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Une nouvelle initiative américaine de 200 millions de dollars soutenue par le Fonds pour la Terre Bezos (Bezos Earth Fund) et l'organisation Re:wild de Leonardo DiCaprio promet d'aider à la sauvegarde de 100 espèces menacées, notamment les iguanes roses, les lémuriens, les cochons sauvages et les pangolins.
Baptisé Projet Phoenix pour les espèces (The Phoenix Species Project), il propose de financer des programmes de reproduction, de restauration des habitats et de conservation menés à l'échelle locale.
Le Fonds pour la Terre Bezos a été créé par Jeff Bezos, fondateur et président exécutif d'Amazon, une entreprise régulièrement critiquée pour son bilan en matière de pollution plastique et de déforestation, ainsi que pour la consommation excessive d'eau de ses centres de données.
Ce Fonds a promis 100 millions de dollars américains au projet Phoenix, tandis que l'organisation Re:wild et d'autres partenaires fourniront le reste du financement.
Cette philanthropie des milliardaires peut-elle réellement aider l'environnement ou s’agit-il avant tout de verdir l’image de ces donateurs propriétaires d’entreprises au bilan environnemental douteux?
La question se pose avec une urgence croissante à un moment où les gouvernements reviennent sur leurs engagements en matière de climat et de biodiversité, laissant des bailleurs de fonds privés combler les lacunes du financement public.
De l’écoblanchiment?
Wren Montgomery, chercheuse au Greenwash Action Lab et professeure de durabilité à la Smith School of Business de l'Université Queen's, définit l’écoblanchiment comme une façon, pour une entreprise, de donner une impression excessivement positive de son bilan environnemental.
Après avoir analysé le site Internet du projet, elle exprime des réserves concernant la divulgation sélective, qui consiste à mettre de l'avant des gestes positifs tout en détournant l'attention d'activités néfastes menées ailleurs.
Il se peut qu'ils fassent réellement de bonnes choses, mais nous aimons analyser la situation dans sa globalité, réagit-elle. Même si leur action est crédible et qu'ils la mènent bien, s'ils dissimulent de nombreuses mauvaises pratiques à côté, nous considérons tout de même cela comme de l’écoblanchiment, poursuit-elle.
Elle qualifie la contribution de Jeff Bezos de très, très petite goutte d'eau dans l'océan par rapport à l'impact environnemental global d'Amazon, et estime qu'elle est loin de compenser les dommages qu'il cause à la planète par d'autres moyens.

Le centre de données Amazon Web Services à Stone Ridge, en Virginie. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Nathan Howard
Selon la chercheuse, la philanthropie peut avoir pour effet d’occulter la nécessité pour les gouvernements et les entreprises de s'attaquer directement à la perte de biodiversité et au changement climatique.
Nous ne pouvons pas espérer que quelques philanthropes et milliardaires fassent un don de temps en temps, pour ensuite les laisser agir à leur guise avec leurs centres de données, d'autres formes de destruction environnementale ou leurs émissions de combustibles fossiles.
Le Fonds pour la Terre Bezos a refusé de répondre aux questions de CBC concernant les accusations d’écoblanchiment. Il a transmis par courriel une déclaration de Cristián Samper, son directeur général.
Ce dernier précise que les espèces couvertes par ces programmes de sauvegarde ont été sélectionnées en fonction de la capacité des partenaires locaux à mener à bien ces initiatives. Pour de nombreuses espèces au bord de l'extinction, les données scientifiques et les programmes locaux sont déjà opérationnels. Ce qui manque, c'est un financement durable pour concrétiser les plans de rétablissement, indique ce communiqué.
Selon M. Samper, ce projet s'inscrit dans le cadre d’un engagement global de 10 milliards de dollars américains de la part de son organisation, pour faire face aux crises du climat et de la biodiversité. Les progrès, les obstacles et les enseignements qui en sont issus doivent être publiés sur un tableau de bord accessible en ligne, annonce-t-il.
Un entrepreneur québécois impliqué
L'entrepreneur et environnementaliste montréalais Dax Dasilva figure parmi les partenaires du Projet Phoenix. M. Dasilva a fondé l'organisation environnementale à but non lucratif Age of Union en 2021, avec un investissement de 40 millions de dollars pour protéger les écosystèmes et les espèces. Elle s'est associée à Re:wild en 2025.

L'entrepreneur montréalais Dax Dasilva. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson
Lors d'un voyage à Madagascar avec Re:wild, M. Dasilva a pu observer des animaux uniques au monde, notamment l'indri et le propithèque à couronne dorée (des espèces de lémuriens).
Les gens peuvent s'interroger sur les motivations, mais ils ne pourront pas contester l'impact réel ni le travail accompli sur le terrain, car ils vont être transformateurs.
Ce n'est pas le moment d'abandonner, poursuit-il.
Il rappelle qu'une grande partie des travaux de conservation a été menée avec de très modestes budgets, des subventions de 5000 $ américains permettant parfois de créer des programmes locaux pleinement structurés.
Les financements du Projet Phoenix soutiendront la restauration des habitats, la gestion des maladies, l'élevage de conservation et le contrôle des espèces envahissantes, soutient-il.
Une action significative, mais limitée
Chris Johnson, professeur à l'Université du Nord de la Colombie-Britannique, spécialisé dans la conservation et l'écologie des grands mammifères terrestres, ne participe pas au projet, mais espère qu'il attirera l'attention sur la crise mondiale de la biodiversité.
Je salue toute initiative provenant de n'importe quels secteur, groupe ou personne qui s'intéresse sincèrement à la conservation de la diversité biologique, s'y dédie et est prêt à y consacrer des ressources, fait savoir M. Johnson.
Il souligne toutefois que les 100 espèces ciblées par le projet ne représentent qu'une infime fraction des 49 000 espèces inscrites sur la Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Toutefois, il se réjouit de voir que le programme va au-delà des animaux mignons et charismatiques qui attirent généralement l'attention du public.

L'Indri, une des espèces visées par le programme, est le plus grand lémurien au monde. Il vit exclusivement dans les forêts tropicales de l'est de Madagascar.
Photo : iStock
Si le financement privé peut se déployer rapidement et soutenir des actions locales auxquelles les gouvernements ou les donateurs traditionnels ne prêtent pas toujours attention, les critiques rappellent cependant qu'il ne peut se substituer aux réglementations environnementales, à la protection des habitats, à un financement public durable ou à la responsabilité globale des entreprises.
Pour Mme Montgomery, le projet pourrait être une tentative de semer la confusion et détourner l'attention de l'impact des centres de données sur l'environnement.
Bien que les motivations des donateurs restent ouvertes au débat, les résultats — à savoir le rétablissement des espèces, l'amélioration des habitats et le soutien à long terme apporté aux groupes locaux — devraient être plus faciles à mesurer et à évaluer sur le terrain.
D’après un texte de Bridget Stringer-Holden et Mitchell Fox, de CBC


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