.

La visite du chantier débute par une étape un peu effrayante pour quiconque n’a pas l’habitude des hauteurs : l'ascension vers le sommet du clocher est.

Il faut d’abord prendre un ascenseur, puis monter dans l'échafaudage. En haut, on découvre une vue imprenable sur le quartier Saint-Sacrement avec, au centre, une équipe de maçons concentrés.

Je pense qu'on est sur un des points les plus hauts du quartier, lance l’architecte Marianne Leroux, de la firme EVOQ.

Un maçon s'affaire au sommet du clocher est.

Un maçon s'affaire au sommet du clocher est.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Juste à côté, les maçons s’affairent à réassembler la balustrade qui décore le sommet du clocher. Il y a quelques mois, chaque pierre de taille a été détachée, déposée au sol à l’aide d’une grue, numérotée, puis nettoyée.

À l’aide d’un plan, les ouvriers remettent les morceaux ensemble, un peu comme on fait un casse-tête. Le processus est répété avec plusieurs pierres, qui sont replacées un peu partout sur l'enveloppe des clochers.

Un plan du clocher.

Ce plan indique aux maçons l'emplacement de chaque pierre qui a été retirée.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Un long un travail essentiel pour sécuriser l’enveloppe extérieure… et permettre éventuellement le retour du public à l’intérieur.

En 2017 et 2018, le bâtiment a commencé à montrer des signes de vieillesse. Une partie de la façade ouest s'est effondrée à deux reprises et le détachement de plusieurs blocs de pierre a mené à la découverte d'une faiblesse de structure dans l'un des deux clochers de l'église.

Un maçon.

Chaque pierre de la balustrade est réinstallée selon un plan précis.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Un endosquelette pour les clochers

Il y avait beaucoup de fissuration, rappelle Marianne Leroux. Les clochers sont très minces et très hauts, comme vous avez pu le voir, et ils se tordaient, explique la chargée de projet.

Elle rappelle qu’il y a quelques années, des travaux ont permis de stabiliser les deux clochers. Les sécurisations temporaires venaient contrebalancer ce mouvement-là, mais elles étaient temporaires.

L'architecte pose en haut du clocher.

L'architecte Marianne Leroux, de la firme EVOQ

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Pour être en mesure ensuite de rouvrir l'église, on a démonté une partie de la balustrade pour accéder au toit qui était là, puis on [a] installé un squelette d'acier à l'intérieur qui, lui, va dédoubler la structure de maçonnerie massive et va reprendre les forces de torsion, décrit-elle.

L’ajout de cet endosquelette a permis de renforcer les clochers sans avoir à les démonter, puis les reconstruire, précise-t-elle.

Une maçonne à l'ouvrage sur la balustrade.

Une maçonne à l'ouvrage sur la balustrade.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Un chantier un petit peu plus particulier

Marianne Leroux est spécialisée dans ce genre de travaux de restauration. Mais elle admet que le chantier de l’église du Très-Saint-Sacrement est un petit peu plus particulier.

Ne serait-ce que pour le bâtiment, ce qu’il représente pour la fabrique, ce qu'il représente pour le quartier, puis aussi pour nous, comme professionnels, les défis techniques qu'on a ici, dit-elle.

Car l’objectif, avec la préservation des clochers et de leur enveloppe, c’est aussi – et surtout –, la protection de l’intérieur de l’église, classée au patrimoine par le ministère de la Culture en 2022, insiste-t-elle.

C'est le bâtiment au complet qui est important, souligne l’architecte.

Des pierres déposées au sol.

Les pierres de taille sont stockées en attendant d'être rattachées à l'enveloppe extérieure du clocher.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

L’église du Très-Saint-Sacrement a été construite entre 1921 et 1924, d’après les plans des architectes Charles Bernier, Adrien Dufresne et Jean-Thomas Nadeau.

La paroisse était administrée par les Pères du Très-Saint-Sacrement. Leur monastère était situé derrière l’église et a été converti en résidence pour personnes âgées.

Source : Ville de Québec

Un financement longtemps attendu

En 2022, lors du classement au patrimoine de l’église, le gouvernement provincial avait octroyé une subvention de 4 millions $ pour les travaux, pour faire des travaux dits d'urgence sur les clochers et le transept ouest, raconte Charles Marceau.

Il est marguillier à la fabrique Saint-Pierre-Julien-Eymard, une fabrique créée uniquement pour administrer l’église du Très-Saint-Sacrement, désacralisée en 2019, et gérée par une petite équipe de bénévoles.

