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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ 37 ans, Katsi’tsarónkwas Brooke Rice rêve grand dans son petit jardin. Une des fondatrices de l’organisation Tkà:nios, qui signifie « Ça grandit » en kanien’keha, souhaite ériger un sanctuaire de semences pour les sept prochaines générations, chez elle, à Kahnawà:ke, près de Montréal.
La Kanien’kehá (mohawk) voit son nouveau projet de souveraineté alimentaire autochtone comme un acte de résistance, d’émancipation et de subsistance collective. Mon peuple ne devrait pas vivre dans la peur et être conditionné à croire que nous avons besoin d’une autorisation pour cultiver la terre, soutient la cofondatrice de Tkà:nios, Brooke Rice.

Des plants de tabac séchés dans le petit bâtiment de semences en bois établi sur les terres communautaires.
Photo : Radio-Canada / Allyson Caron-Pelletier
Fondée en 2021, l’initiative communautaire aspire à la souveraineté alimentaire des Haudenosaunee à travers la création d’un jardin communautaire, puis d’activités éducatives et cérémoniales à Kahnawà:ke. Nous voulons que chacun se sente concerné. C'est un jardin pour le peuple, c'est notre terre et notre responsabilité, souligne la jeune femme.
Travaux d’horticulture, activités de cuisine et de danse, collecte de sève d’érable, pêche au harpon ou encore chasse à la dinde sauvage et à l’orignal : les ateliers que propose Tkà:nios sont réfléchis avec le souhait de révéler les talents de chacun et chacune dans la communauté.
Regénérer, une graine à la fois
L’aménagement qui capte le plus la curiosité est le jardin de semences circulaire, inspiré de la géométrie sacrée et de la cosmologie autochtone. Celui-ci est conçu pour que chaque plante bénéficie de l'énergie du soleil. Brooke Rice explique également que les plantations du jardin s’accordent aux 13 cycles lunaires du calendrier haudenosaunee.
L’idée du cycle de vie guide les traditions agricoles mohawks depuis des siècles. C’est dans cet esprit que, par exemple, les entrailles de poissons sont utilisées pour fertiliser la terre. Quand on prend une vie, on donne la vie et rien ne se perd, note Brooke Rice.
Les plantations du potager regroupent la culture des trois sœurs – la courge, le haricot et le maïs – mais également celles du tabac, du tournesol et de la fraise. La structure en tipi a été conçue pour faire pousser des haricots grimpants.

Une vue des premières installations de Tkà:nios sur les terres communautaires de Kahnawà:ke.
Photo : Radio-Canada / Allyson Caron-Pelletier
La souveraineté alimentaire, de la terre à l’assiette
Le projet va, en fait, bien au-delà des récoltes.
La souveraineté autochtone, c’est le droit de prendre des décisions sur ce que nous cultivons, comment nous le cultivons et qui en bénéficie. C’est étroitement lié aux droits fonciers et, en sécurisant nos terres, nous pourrons sécuriser nos propres systèmes alimentaires, exprime la Kanien’kehá.
Pour la cofondatrice, offrir des aliments frais à Kahnawà:ke permettrait de lutter contre l’insécurité alimentaire et les problèmes de santé, comme le diabète, qui touchent beaucoup de communautés autochtones au Québec et au Canada.
Une lutte que Brooke ressent de plus en plus chez les membres de sa nation. C’est pourquoi son équipe souhaite offrir des espaces de soutien accessibles pour enseigner l’agriculture de subsistance, de la terre à l’assiette.

