PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa campagne électorale québécoise est la première à se dérouler depuis que des outils d’intelligence artificielle (IA) qui permettent de générer des images, des vidéos et des sons réalistes en quelques secondes ont été mis à la disposition du grand public.
Bien que l’impact réel de l’IA générative sur la démocratie reste méconnu, la crainte que cette technologie soit massivement employée pour faire de la désinformation hante les esprits depuis son émergence il y a quatre ans.
Mais, jusqu’ici, le contenu trompeur généré par l’IAn’a pas eu une grande incidence sur la campagne électorale fédérale l’an dernier, ou encore sur la campagne présidentielle américaine de 2024.
Ce qu'on a vu dans les autres élections, de manière générale, c’est que l’intelligence artificielle est surtout utilisée pour créer des vidéos humoristiques ou satiriques, dans lesquelles on caricature des chefs de partis, par exemple, analyse Mathieu Lavigne, directeur du projet sur l’élection québécoise à l’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) de l’Université McGill.
L’OEM a récemment publié un rapport (nouvelle fenêtre) sur l’état de l’information au Québec à l’approche des élections. Il inclut notamment un sondage duquel il ressort que 63 % des répondants se disent très ou extrêmement inquiets face au contenu trompeur généré par l’IA, période électorale ou non. Ce taux s'élève à 53 % pour ce qui est de la désinformation en ligne en général.
Les chercheurs de l’OEM n’ont pas encore recensé d’importants incidents de désinformation en ligne – générés ou non par l’intelligence artificielle – lors de la présente campagne. Mais son potentiel de nuisance demeure, rappelle Mathieu Lavigne.
Cet article a initialement été publié dans l'édition du 5 septembre de l'infolettre des Décrypteurs. Pour obtenir des contenus exclusifs comme celui-ci ainsi que des analyses sur tout ce qui touche la désinformation et le monde numérique, abonnez-vous en cliquant ici.
Des montages conçus pour passer un message, et non pour tromper
Le contenu politique à vocation humoristique ou satirique généré par l’IA est monnaie courante sur les réseaux sociaux depuis le lancement de la campagne, bien qu’il ne soit pas souvent très viral.
Une vidéo synthétique de la première ministre du Québec, Christine Fréchette, qui embrasse passionnément le premier ministre du Canada, Mark Carney, a été vue plus de 125 000 fois sur Facebook depuis sa publication, quelques jours avant le déclenchement officiel de la campagne. Elle a été mise en ligne par Erik Gravel, un entrepreneur comptant plus de 45 000 abonnés sur Facebook et candidat indépendant dans Blainville.
Ça résume bien la situation, a indiqué M. Gravel dans la publication accompagnant la vidéo.

Cette vidéo générée par l'IA mettant en scène Mark Carney et Christine Fréchette a été vue plus de 125 000 fois sur Facebook.
Photo : @erik.gravel sur Facebook
À l’international, l’usage le plus marquant des outils d'intelligence artificielle par la classe politique reste sans doute celui de Donald Trump. Le président américain a, entre autres, relayé en 2025 une vidéo truquée le dépeignant aux commandes d'un avion de chasse qui cible des manifestants avec des excréments. Plus récemment, il a mis en ligne une vidéo dans laquelle il remplace une pancarte du lac Ontario par une autre le renommant lac d'Amérique.
Au fil des ans, Trump s’est aussi servi de l’intelligence artificielle pour attaquer directement d’autres politiciens.
Ce qui ressort clairement jusqu’à maintenant, c'est que l’IA facilite les campagnes de dénigrement, constate Fenwick McKelvey, professeur de communication politique à l'Université Concordia et directeur de l’Observatoire des médias algorithmiques.
Un exemple probant : Donald Trump qui publie une image de l’ancien gouverneur du New Jersey, Chris Christie, en train de manger plusieurs hamburgers du McDonald’s, pour rire de son poids. Les campagnes négatives ont toujours existé, et c’est bien sûr possible de faire ça avec Photoshop, mais l’IA réduit la barrière à l’entrée pour être méchant.

