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Attentats du 11 Septembre : que reste-t-il d’Al-Qaïda, 25 ans plus tard?

11 hours ago 6

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« Nous avons frappé la tête des mécréants sur son sol. Dieu nous a demandé de terroriser les mécréants et nous avons terrorisé les mécréants. » C’est par ces mots, diffusés dans une vidéo, qu’un porte-parole d’Al-Qaïda a explicitement reconnu la responsabilité du réseau djihadiste dans les attentats-suicides qui ont fait près de 3000 morts aux États-Unis le 11 septembre 2001.

Dans cet enregistrement, rendu public quelques mois après les attaques, le réseau terroriste fondé par Oussama ben Laden affirmait que la guerre contre les États-Unis n'était pas terminée et que d'autres opérations allaient suivre.

Vingt-cinq ans plus tard, que reste-t-il d’Al-Qaïda et de la menace djihadiste?

Peter Bergen a été le premier journaliste américain à interviewer Oussama ben Laden en Afghanistan. C’était en 1997. Le chef d’Al-Qaïda avait profité de cet entretien pour déclarer officiellement la guerre aux États-Unis.

Contacté par Radio-Canada, M. Bergen, aujourd’hui auteur et analyste en sécurité nationale, affirme qu’Al-Qaïda, en tant qu’organisation, existe toujours, mais qu’elle est bien plus faible que ce qu'elle était il y a 25 ans.

Selon lui, la capacité des djihadistes, qu’ils soient membres d’Al-Qaïda ou du groupe État islamique (également appelé Daech), à mener des attaques en Occident a considérablement diminué aujourd’hui.

Une voiture arborant une affiche composée de photographies (de droite à gauche) d’Oussama ben Laden, le chef d’Al-Qaïda tué, du défunt chef des talibans, le mollah Omar, et du ministre afghan de l’Intérieur, Sirajuddin Haqqani, lors des célébrations marquant le cinquième anniversaire du retour au pouvoir du gouvernement taliban à Kaboul, le 15 août 2026.

Une voiture arborant une affiche composée de photographies (de droite à gauche) d’Oussama ben Laden, le chef d’Al-Qaïda tué, du mollah Omar, le défunt chef des talibans, et de Sirajuddin Haqqani, le ministre afghan de l’Intérieur, lors des célébrations marquant le cinquième anniversaire du retour au pouvoir du gouvernement taliban à Kaboul, le 15 août 2026.

Photo : Getty Images / WAKIL KOHSAR

Cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent plus inspirer des attaques comme celle qu’on a vue en 2016 aux États-Unis, ajoute encore cet expert. Il fait référence à l’attentat perpétré en juin de cette année-là par un Américain soupçonné de liens avec Daech dans une boîte de nuit gaie d'Orlando, en Floride, qui a fait plus de 50 morts.

Même s’ils sont toujours relativement présents en Afghanistan, où les talibans, leurs alliés traditionnels, sont de retour au pouvoir depuis le retrait des forces américaines en 2021, les djihadistes ont changé de stratégie, souligne M. Bergen.

Africanisation des djihadistes

Ils sont de plus en plus présents en Afrique, dit l’analyste qui dirige les programmes liés à la sécurité internationale chez New America, un groupe de réflexion basé à Washington.

Les groupes comme Al-Qaïda ou Daech ne sont plus très puissants, mais ils s’en prennent aux États fragiles et préfèrent donc opérer dans des États en déliquescence ou en plein effondrement. C’est ce que nous observons au Mali ou encore au Nigeria.

Aaron Zelin, un expert américain spécialisé dans l'étude des mouvements djihadistes et de la mobilisation en ligne, parle d’une africanisation des groupes islamistes.

Plus de 85 % des opérations [d’Al-Qaïda et de Daech] en matière de recrutement, de financement et d’attaques se concentrent principalement en Afrique subsaharienne – au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et en Afrique australe, ainsi que dans le bassin du lac Tchad, explique à Radio-Canada ce chercheur au Washington Institute for Near East Policy.

Des soldats maliens près de l'aéroport de Mopti le 14 octobre 2018.

