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Quelles sont les répercussions des tarifs douaniers sur l’engrais russe, 4 ans plus tard?

4 weeks ago 10

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« Nul besoin d'être un expert en économie pour comprendre que ces droits de douane nuisent à nos agriculteurs ». Tel était le message des Producteurs de grains de l'Ontario (PGO), à la mi-juin, lors d’une rencontre du Comité permanent de l'agriculture et de l'agroalimentaire, à Ottawa. La cible de leurs propos : les tarifs imposés par le Canada il y a quatre ans sur l’engrais en provenance de la Russie, qu’ils souhaitent voir éliminer.

Paul Maurice, qui administre la ferme familiale dans le canton de Tiny, à environ 150 kilomètres au nord de Toronto, lance qu'on doit regarder sérieusement pour enlever ces droits de douane, bien qu’il est très très difficile de savoir s’il a été touché par la mesure.

L'agriculteur pose sur son terrain, devant des silos.

Paul Maurice est un agriculteur franco-ontarien.

Photo : Radio-Canada / Étienne Lajoie

Ça nous met sur un plancher qui n'est pas [égal] avec d'autres producteurs.

Cependant, si la récolte cette année est l’une des plus dispendieuses qu’il a connue, note-t-il, c’est aussi en raison du conflit au Moyen-Orient, qui fait augmenter le prix du carburant diesel et celui du gaz naturel, dont on se sert pour produire de l’engrais azoté.

Les droits de douane sont entrés en vigueur en mars 2022, en réaction à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Un tarif général de 35 % à pratiquement toutes les marchandises [...] y compris les engrais a été appliqué par le gouvernement fédéral, explique Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC).

Les tarifs ont complètement éliminé les importations d’engrais en provenance de la Russie et, selon Manish N. Raizada, professeur au département des productions végétales de l’Université de Guelph, réduisent les minces marges de profits des agriculteurs.

L’impact sur les consommateurs a été modeste, précise-t-il toutefois.

Une région qui dépend de l’engrais azoté

Le président des PGO, Jeff Harrison, qui a exprimé le point de vue de l’organisation lors de la réunion du comité fédéral, plus tôt cet été, est quant à lui d’avis que les droits de douane ont augmenté les prix payés par les fermiers de l’est du Canada, car ceux-ci dépendent tellement de l’engrais azoté.

Cela est dû à une combinaison de facteurs. D’abord, car on ne produit pratiquement aucun engrais en Ontario. Puis, parce que l’Ontario est le plus grand producteur de maïs au pays, une culture qui dépend largement de l’engrais azoté, ajoute le professeur Raizada.

Ceci dit, Russel Hurst, directeur général de l’Ontario AgriBusiness Association, affirme qu’il est difficile de dire si le prix de l’engrais diminuerait pour les agriculteurs ontariens si, soudainement, les droits de douane étaient ôtés. Il estime cependant que cela offrirait aux agriculteurs un meilleur pouvoir de négociation.

Le professeur émérite de l’Université de Guelph, Ken McEwan, qui analyse l’économie du secteur agricole, affirme qu’il est possible que le prix de l’engrais soit un peu moins élevé au Canada en l’absence du tarif sur les produits russes, mais qu’il est difficile de démêler les répercussions des droits de douane.

Les trois types d'engrais

Il existe trois catégories d’engrais : l’engrais azoté, la potasse et le phosphate.

L’engrais azoté, à base de gaz naturel, est produit en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario. Il comprend l’ammoniaque, le nitrate d’ammonium, l’urée et le nitrate d’ammonium et d’urée.

La potasse, un engrais fait à partir de potassium, est produite en Saskatchewan. Le Canada est le premier producteur de potasse au monde : en 2024, il représentait à lui seul environ 33 % de la production mondiale. Une proportion importante de cette production est exportée aux États-Unis.

Agriculture et Agroalimentaire Canada précise que le Canada ne produit pas d’engrais phosphatés et dépend des importations.

Plus économique d’importer de la Russie

Avant l’entrée en vigueur des droits de douane, les agriculteurs ontariens se sont servis d’engrais russe pendant des années, car il était beaucoup plus économique et fiable d’importer de l’engrais à l’aide de paquebots que par train ou camion d’ailleurs au Canada, analyse M. Hurst.