Or, après avoir finalisé les plans et devis d'architecte, on s'est rendu compte que la somme d'argent qui avait été octroyée était suffisante seulement pour restaurer un seul clocher, ce qui, à l'aboutissement des travaux, n'aurait pas permis la réouverture de l'Église, raconte-t-il.

Une pierre de taille numérotée.

Chaque pierre retirée a été numérotée, puis nettoyée.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

C’est pourquoi, en avril dernier, la Ville de Québec et le gouvernement ont annoncé 2,5 millions $ additionnels, qui ont finalement permis au chantier des clochers de démarrer.

Des fonds supplémentaires seront nécessaires pour la restauration du transept ouest. Mais ces travaux-là ne faisaient pas en sorte que l'église ne pouvait pas rouvrir. Ils ne mettent pas en danger la vie du public. Ce sont des travaux d'infiltration d'eau, qui ont été temporairement bouchés, explique Charles Marceau, qui ajoute que cette zone sera la prochaine priorité sur le bâtiment.

Un échafaudage.

Des échafaudages permettent aux ouvriers de travailler sur toute la hauteur des clochers.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

En suivant le marguillier à l’intérieur du bâtiment, on se fait une petite idée de ce à quoi a pu ressembler la vie du bâtiment depuis sa fermeture d'urgence au public en 2019.

Grâce à la construction d’un corridor d’entrée temporaire, des parties de son sous-sol ont pu être louées à des organismes communautaires pour de l’entreposage. Ça paie le chauffage!, explique Charles Marceau.

Mais il a hâte que le bâtiment soit rendu à la communauté du quartier. On est venus ici aux messes de Noël. En termes d'activité, moi, mes enfants avaient des cours de pastorale. Je veux dire, cette église-là, il y a 25, 30, 40 ans, était le lieu de rassemblement du quartier, l’espace communautaire, se souvient-il.

Je suis extrêmement content que ce lieu-là ait été préservé et j'ai juste hâte de voir ce qui va devenir de ce lieu-là, que mes enfants et mes petits-enfants vont pouvoir venir fréquenter, ajoute-t-il.

Carole Justras et Charles Marceau.

Carole Justras et Charles Marceau.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Un projet en phase avec les besoins du quartier

Quant à savoir quel sera l’avenir de l’église, le suspense ne devrait plus durer encore longtemps, puisque sa réouverture au public, souhaitée pour l’été prochain, arrive à grands pas.

Carole Jutras, est présidente d'Espace communautaire Saint-Sacrement, un groupe citoyen qui a été créé justement pour assurer la sauvegarde de l'église et travailler au projet de revitalisation.

Elle explique que le projet qui y verra le jour devra répondre aux besoins exprimés par la population du quartier lors de consultations, soit que ce soit axé autant que possible sur une vocation alimentaire et communautaire.

Intérieur de l'église.

L'intérieur de l'église du Très-Saint-Sacrement est inaccessible au public depuis 2019.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

La firme Entremise, spécialisée dans les projets de requalification d’églises, permettra de mieux cadrer le projet.

Les travaux de restauration et de stabilisation des clochers doivent se terminer en février. Ensuite, le souhait de la fabrique est de faire les travaux nécessaires pour la création d’un espace plus communautaire.

Si on veut rouvrir pour l'été, on va essayer de travailler dès que ça va être possible, prévoit Carole Jutras.

Il va falloir qu'il y ait de l'accessibilité universelle, vous n’avez pas de toilettes ou à peu près pas, il y a des questions d'électricité, il y a des questions de plomberie… des questions de chauffage… c'est toutes ces contraintes-là qui sont examinées à l'heure actuelle, énumère-t-elle.

L'église vue du chemin Sainte-Foy.

Le chantier de restauration des clochers de l'église est bien visible dans le quartier Saint-Sacrement.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

L’organisme qu’elle dirige a aussi créé un sondage en ligne pour entendre les citoyens du quartier sur ce qu’ils souhaitent pour l’espace extérieur situé devant l’église, au pied de ses marches.

L’église, c'est vraiment un lieu où l'on peut se rassembler, puis je trouve ça de plus en plus important, croit Carole Jutras.

Il y a beaucoup de personnes âgées, mais il y a aussi de nouvelles familles qui arrivent ici, puis qui ne connaissent personne. Il y a beaucoup de plus en plus d'étudiants aussi. Il est important qu'on puisse trouver un lieu où se rassembler, oùl' on peut partager ensemble, conclut-elle.

Vitrail.

Les vitraux de l'artiste Marius Plamondon sont protégés par le ministère de la Culture, de même que l'enveloppe extérieure du bâtiment.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

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