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Et si la sauvegarde du français passait par l’impro?

2 months ago 15

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Deux improvisateurs sur une scène sombre, les bras levés en signe de victoire ou de joie intense.

Empreintes

Et si la sauvegarde du français passait par l’impro?

Texte et photos par Juliette Straet

Une salle de spectacle bondée et sombre où de nombreux membres du public lèvent des cartons de vote colorés (verts et jaunes) pour choisir leur équipe préférée.

Il y a la LISTE, la FLIIP, et la célèbre LIM.

Ces trois acronymes, synonymes de rires, sont associés à des ligues d’improvisation du Manitoba qui réunissent des foules comme nulle part ailleurs au pays.

Cet art de scène permet aussi aux jeunes de développer un sentiment d’appartenance envers le français.

Portrait de l'improvisatrice Zara Ramlal, souriante, debout sur une scène devant un rideau violet illuminé de petites guirlandes lumineuses. Elle porte un chandail noir avec le logo "LIM".

C'est un des groupes de personnes que j'ai dans ma vie avec qui je peux être complètement moi-même. Ça m'apporte beaucoup de joie, explique Zara Ramlal. La joueuse des Verts pour la Ligue d’improvisation du Manitoba (LIM) a commencé son aventure à l’école secondaire, il y a huit ans.

Zara Ramlal est assise dans une bibliothèque scolaire, faisant un geste de la main pour diriger un groupe de cinq adolescents assis en demi-cercle devant elle.

Désormais enseignante en immersion française, Zara Ramlal se souvient de l'effet qu'a eu l'improvisation sur elle, à l'adolescence. C'est pourquoi elle entraîne maintenant la relève.

Un groupe de personnes assises à des tables dans la pénombre, riant aux éclats en regardant une performance d'improvisation.

Les soirées de la LIM attirent chaque semaine des dizaines de personnes de toutes générations. Au fil des 35 saisons, le fait de rire en français a tissé une communauté, une famille, même, pour certains improvisateurs et certaines improvisatrices de longue date.

L'improvisatrice Maryse Gagné sur scène, portant un chandail orange de la LIM. Elle a la main près du visage et semble retenir un fou rire en pleine action.

C’est qu’on est drôle, revendique la capitaine de l’équipe des Jaunes, Maryse Gagné, certaine que l’humour saveur Manitoba est la clé du succès de la LIM. Les accents sont propres à la province, et les références à des lieux et événements emblématiques de la francophonie manitobaine, comme le Festival du Voyageur et les Jardins St-Léon, sont fréquentes.

« La LIM a permis que certaines personnes de ma génération ou de la génération qui a suivi n’abandonnent pas le français.  »

Gros plan sur une main brandissant un carton de vote vert vif devant une foule floue dans une salle de spectacle.

Charles Leblanc et Jean Fontaine fondent la LIM en 1990, à la suite d’une demande du directeur général du Festival du Voyageur de l’époque, Louis Paquin, qui souhaitait amener du monde au bar Le Canot. Cet ancien bar était un lieu culte de ce festival hivernal.

Jean Fontaine, un homme d'âge mûr souriant avec des lunettes, est assis dans un studio de radio devant un microphone professionnel.

Je voyais l'engouement que ça avait au Québec, et la communauté francophone a toujours aimé rire, indique Jean Fontaine. Cet animateur de radio d’origine québécoise n’a jamais eu de doute sur le succès qu’allait obtenir l’improvisation dans sa province d’adoption.

Une coupe argentée en forme de bol remplie de rondelles de hockey bleues marquées "LIM". Le trophée repose sur un socle en bois à plusieurs étages où sont fixées des plaques commémoratives.

Sept mois après sa création, la LIM, basée sur le modèle québécois reprenant les codes du hockey, attire plus de 500 personnes lors de sa finale qui voit l’équipe des Jaunes remporter la Coupe Canot.

Charles Leblanc, un homme âgé avec des lunettes et une chemise à carreaux, est assis sur un canapé gris. Derrière lui, le mur est décoré d'une grande fresque représentant un paysage de Paris avec la Seine et des ponts.

Charles Leblanc a eu la joie de voir sa fille, Liliane Jègues, le rejoindre sur la patinoire J’étais très fier. On s’est affrontés en duo, parfois, puis le public a voté et c’est elle qui a gagné, se rappelle-t-il en riant.

Un groupe d'adolescents portant des chandails de hockey orange sont regroupés en cercle, discutant intensément de leur stratégie avant de monter sur scène.

C’est désormais courant de voir plusieurs générations créer ensemble au sein de la LIM, puisque plusieurs élèves partagent maintenant la glace avec leurs enseignants et enseignantes.

Vue de dos d'un arbitre portant le chandail classique à rayures verticales noires et blanches, avec le logo "LISTE" dans le dos.

Si tant de jeunes francophones du Manitoba pratiquent l’improvisation, c’est en grande partie grâce à la création, au tournant des années 2000, de la LISTE, acronyme de la Ligue d’improvisation du secondaire tellement époustouflante.