Les PGO mentionnent ce même enjeu dans un rapport datant d’avril 2025 décrivant les répercussions des droits de douane. Même si on produit de l’engrais azoté dans l’Ouest canadien, notaient alors les PGO, les corridors ferroviaires sont trop achalandés, donc le coût de transport par tonne est relativement prohibitif, forçant l’importation dans l’est du pays.

Par courriel, Terry Cunha, un porte-parole du Canadien Pacifique Kansas City, rejette cette version des faits. Le CPKC a la capacité de transporter des volumes de fret à travers notre réseau, y compris vers l’est du Canada, dit-il. Dans l’ensemble, les engrais et le soufre représentent environ 3 % de nos activités.

Le professeur Raizada explique que la Russie génère aussi une importante quantité d’engrais azotés, car le pays a accès à du gaz naturel peu dispendieux, dit-il. Ils sont donc en mesure de produire de l’engrais azoté moins cher afin de l’exporter à travers le monde.

M. Hurst estime que 70 % du coût de fabrication de l’engrais azoté est associé à l’acquisition du gaz naturel, l'intrant principal de ce type de fertilisant. Si vous n’êtes pas près de la source, en ce qui concerne les produits bruts, le transport et la distribution de ce produit augmenteront considérablement vos coûts, dit-il.

La conception d’engrais azoté a ainsi lieu davantage dans l’Ouest canadien, car c’est, dans l’ordre, en Alberta, en Colombie-Britannique et en Saskatchewan qu’on produit davantage de gaz naturel au Canada.

Encore de l’engrais russe au Canada?

Même si les importations directes d’engrais russe ont cessé, les PGO déplorent que le Canada ne puisse garantir qu’il n’importe pas indirectement de l’engrais russe à un prix inflationnaire par l’entremise des États-Unis, qui continuent de se procurer ce produit de la Russie.

Interrogé à ce sujet, Agriculture et Agroalimentaire Canada dit reconnaître que les produits d’engrais sont commercialisés à l’échelle mondiale avec une traçabilité limitée. Différents produits, déclare le ministère, peuvent être mélangés ou combinés à l’international.

Par conséquent, il n’est généralement pas possible de confirmer si les engrais importés au Canada en passant par les États-Unis ou d’autres pays contiennent des produits russes.

Ce qui semble être survenu, c’est que la Russie vend encore son engrais à d’autres pays. Ces derniers mélangent l'engrais et le réétiquete, donc ces mêmes granules se retrouvent sur le marché canadien, explique le professeur Raizada.

Produire de l’engrais ici?

L’une des solutions au problème d’accès pourrait être la production d’engrais dans l’est du pays, ce que les PGO accueilleraient favorablement, mais qui nécessiterait du capital privé, d’après l’organisme. Ça nécessitera un modèle qui fonctionne et nous fonctionnons au sein d’un environnement au Canada où la réglementation est stricte, dit Jeff Harrison.

Le ministère ontarien de l’Agriculture affirme qu’il a investi 2 millions de dollars dans le développement de technologies ontariennes liées à l’engrais et ses solutions de remplacement, afin de réduire la dépendance aux engrais importés.

Russel Hurst estime toutefois que l’Ontario ne peut pas raisonnablement produire de l’engrais étant donné les coûts de production que cela engendrerait, puisqu’il faudrait importer du gaz naturel produit dans d’autres provinces.

Si vous développez de l’engrais avec un coût élevé de production, ce ne sera tout simplement pas viable économiquement, observe M. Hurst.

Une guerre qui touche encore le marché

Le conflit au Moyen-Orient entourant l’accès au détroit d’Ormuz a compliqué de nouveau le marché mondial de l’engrais, explique le professeur Raizada. Environ le tiers de l’engrais azoté dans le monde passe par le détroit, note-t-il.

Selon une analyse du International Trade Centre, les exportations de gaz naturel en provenance de pays exposées au détroit d’Ormuz ont chuté de 95 % entre avril 2025 et avril 2026, ce qui a aussi fait grimper le prix de la matière première de l’engrais azoté. (Ces pays sont le Bahreïn, l’Irak, l’Iran, le Koweït, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis.)

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