Tekarahkwake Deom en train d'installer des filets dans un champ de maïs.
Photo : Radio-Canada / Allyson Caron-Pelletier
Rassembler les générations par la passion
Chapeau sur la tête, Tekarahkwake Deom s’active à installer un filet pour la plantation de maïs. Celui-ci travaille comme opérateur du terrain et gardien de semences. C’est en 2023 qu’il s’est joint à Brooke Rice pour reprendre en main un des jardins communautaires de Kahnawà:ke.
Pour Tekarahkwake Deom, l’agriculture est arrivée dans sa vie comme une vocation insoupçonnée. Depuis que j'ai semé pour la première fois, je suis devenu accro, et maintenant, j'ai la chance d'en faire mon métier à plein temps, confie-t-il, souriant. Depuis, l’équipe a gagné trois autres membres permanents.
Des consultations publiques sont réalisées au début de chaque saison pour déterminer ce que la communauté souhaite récolter.
Un peu plus loin sur cette terre, Gwagye Gwahe Jeremy Thompson étale du compost. Originaire de Syracuse, dans l'État de New York, et appartenant à la Nation Onondaga, il s‘est investi dans ces jardins dès son arrivée dans la communauté de Kahnawà:ke en 2024. Joueur de crosse professionnel, il n’aurait jamais pensé être autant en harmonie avec la nature.

Jeremy Thompson étale du compost pour fertiliser la terre.
Photo : Radio-Canada / Allyson Caron-Pelletier
Ce que je trouve formidable, c'est la transmission du savoir, on reconnaît qu'on a tous besoin les uns des autres. Nos aînés le disent eux-mêmes : on apprend des jeunes générations, explique Thompson.
La passion pousse comme des pissenlits dans le cœur des résidents de Kahnawà:ke. Tellement de gens viennent me voir et me disent : "Si tu trouves plus d'argent, je démissionne [de mon emploi]", lance Brooke. Les gens expriment qu'ils se sentent guéris. Je pense que ça crée un bien-être holistique et on réalise que le remède, c'est de se rassembler dans un but commun.
Faire face aux défis
Bien que des écoles comme l’École de survie de Kahnawà:ke et l’Université Concordia apportent leur soutien en automne, la participation de bénévoles demeure essentielle pour la pérennité du projet. Le défi est de trouver des volontaires disponibles sur une base régulière, affirme Brooke Rice, qui tente d’obtenir un financement pluriannuel et à long terme pour engager plus de personnel et obtenir l’équipement nécessaire pour améliorer la production.
Pour l’instant, l’équipe ne cesse de trouver des solutions créatives pour continuer d’avancer à petits pas. Le manque d’eau courante et d’électricité sur la terre représente un autre défi de taille, mais l’ingéniosité porte fruit. Depuis le début de la nouvelle saison, Tkà:nios expérimente la récupération de l'eau de pluie via des gouttières et deux gros barils, une solution écologique qui leur plaît.

Le système de récupération d’eau de pluie nouvellement fabriqué par Tkà:nios.
Photo : Radio-Canada / Allyson Caron-Pelletier
Rêver grand
Avec Tkà:nios, Brooke Rice et son équipe portent un rêve : devenir un pilier de l’économie sociale et de la souveraineté alimentaire autochtone par la construction d’un pôle agroalimentaire sur les terres communautaires de Kahnawà:ke.
Certains me disent de commencer avec une petite caravane, mais j'en ai assez que notre peuple se contente du strict minimum. J’imagine des lieux qui nous ressemblent, capables d'abriter tout notre précieux savoir ancestral pour les prochaines générations, lance la cofondatrice.
Ce véritable centre névralgique de l'alimentation haudenosaunee comporterait notamment un jardin pour plantes médicinales, une conserverie industrielle, une cuisine collective et une maison longue pour les activités éducatives et culturelles.

Brooke Rice souhaite que son organisme Tkà:nios devienne un pilier de l’économie sociale.
Photo : Radio-Canada / Allyson Caron-Pelletier
Pour l’instant, Tkà:nios est en discussion avec Figurr, un cabinet d'architectes montréalais ayant notamment réfléchi à l’aménagement du centre culturel Tshissenitamun Mitshuap à Mani-Utenam, en 2024.
Bien qu’il reste beaucoup d’étapes avant que ce projet d'envergure voie le jour, Brooke Rice se dit très optimiste pour que les travaux commencent au plus tard en 2028.


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