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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« Si on parle d'un point de vue strictement opérationnel, c'est sûr que le chemin Roxham favorisait la sécurité de tout le monde », affirme le sergent Daniel Dubois de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
Il est sous-officier responsable intérimaire de la patrouille frontalière du secteur Champlain au Québec. Le chemin Roxham fait partie de la zone que son équipe surveille.
Quand je parle de sécurité, je parle de sécurité au sens large, donc autant la sécurité des policiers que la sécurité des gens qui passent.
Le policier a aussi noté la présence accrue de passeurs associés à des réseaux criminels.
Le sergent Dubois a tenu ces propos au cours d’une entrevue exclusive réalisée pour la balado Les murs : le périple des migrants vers le Canada qui vient d'être lancée sur Radio-Canada OHdio.
Le policier a pris soin de souligner qu'il ne se prononce pas sur les décisions des gouvernements. Son rôle est plutôt d’appliquer les lois.

Le sergent Daniel Dubois de la GRC effectue une patrouille de la frontière canado-américaine à Saint-Georges-de-Clarenceville, Québec, le 5 décembre 2024. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Carlos Osorio
Mais sur le terrain, il ne fait aucun doute pour lui que la situation était moins dangereuse quand les demandeurs d’asile empruntaient le chemin Roxham.
Il donne l’exemple des grands froids qui peuvent affecter autant les migrants que les policiers.
Dans le temps de Roxham, les gens avaient à peu près 15, 20 mètres à faire, peu importe les conditions climatiques. Maintenant, tout le monde est un peu plus exposé aux éléments, dit-il.
On doit faire de la recherche et la localisation de gens perdus en forêt, ce qui vient taxer nos propres ressources, comme vous pouvez vous imaginer.
Le chemin Roxham traverse la frontière canado-américaine entre Saint-Bernard-de-Lacolle au Québec et le village de Champlain, dans l'État de New York.
De 2017 à 2023, plus de 113 000 demandeurs d’asile y ont été interceptés, ce qui en a fait le point de passage irrégulier le plus fréquenté au Canada.
À l'époque, la GRC y avait même érigé des installations temporaires afin de procéder à des vérifications de sécurité sur place.
C'est une modification à l'Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis qui a entraîné la fermeture de cette voie migratoire.

Des migrants traversent la frontière des États-Unis vers le Canada via le chemin Roxham, quelques heures avant sa fermeture en mars 2023.
Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Cet accord stipule que les migrants doivent présenter leur demande d'asile dans le premier des deux pays où ils posent le pied, sans quoi ils seront refoulés, sauf exception.
Or, la version initiale de cette entente s'appliquait uniquement aux postes frontières officiels, et non aux points d'entrées irréguliers.
Les gens qui traversaient par Roxham pouvaient donc présenter une demande d'asile au Canada, même s'ils arrivaient des États-Unis.
Le 25 mars 2023, Ottawa et Washington ont étendu l'entente pour qu'elle s’applique dorénavant à l'ensemble de la frontière terrestre.
C'est une décision qui a été prise face à la pression grandissante, notamment du gouvernement québécois de l'époque qui jugeait que l'arrivée de milliers de migrants par le chemin Roxham dépassait les capacités d'accueil du Québec.
Davantage de passeurs criminalisés
Un arsenal de surveillance, qui comprend des hélicoptères Black Hawk et des drones, a aussi rendu la frontière plus étanche depuis l'annonce du plan frontalier du gouvernement canadien en décembre 2024.
Malgré toutes ces mesures, certaines personnes tentent toujours leur chance.