La jeune Gabrielle St. Pierre, portant des lunettes et un chandail orange, est assise sur le rebord en bois de la "patinoire" d'improvisation, regardant ses coéquipiers avec attention.

Quand Gabrielle St. Pierre a commencé l’improvisation, elle avait peur de franchir la bande. Aujourd’hui, elle est souvent l’une des premières à plonger dans la mêlée. Cette confiance se reflète dans son jeu et même dans son quotidien. Ça m’a aussi aidée à mener des conversations plus facilement, j’avais beaucoup de trouble avec ça dans le passé, explique la jeune de 12e année.

Trois jeunes improvisatrices sur scène ; l'une d'elles est captée en plein saut, tandis qu'une autre semble réagir avec enthousiasme à l'action.
Plusieurs improvisateurs de dos, en chandails bleus et rouges, lèvent la main vers l'arbitre qui pointe une direction sur la scène.

La salle est comble pour le tournoi du jour, qui se déroule au Centre scolaire Léo Rémillard. Les jeunes des sept équipes de la LISTE, provenant de six écoles de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), enchaînent les sketches et, sans tarder, les rires éclatent.

Zara Ramlal et un élève sont debout dans une bibliothèque, les bras levés dans des poses symétriques comme s'ils effectuaient un exercice de mime ou de miroir.

Si la LISTE est bien ancrée dans le milieu scolaire francophone, la petite nouvelle, la FLIIP, acronyme de la Fabuleuse ligue d'improvisation immersive et passionnante, a rapidement conquis les jeunes des écoles d'immersion française.

Un groupe d'élèves en vêtements civils participe à des exercices d'échauffement dynamique dans une bibliothèque, certains faisant des mouvements de bras et de jambes.

Lancée après la pandémie, la FLIIP est portée par des enseignants et enseignantes dont plusieurs sont membres de la LIM. Les entraînements mélangent des exercices d’échauffement tirés du théâtre et de l’improvisation, puis le personnel enseignant échange des commentaires constructifs avec les élèves.

« On a beaucoup plus d’insécurité linguistique, alors on veut quand même que les jeunes s’expriment en français, mais sans avoir l'aspect punitif.  »

La jeune Rylee Cammaert, souriante, se tient au centre d'un cercle formé par ses camarades de classe dans une bibliothèque.

Rylee Cammaert enchaîne 30 secondes d’improvisation seule en scène, juste avant la fin de la session. Elle cherche un peu ses mots et se raccroche parfois à l’anglais. Mais ce défi n’atténue pas son enthousiasme, au contraire. Le spectacle continue. 

Puis, elle termine en renversant sur son public une marmite imaginaire remplie de faux sang.

Zara Ramlal observe ses élèves qui pratiquent des improvisations au milieu des étagères de livres.

Les bienfaits de la FLIIP pour les élèves d’immersion française se font sentir. J’avais quelques élèves qui ont commencé l’année sans être capables de faire de présentations orales en cours, et maintenant, ils y arrivent, souligne fièrement l’enseignante Zara Ramlal.

Les deux élèves, Rylee et Preston, posent dos à dos en souriant au milieu de la bibliothèque de leur école.

Rylee et Preston se font les dents dans la FLIIP en espérant revêtir, un jour, un chandail d’une des quatre équipes de la LIM. Toutefois, les deux adeptes de l’impro savent que ce ne sera pas facile puisque plusieurs jeunes de la quinzaine d’équipes des écoles secondaires veulent se joindre à la ligue d’élite.

Les joueurs de la LIM, vêtus de chandails noirs et oranges, se tapent dans les mains (high-fives) sur la scène à la fin de leur performance.

Les quatre capitaines d’équipes de la LIM choisissent chacun huit membres lors du camp de sélection annuel. Ils doivent trouver un équilibre entre les vétérans et les rookies pour assurer la relève de la ligue.

La capitaine Maryse Gagné et son équipe, vêtues de chandails jaunes, sont regroupées sur le bord de la patinoire pour discuter de leur prochaine improvisation.

Le manque de ressources pour la location des salles et les restrictions d’horaire limitent le nombre de joueurs et de joueuses. Près de 15 personnes ont vu leur espoir de rejoindre la ligue s’envoler lors du dernier camp de sélection.

Trois improvisateurs sur scène (deux en chandails jaunes, une en chandail noir de la LIM) sont en pleine action, s'exprimant avec animation devant le public.

La capitaine des Jaunes, Maryse Gagné, voit dans cet engouement une  épée à double tranchant  et espère que la relève ne se décourage pas : On demande à ces personnes-là de continuer à venir regarder et à essayer, pour qu’elles puissent apprendre et vivre l’impro.  Parce qu’au Manitoba, l’improvisation est une source de fierté qui se célèbre en français.

Crédits

  • Texte et photos : Juliette Straet
  • Designer : Émilie Robert
  • Édimestre : Martin Bruyère
  • Réviseure : Annick Charlebois
  • Édition et cheffe de projet : Marylène Têtu
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