Donald Trump a partagé cette image synthétique mettant en scène l'ancien gouverneur du New Jersey, Chris Christie, en 2024.
Photo : @realdonaldtrump sur Instagram
Un code de conduite au Québec
Si le contenu méchant généré par l’IA se retrouve sur les réseaux sociaux au Québec, il ne risque pas d’être publié par la Coalition avenir Québec, le Parti québécois, le Parti libéral du Québec ou Québec solidaire : les quatre partis ont adhéré, fin août, au Code de bonne conduite pour un usage responsable de l’IA en politique (nouvelle fenêtre), élaboré par l'Institut de valorisation des données (IVADO) et le Centre d'expertise International de Montréal en intelligence artificielle (CEIMIA).
Les partis signataires s’engagent notamment à ne pas utiliser de systèmes d'IA pour générer des hypertrucages audio ou visuels visant à tromper les électeurs, ni pour générer et des messages visant à tromper et à manipuler l'opinion de l'électorat, que ce soit en le désinformant, en le mésinformant ou en négligeant intentionnellement de vérifier des faits.
Le code contient des engagements en matière de transparence, d'usage responsable, de sécurité et de gouvernance, ainsi que de sensibilisation et de prévention. Il demande notamment aux partis d'étiqueter tout matériel généré ou modifié par l'IA, de protéger la confidentialité des données personnelles des électeurs s’ils les traitent avec des systèmes d’IA, et de former leur personnel politique et leurs bénévoles quant aux risques éthiques et aux failles de sécurité associés à l’IA.
On vient clarifier les règles du jeu entre les partis sur l'utilisation de l’IA, ce qui n'avait pas encore été fait, fait remarquer la directrice de l’IVADO, Catherine Régis. On va apprendre de ces élections-là, et le code pourra être modifié pour s'ajuster à une réalité qui est très évolutive.

La directrice de l'IVADO, Catherine Régis
Photo : Amélie Philibert
Grand absent des signataires : le Parti conservateur du Québec (PCQ). Catherine Régis confirme que la formation d’Éric Duhaime a participé aux discussions entre les partis, mais a finalement décidé de ne pas adhérer au code.
Le PCQ s’engage à faire un usage responsable des outils d’intelligence artificielle durant la prochaine campagne électorale et réitère l’importance qu’il accorde à la cybersécurité et à la protection des renseignements personnels. De plus, nous sommes ouverts à poursuivre les discussions avec les autres formations politiques après l’élection générale sur le contenu d’un éventuel code de conduite des partis, a fait savoir le directeur des communications du PCQ, Cédric Lapointe, dans une déclaration écrite. Il n’a pas voulu expliquer pourquoi le parti n’a pas adhéré au code déjà existant.
Les experts Fenwick McKelvey et Mathieu Lavigne voient l’adoption du code d’un bon œil, bien qu’il n’empêche évidemment pas le public de créer de la désinformation ou des montages de mauvais goût.
Des cas à l’international
Si l’utilisation la plus courante de l’IA générative dans un contexte politique est de passer un message, notamment par l’humour, des tentatives de tromperie à l’aide de ces outils existent bel et bien à l’international.
Une campagne d'appels automatisés a, par exemple, incité des électeurs du New Hampshire à ne pas voter lors de la primaire démocrate de janvier 2024, à l’aide d’une voix hypertruquée du candidat Joe Biden. Elle avait été lancée par un consultant politique démocrate qui a ensuite été mis à l’amende. L’organisme américain de régulation des télécommunications (FCC) a ensuite banni les appels automatisés hypertruqués.
Le cas le plus célèbre demeure toutefois celui de l’élection législative slovaque de 2023, remportée par le candidat prorusse Robert Fico : dans les jours précédant le scrutin, un hypetrucage audio mettant en scène son principal opposant Michal Šimečka et une journaliste connue a circulé sur les réseaux sociaux et dans des plateformes de messagerie comme Telegram. Les deux voix artificielles discutaient de la façon dont elles allaient truquer le résultat.

Robert Fico a remporté l'élection législative slovaque en 2023.
Photo : Getty Images / KENZO TRIBOUILLARD
Impossible de savoir si l’événement a réellement eu une incidence sur le résultat. Comme l’explique le Misinformation Review (nouvelle fenêtre) de l'école d'administration publique de l’Université Harvard, la victoire de Robert Fico est attribuable à de nombreux autres facteurs, dont la méfiance à l'égard des institutions. Si le candidat prorusse a gagné par une plus grande marge que l'annonçaient les sondages, il faut aussi garder en tête que ses électeurs sont plus réticents à coopérer avec les sondeurs en raison de cette méfiance, par exemple.
Chaque élection, on raconte une histoire qui consiste à se demander comment une nouvelle technologie va tout changer, sans vraiment s'intéresser aux autres facteurs, songe Fenwick McKelvey.
Si l'on regarde ce qui façonne réellement une élection, la politique pure prend le dessus. L'IA, ou toute autre innovation, finit par devenir secondaire, soutient le directeur de l’Observatoire des médias algorithmiques.


2 days ago
2




















English (US) ·
French (CA) ·
French (FR) ·