Pour surveiller la frontière, la GRC a recours à diverses technologies, comme cette caméra installée sur le chemin Roxham.
Photo : Radio-Canada / Rachel Dugas
En 2025, près de 1800 demandeurs d'asile ont été interceptés alors qu'ils franchissaient la frontière de façon irrégulière.
Des résidents de la Montérégie qui habitent près de la frontière ont fait part à Radio-Canada d'interventions de la GRC sur des terrains privés. L'un d'eux a affirmé que ce n'est pas la présence de migrants qui l'inquiète, mais bien celle de passeurs criminalisés.
Le sergent Dubois confirme que la présence de passeurs associés à des réseaux criminels constitue un autre enjeu avec lequel la GRC doit maintenant composer.
On en a plus qu'on en avait, effectivement, puisque la réalité a beaucoup changé depuis mars 2023, dit-il.
C'est sûr qu'on ne veut pas créer une paranoïa collective, mais il faut juste être conscient qu'il y a plusieurs types de personnes qui peuvent être sur les terrains. Donc, ça crée, à certaines occasions, des situations un peu problématiques, même pour nos agents, parce que quand il y a des gens qui courent, on ne sait pas si c'est des passeurs, des demandeurs d'asile, explique le policier. Donc, ça vient rehausser notre niveau d'alerte. C'est là que, souvent, il y a des situations plus problématiques d'interventions musclées qui peuvent avoir lieu. Puis, des fois, malheureusement, c'est à la vue des citoyens.
L'implication accrue de passeurs liés à des réseaux criminels organisés a aussi été notée du côté américain. Un avocat criminaliste québécois, établi à Plattsburgh depuis 18 ans, a été témoin des nombreux changements à la frontière.
Me David Gervais a accordé une entrevue pour la balado Les murs : le périple des migrants vers le Canada.
Certains de ses clients sont des passeurs.
Moi, je représente des conducteurs qui se font arrêter du côté américain avec des immigrants sans papiers, dit Me Gervais. Au début, ce que je voyais souvent, c'est des gens de la famille qui venaient chercher des gens ici à la frontière. Graduellement, ça a changé complètement.

Me David Gervais, avocat à Plattsburgh aux États-Unis, représente des passeurs qui ont été appréhendés par les autorités américaines.
Photo : Radio-Canada / Rachel Dugas
Selon lui, c'est pire depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle Entente sur les tiers pays sûrs en mars 2023.
Maintenant, on a affaire à des passeurs qui n'ont aucun lien avec la famille, qui sont là parce qu'on leur a offert des sommes d'argent importantes pour venir chercher des inconnus à la frontière.
Je pense que c'est là que le crime organisé s'est rendu compte qu'il y avait de l'argent à faire avec les immigrants.
Il y a des gens à New York qui ont des contacts avec des gens de Montréal ou d'Ottawa, Toronto. Je dirais qu’il y a un échelon de dirigeants, puis, sous ces gens-là, il y a des conducteurs qui n’ont réellement pas beaucoup d'informations sur qui les engagent, qui les paient. On leur promet de 300 $ à 500 $ par personne, affirme Me Gervais.
Mark Carney maintient l'entente
Depuis la réélection de Donald Trump, des dizaines de milliers de migrants ont été arrêtés par des agents masqués de la police américaine de l'immigration, détenus dans des conditions jugées inacceptables par de nombreux experts et expulsés vers des États autres que leur pays d'origine.
Compte tenu de ces pratiques, plusieurs défenseurs des droits de la personne réclament la suspension de l'Entente sur les tiers pays sûrs, affirmant que les États-Unis ne sont pas un pays sécuritaire pour les réfugiés.

Le 26 juin 2026, le premier ministre Mark Carney a réitéré le maintien de l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
En juin 2026, en réponse à notre question, le premier ministre Mark Carney a affirmé qu'il maintenait cet accord avec les États-Unis.
Ils ne sont pas parfaits, mais on garde cet arrangement, a-t-il dit.
La Cour suprême du Canada, en 2023, a statué que cette entente était constitutionnelle. Toutefois, en juin 2026, Amnistie internationale, le Conseil canadien pour les réfugiés ainsi que des demandeurs d'asile ont annoncé le dépôt d'une nouvelle contestation judiciaire pour tenter de la faire invalider.


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