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Empreintes

Texte et photos par Juliette Straet

Il y a la LISTE, la FLIIP, et la célèbre LIM.
Ces trois acronymes, synonymes de rires, sont associés à des ligues d’improvisation du Manitoba qui réunissent des foules comme nulle part ailleurs au pays.
Cet art de scène permet aussi aux jeunes de développer un sentiment d’appartenance envers le français.

C'est un des groupes de personnes que j'ai dans ma vie avec qui je peux être complètement moi-même. Ça m'apporte beaucoup de joie, explique Zara Ramlal. La joueuse des Verts pour la Ligue d’improvisation du Manitoba (LIM) a commencé son aventure à l’école secondaire, il y a huit ans.

Désormais enseignante en immersion française, Zara Ramlal se souvient de l'effet qu'a eu l'improvisation sur elle, à l'adolescence. C'est pourquoi elle entraîne maintenant la relève.

Les soirées de la LIM attirent chaque semaine des dizaines de personnes de toutes générations. Au fil des 35 saisons, le fait de rire en français a tissé une communauté, une famille, même, pour certains improvisateurs et certaines improvisatrices de longue date.

C’est qu’on est drôle, revendique la capitaine de l’équipe des Jaunes, Maryse Gagné, certaine que l’humour saveur Manitoba est la clé du succès de la LIM. Les accents sont propres à la province, et les références à des lieux et événements emblématiques de la francophonie manitobaine, comme le Festival du Voyageur et les Jardins St-Léon, sont fréquentes.
« La LIM a permis que certaines personnes de ma génération ou de la génération qui a suivi n’abandonnent pas le français. »

Charles Leblanc et Jean Fontaine fondent la LIM en 1990, à la suite d’une demande du directeur général du Festival du Voyageur de l’époque, Louis Paquin, qui souhaitait amener du monde au bar Le Canot. Cet ancien bar était un lieu culte de ce festival hivernal.

Je voyais l'engouement que ça avait au Québec, et la communauté francophone a toujours aimé rire, indique Jean Fontaine. Cet animateur de radio d’origine québécoise n’a jamais eu de doute sur le succès qu’allait obtenir l’improvisation dans sa province d’adoption.

Sept mois après sa création, la LIM, basée sur le modèle québécois reprenant les codes du hockey, attire plus de 500 personnes lors de sa finale qui voit l’équipe des Jaunes remporter la Coupe Canot.

Charles Leblanc a eu la joie de voir sa fille, Liliane Jègues, le rejoindre sur la patinoire J’étais très fier. On s’est affrontés en duo, parfois, puis le public a voté et c’est elle qui a gagné, se rappelle-t-il en riant.

C’est désormais courant de voir plusieurs générations créer ensemble au sein de la LIM, puisque plusieurs élèves partagent maintenant la glace avec leurs enseignants et enseignantes.

Si tant de jeunes francophones du Manitoba pratiquent l’improvisation, c’est en grande partie grâce à la création, au tournant des années 2000, de la LISTE, acronyme de la Ligue d’improvisation du secondaire tellement époustouflante.

Quand Gabrielle St. Pierre a commencé l’improvisation, elle avait peur de franchir la bande. Aujourd’hui, elle est souvent l’une des premières à plonger dans la mêlée. Cette confiance se reflète dans son jeu et même dans son quotidien. Ça m’a aussi aidée à mener des conversations plus facilement, j’avais beaucoup de trouble avec ça dans le passé, explique la jeune de 12e année.


La salle est comble pour le tournoi du jour, qui se déroule au Centre scolaire Léo Rémillard. Les jeunes des sept équipes de la LISTE, provenant de six écoles de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), enchaînent les sketches et, sans tarder, les rires éclatent.

Si la LISTE est bien ancrée dans le milieu scolaire francophone, la petite nouvelle, la FLIIP, acronyme de la Fabuleuse ligue d'improvisation immersive et passionnante, a rapidement conquis les jeunes des écoles d'immersion française.

Lancée après la pandémie, la FLIIP est portée par des enseignants et enseignantes dont plusieurs sont membres de la LIM. Les entraînements mélangent des exercices d’échauffement tirés du théâtre et de l’improvisation, puis le personnel enseignant échange des commentaires constructifs avec les élèves.
« On a beaucoup plus d’insécurité linguistique, alors on veut quand même que les jeunes s’expriment en français, mais sans avoir l'aspect punitif. »

Rylee Cammaert enchaîne 30 secondes d’improvisation seule en scène, juste avant la fin de la session. Elle cherche un peu ses mots et se raccroche parfois à l’anglais. Mais ce défi n’atténue pas son enthousiasme, au contraire. Le spectacle continue.
Puis, elle termine en renversant sur son public une marmite imaginaire remplie de faux sang.

Les bienfaits de la FLIIP pour les élèves d’immersion française se font sentir. J’avais quelques élèves qui ont commencé l’année sans être capables de faire de présentations orales en cours, et maintenant, ils y arrivent, souligne fièrement l’enseignante Zara Ramlal.

Rylee et Preston se font les dents dans la FLIIP en espérant revêtir, un jour, un chandail d’une des quatre équipes de la LIM. Toutefois, les deux adeptes de l’impro savent que ce ne sera pas facile puisque plusieurs jeunes de la quinzaine d’équipes des écoles secondaires veulent se joindre à la ligue d’élite.

Les quatre capitaines d’équipes de la LIM choisissent chacun huit membres lors du camp de sélection annuel. Ils doivent trouver un équilibre entre les vétérans et les rookies pour assurer la relève de la ligue.

Le manque de ressources pour la location des salles et les restrictions d’horaire limitent le nombre de joueurs et de joueuses. Près de 15 personnes ont vu leur espoir de rejoindre la ligue s’envoler lors du dernier camp de sélection.

La capitaine des Jaunes, Maryse Gagné, voit dans cet engouement une épée à double tranchant et espère que la relève ne se décourage pas : On demande à ces personnes-là de continuer à venir regarder et à essayer, pour qu’elles puissent apprendre et vivre l’impro. Parce qu’au Manitoba, l’improvisation est une source de fierté qui se célèbre en français.
Crédits
- Texte et photos : Juliette Straet
- Designer : Émilie Robert
- Édimestre : Martin Bruyère
- Réviseure : Annick Charlebois
- Édition et cheffe de projet : Marylène Têtu


2 months ago
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