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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayUn Noël, il y a bien des années, alors que j’étais beaucoup plus jeune, je me tenais en rang avec les autres soldats de mon régiment pendant que notre commandant passait devant nous en serrant la main de chacun.
Lorsqu’il est arrivé devant moi, il m’a ignoré. Sa main était déjà tendue vers la mienne, mais il l’a retirée.
Il a serré la main du soldat à côté de moi et a poursuivi son chemin. Le sergent-major régimentaire a remarqué ce qui venait de se passer. Des mots ont été échangés et, finalement, le commandant est revenu pour me serrer la main.
La même chose s’est reproduite le Noël suivant.
J’étais jeune, Autochtone et loin des miens. Il y a eu d’autres incidents au cours de ces années, certains bien plus graves. J’ai entendu des propos sur les Autochtones qui n’auraient jamais dû être prononcés par des dirigeants militaires ou des camarades. J’ai vécu des traitements qui ont eu des conséquences sur mon emploi, mes possibilités d’avancement, mon identité militaire, mon identité autochtone et mon bien-être spirituel.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Des années plus tard, en 2010, alors que je marchais dans les rues de Québec, j’ai croisé par hasard cet ancien commandant. Il s’est approché de moi et s’est excusé pour la façon dont il m’avait traité pendant des années.
Je n’ai jamais oublié ce moment.
Cela fait maintenant environ 30 ans que je sers dans les Forces armées canadiennes, d’abord dans la Force régulière, puis dans la Réserve. Je sers encore aujourd’hui.

En 2025, Robert Falcon Ouellette a été nommé premier gardien du savoir autochtone dans les Forces armées canadiennes.
Photo : La Presse canadienne / Anciens Combattants Canada
Mais il fut un temps où je pensais que ma vie militaire était terminée. Lorsque j’ai quitté la Force régulière, après des années de discrimination qui m’avaient poussé vers la sortie, j’étais à l’un des points les plus bas de ma vie. J’avais perdu une partie de ma perception de moi-même.
Je crois profondément au service et à l’institution militaire. Mais aimer une institution ne signifie pas faire semblant qu’elle ne nous a jamais fait de mal.
Lorsque le règlement du recours collectif sur le racisme systémique dans les Forces armées canadiennes a été annoncé, j’ai d’abord voulu y voir une forme de reconnaissance. Enfin, pensais-je, on allait reconnaître ce que des militaires autochtones, noirs et d’autres militaires racisés avaient vécu pendant leur service.
Mais plus j’examine le processus, plus je me demande si nous n’aurions pas pu faire mieux.
Je crains surtout qu’après les formulaires, les indemnisations et les excuses, nos histoires finissent par s’effacer. Que les expériences humaines derrière ce recours collectif soient réduites à un montant, puis rangées dans un dossier que l’on pourra un jour considérer comme réglé.
Les personnes admissibles peuvent recevoir un paiement de 5000 $ pour l’expérience commune. Celles qui soumettent un récit plus détaillé peuvent recevoir une indemnisation supplémentaire de 10 000 $, 20 000 $ ou 30 000 $, selon la gravité et la durée des préjudices subis.
Cela me laisse devant une question difficile.
Combien valait ce qui m’est arrivé?
20 000 $? 30 000 $?
La discrimination au cours d’une carrière militaire ne fait pas que blesser les sentiments d’une personne. Une promotion manquée peut avoir des conséquences sur la suivante. Cela touche le salaire, la pension, les nominations, les possibilités de formation et, éventuellement, toute une carrière.
Il y a eu des moments où les conséquences allaient bien au-delà de l’argent. Elles ont changé la façon dont je me voyais comme soldat et comme homme autochtone. Parfois, elles ont atteint mon bien-être spirituel et m’ont dangereusement rapproché de décisions dont il aurait pu être impossible de revenir.
Comment peut-on mettre un prix sur cela?
Le règlement ne se limite pas à l’argent. Il prévoit des possibilités de dialogue réparateur, des réformes systémiques ainsi que des excuses personnalisées du chef d’état-major de la Défense.
Ces mesures comptent.
Mais je demeure préoccupé par la facilité avec laquelle des histoires très différentes peuvent disparaître sous la grande catégorie du racisme systémique.
Les militaires autochtones, noirs et racisés ont pu vivre des formes semblables de discrimination, mais nos histoires ne sont pas identiques. Pour les militaires autochtones, le service militaire s’inscrit aussi dans la longue histoire canadienne de la Loi sur les Indiens, des pensionnats, de la répression des cérémonies et des générations d’efforts visant à séparer les peuples autochtones de leurs cultures et de leurs identités.
Tout au long de ma carrière, des militaires autochtones se sont approchés discrètement de moi pour me dire presque en chuchotant : Moi aussi, je suis Autochtone.
Je me suis toujours demandé pourquoi ils ressentaient le besoin de le dire à voix basse.
Pourquoi fallait-il cacher son identité autochtone au sein d’une institution où nous étions censés nous faire suffisamment confiance pour mettre nos vies entre les mains les uns des autres?
J’ai choisi, à certains moments, d’être visible. J’ai porté mes cheveux d’une manière liée à mon identité autochtone. J’ai cherché la cérémonie et des conseils spirituels. Mais il y a également eu des périodes où il semblait plus facile de rester discret.
Voilà le véritable coût de la discrimination.
L’argent compte. L’indemnisation compte. Les excuses comptent.
Mais la réparation ne peut pas simplement consister à payer les gens et à fermer le dossier.
Nos histoires ne doivent pas disparaître.
Six longues années à être chassé d’une vie tant désirée,
En route vers la base pour signer la quittance,
Chaque kilomètre alourdit encore la douleur, la peur, la honte.
Et… l’idée d’un brusque virage à gauche traverse l’esprit anéanti.


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