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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDepuis 2022, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a donné un coup de barre majeur pour diversifier les voies d’accès à la profession enseignante. En quatre ans, il a incité les universités à développer 58 programmes courts pour aider les gens ayant un baccalauréat dans un autre domaine que l’enseignement à accéder au métier.
À titre de comparaison, durant les quatre années précédentes, entre 2018 et 2022, seulement 7 programmes avaient été ajoutés.
Parmi les 58 nouveaux programmes courts, on trouve 21 diplômes d’études supérieures spécialisées (DESS) de 30 crédits, un type de formation qui n’existait pas auparavant et qui vise la qualification d’enseignants déjà présents dans les écoles et qui ont en main un baccalauréat.
Les autres ajouts récents menant, à terme, au brevet d’enseignement, sont 37 maîtrises qualifiantes de 45 crédits (23 nouvelles et 14 ayant été réduites de 60 à 45 crédits). Ces maîtrises raccourcies ciblent ceux qui ont en poche un baccalauréat disciplinaire (en mathématiques ou en littérature française, par exemple), mais qui n’ont pas d’expérience dans le réseau scolaire.
La moitié de ces programmes ont déjà été ajoutés au Règlement sur les autorisations d’enseigner, et les autres s’apprêtent à l’être.
Notre objectif est d’attirer plus de gens vers l’enseignement, de mieux les former et de les amener vers la qualification.
Huit universités, l'UQAM en tête, ont participé à l’effort demandé initialement par Bernard Drainville, le prédécesseur de la ministre LeBel. Il souhaitait attaquer de front la pénurie d’enseignants qualifiés en offrant davantage d’options à ceux qui désiraient intégrer la profession enseignante par une autre voie que le baccalauréat en enseignement.

Bernard Drainville est celui qui a initié en 2023 cette vague de nouveaux programmes courts alors qu'il était ministre de l'Éducation.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Depuis ces ajouts, ce sont 830 personnes inscrites à un DESS qui ont obtenu une autorisation provisoire d’enseigner. Parmi elles, 126 ont obtenu un permis probatoire et sept sont désormais détentrices d’un brevet d’enseignement.
On parle donc d’un millier de personnes environ qui se trouvent désormais dans la catégorie des enseignants légalement qualifiés après avoir suivi ces nouvelles voies de formation. Toutefois, le ministère de l'Éducation (MEQ) prévient que ce n’est là que le début. Le plein effet des voies rapides sur la qualification des enseignants [non légalement qualifiés] se fera sentir au cours des prochaines années, écrit-il.
La fin d’un consensus
Rappelons que près de 1000 postes d’enseignant restent à pourvoir pour la rentrée scolaire, et qu’en avril dernier, on comptait plus de 10 000 enseignants non légalement qualifiés dans le réseau, sans compter les dizaines de milliers de suppléants sans formation en enseignement.
Certains acteurs du milieu se trouvent toutefois tiraillés quant à ces modifications profondes justifiées par la pénurie d’enseignants qualifiés. D’un côté, ils voient la nécessité d’agir dans ce contexte de crise. D’un autre, ces groupes craignent une forme de retour en arrière, avant la grande réforme de la professionnalisation de l’enseignement des années 90.
On était dans un certain consensus autour de la formation enseignante pendant de nombreuses années, avec le modèle dominant du baccalauréat, et c’est comme si ce consensus-là avait éclaté pour diversifier les programmes, résume la présidente de l’Association des doyens, doyennes et directeurs, directrices pour l’étude et la recherche en éducation au Québec (ADÉREQ), Anabelle Viau-Guay.
On était dans un contexte très balisé. Les règles du jeu ont changé de manière très importante. On est rendus dans un contexte très ouvert de déréglementation.

Anabelle Viau-Guay, présidente de l'ADÉREQ et doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval
Photo : Radio-Canada
La présidente de l’ADÉREQ comprend l’importance de s’attaquer à la pénurie, mais souligne qu’il est primordial de s’assurer que ces diverses voies d’accès au métier soient bel et bien équivalentes et mènent à des brevets qui ont tous la même valeur.
D’un même souffle, elle se dit convaincue que les universités ont développé des programmes de qualité, et que l’analyse des programmes, faite par le Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement, a été effectuée de manière tout à fait rigoureuse. Le MEQ assure d’ailleurs que tous les nouveaux programmes ont été évalués favorablement par ce comité transitoire.
À partir du 30 septembre prochain, il reviendra désormais à l'Institut national d’excellence en éducation de regarder les programmes, écrit le MEQ. Mais l'Institut n’aura plus qu’un pouvoir de recommandation.
Les rendre permanents est une erreur selon les syndicats
Le président de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Richard Bergevin, ne critique pas le fait que le gouvernement ait tenté de trouver des solutions innovantes pour résoudre une situation exceptionnelle.
Toutefois, il estime que ces programmes courts nés de cette urgence devraient demeurer des solutions temporaires. Il juge donc que la décision de les rendre permanents est une erreur.
La crise va se terminer. Donc, sa réponse devrait aussi prendre fin. Les élèves, les parents, la société québécoise méritent d’avoir des professionnels de l’enseignement et pour ça, il faut suivre le baccalauréat de quatre ans.