L'armée malienne peine à contenir les combattants islamistes liés à Al-Qaïda ou au groupe armé État islamique. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / MICHELE CATTANI

Cette africanisation des groupes djihadistes s’est affirmée au cours des dix dernières années, parallèlement à leur affaiblissement dans la région Afghanistan-Pakistan, puis en Irak et en Syrie, ainsi qu'en Afrique du Nord et dans la péninsule arabique, explique-t-il encore.

Autrefois considérés comme des mouvements à vocation djihadiste internationale, ils sont aujourd’hui éclatés, à vocation plutôt locale. Cela ne signifie pas pour autant que ces groupes ont disparu ou ont été vaincus; leur nature a simplement changé, insiste M. Zelin.

Ils profitent par ailleurs des conflits armés dans la région pour gonfler leurs rangs, toujours selon l’expert.

En plus de contrôler plusieurs zones au Mali et en Somalie, les branches d'Al-Qaïda mènent des attaques dans d’autres pays, comme le Kenya ou l’Éthiopie, ou encore le Niger, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin, explique-t-il. Même chose pour le groupe État islamique.

Un véhicule militaire dans une rue.

Des agents de sécurité somaliens répondent à l'attaque d'islamistes du groupe Al-Shabab, à l'hôtel Hayat, en août 2022.

Photo : Reuters / Feisal Omar

Moins de ressources

Selon M. Zelin, un regain en puissance des groupes djihadistes n’est pas à écarter, d’autant plus que les priorités géopolitiques des gouvernements occidentaux − les États-Unis en tête − ont changé au cours des dernières années.

Depuis cinq ans, les États-Unis ont relégué au second plan ces mouvements, percevant des menaces plus importantes émanant de la Russie et de la Chine, ou encore de l’Iran et de la Corée du Nord.

L’expert rappelle par ailleurs que, plus tôt cette année, l’administration américaine a formellement assimilé le narcotrafic à une menace terroriste. Cela a permis à Washington de s'appuyer sur des mesures autrefois utilisées dans la lutte antiterroriste pour mener des actions militaires directes en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Selon M. Zelin, cela veut dire qu’il y a désormais moins de ressources financières et humaines consacrées à la lutte contre les groupes armés djihadistes.

Le drapeau noir du groupe armé État islamique.

Le drapeau du groupe armé État islamique (Photo d'archives)

Photo : Reuters

De ce fait, nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise − comme cela a été le cas avec la montée en puissance de l'État islamique entre 2011 et 2013 en Irak et en Syrie, explique le chercheur américain.

Peter Bergen critique lui aussi la décision de l’administration de Donald Trump d’assimiler le narcotrafic au terrorisme. Je pense que c'est une erreur, dit l’auteur du livre All the Presidents' Wars, qui dresse une analyse critique des interventions militaires américaines au Moyen-Orient au cours des 25 dernières années.

La menace de l'extrême droite

L’expert estime qu’une attaque de grande envergure semblable à celles du 11 Septembre est aujourd’hui improbable aux États-Unis, notamment en raison des mesures de sécurité rigoureuses mises en place aux frontières. Il avertit toutefois contre les menaces provenant de groupes ou d’individus extrémistes qui sont déjà présents aux États-Unis.

Dans un rapport publié en avril sur le terrorisme aux États-Unis, 25 ans après le 11 Septembre, M. Bergen rappelle que la grande majorité des personnes accusées de terrorisme aux États-Unis étaient des citoyens américains ou des résidents légaux.

Il ne s’agit pas uniquement de djihadistes : les groupes d’extrême droite auraient fait plus de victimes que les djihadistes aux États-Unis depuis 2001, selon ce même rapport.

Depuis le 11 Septembre, les djihadistes ont tué 121 personnes aux États-Unis, tandis que l'extrême droite (incluant les milices antigouvernementales, les suprémacistes blancs et les opposants à l'avortement) a fait 137 morts.

C’est un véritable problème, dit enfin M. Bergen. Les terroristes locaux n'ont pas besoin de visa pour entrer dans le pays. Ils se radicalisent sur Internet et on ne peut pas bannir Internet.

L'appareil de sécurité nationale devrait se concentrer sur ces groupes-là. [...] Cela vaut aussi bien pour les États-Unis que pour le Canada, l’Allemagne ou n’importe quel autre pays en Occident.

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