Richard Bergevin, président de la Fédération des syndicats de l'enseignement.
Photo : Radio-Canada / Louis-Philippe Arsenault
On met en place des mesures mur à mur sans vérifier ou analyser leurs conséquences à moyen et long terme, soutient de son côté la vice-présidente à la vie professionnelle de la Fédération autonome de l’enseignement, Annie-Christine Tardif.
Elle craint des impacts négatifs sur la qualité de l’enseignement et sur la rétention des enseignants, alors que cette représente déjà un enjeu. En 2024-2025, un peu plus de 2000 enseignants, dont 800 au secondaire, ont démissionné du poste qu’ils occupaient dans le réseau scolaire québécois.
De son côté, le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, réplique que tant que ce chiffre [de 10 000 enseignants non légalement qualifiés] ne sera pas à zéro, il serait inopportun de limiter l’accès à la qualification.
Mme Tardif prend l’image du seau percé pour expliquer qu’agir seulement sur l’ajout d’enseignants ne résoudra pas l’exode de personnel en cours.
On a des gens qui embarquent dans le seau et qui risquent de se retrouver au fond et de quitter bien plus rapidement. Finalement, on tourne en rond et on ne réglera pas la problématique de la pénurie comme ça, estime-t-elle.
Deux études récentes confirment par ailleurs que rien dans la littérature n'indiquait que les formations courtes allaient permettre de résorber la pénurie d’enseignants.
Pas des voies de contournement, selon la ministre LeBel
Selon Mme Tardif et M. Bergevin, les formations courtes sont désormais vues par certains candidats à la profession enseignante comme des voies de contournement aux parcours traditionnels plus longs.
Au lieu de se tourner vers des maîtrises qualifiantes solides, affirme Mme Tardif, de la FAE, des détenteurs de baccalauréats disciplinaires préfèrent entrer de manière précoce dans le réseau scolaire pour pouvoir ensuite s’inscrire à un DESS.
Les deux représentants syndicaux s’inquiètent d’ailleurs de voir certains programmes de baccalauréat être suspendus par manque d’inscriptions, ce qui est survenu à l’UQAT cet automne. Voilà un symptôme de leur manque de valorisation, selon eux.
Mme Tardif rappelle par ailleurs que les frais de scolarité des programmes courts sont financés en totalité par le gouvernement, ce qui n’est pas le cas des autres programmes, une situation inéquitable, d'après elle.
Le cabinet de la ministre LeBel est en désaccord total avec cette analyse.
Ce n’est pas une voie de contournement. La preuve : entre 2024-2025 et 2025-2026, les inscriptions aux programmes de formation en enseignement ont augmenté de 7,3 %, dont 5,9 % au baccalauréat, affirme-t-on par écrit.
Diversifier les voies d’accès ne veut pas dire diminuer les exigences : ça veut dire permettre à davantage de personnes compétentes d’accéder à la profession.

La ministre de l'Éducation, Sonia LeBel, ne se représente pas aux élections de l'automne 2026.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Toutefois, Mme Viau-Guay rappelle que le gouvernement, à travers ses modifications législatives multiples des dernières années, a assoupli les critères menant au titre d’enseignant qualifié.
En effet, dès qu’une personne s’inscrit à un des nouveaux DESS, elle devient admissible à l’obtention d’une autorisation provisoire d’enseigner. Une fois l’autorisation en main, elle est catapultée dans la catégorie des enseignants légalement qualifiés.
Est-ce qu’on a des données très fiables sur le vrai nombre de personnes non légalement qualifiées? Ça devient un peu difficile à suivre, commente-t-elle.
Accorder le statut d’enseignant qualifié aussi rapidement masque un peu la réalité, renchérit M. Bergevin, tout en insistant sur l'importance d'améliorer les mesures d'insertion professionnelle pour augmenter la rétention des enseignants de tous les profils.
Le cabinet de Sonia LeBel affirme travailler sur divers fronts pour attirer plus de gens vers l’enseignement et les amener vers la qualification : Nous misons aussi sur la formation continue, avec 30 heures obligatoires pour tous les enseignants, et nous avons augmenté significativement les salaires.


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