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Qu’est-ce que la CAQ a changé en éducation?

9 hours ago 7

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De l’interdiction du cellulaire en classe à la pénurie d’enseignants, en passant par la vétusté des écoles et la laïcité, voici une liste de constats et de mesures majeures qui ont touché les élèves, le personnel scolaire ou la structure du réseau depuis l’avènement de la CAQ au pouvoir en 2018.

CHEZ LES ÉLÈVES

Le taux de diplomation stagne au Québec

Le ministère de l'Éducation (MEQ)souhaitait atteindre en 2024 un taux de diplomation de 85 % après sept ans d'études secondaires. Cet objectif n'a toutefois pas été atteint : il est sous la barre des 83 %.

L'Institut du Québec, un organisme indépendant du gouvernement, dénonce un retard persistant dans la diplomation, notant que cette moyenne cache des écarts importants entre les écoles privées et les écoles publiques. Le taux de diplomation s'établit à 69 %, dans le secteur public, après cinq années d'études secondaires, et à 64 % pour les garçons (en légère progression), selon les chiffres du MEQ.

Sur la scène internationale, le Québec fait malgré tout bonne figure en ce qui concerne la littératie et la numératie, selon le plus récent rapport du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA 2025). Le rendement des élèves québécois en mathématiques, en lecture et en sciences est équivalent ou légèrement plus élevé que la moyenne canadienne et sensiblement plus élevé que la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Ces données sont toutefois à traiter avec prudence, selon l'OCDE, en raison d'un biais potentiel à la hausse lié à l'échantillonnage, notamment au Québec.

Le cellulaire interdit à l’école

Depuis la rentrée 2025, le cellulaire n’est plus le bienvenu dans les écoles québécoises. Les appareils numériques personnels, qui étaient déjà interdits en classe, sont désormais bannis pendant toute la journée partout dans l’école, une décision annoncée dans la foulée des recommandations de la commission spéciale sur l’impact des écrans sur les jeunes.

Des jeunes concentrés sur le contenu de leur cellulaire.

Des jeunes concentrés sur le contenu de leur cellulaire.

Photo : Shutterstock / tomeqs

Des acteurs du réseau scolaire se sont réjouis de cette mesure, qui a changé l’ambiance dans plusieurs écoles. Reste à voir quels en seront les effets à plus long terme. L’interdiction est en vigueur dans plusieurs autres provinces canadiennes, une mesure pour laquelle 87 % des Canadiens se disent favorables, selon un récent rapport publié par l'institut The Dais (nouvelle fenêtre) de l'Université Toronto Metropolitan (TMU).

Un nouveau cours : Culture et citoyenneté québécoise

Ce nouveau cours est enseigné à tous les élèves du début du primaire à la fin du secondaire depuis l’automne 2024. Il a remplacé le programme d’Éthique et culture religieuse, qui avait été la cible de critiques au fil des ans. Lancé en grande pompe par la CAQ lors du premier mandat, ce nouveau cours n’a pas fait l’unanimité lors de son annonce, mais ce changement a été par la suite applaudi par plusieurs élèves (nouvelle fenêtre). De nombreux thèmes y sont abordés, comme les impacts des réseaux sociaux et la cyberintimidation, les institutions démocratiques et juridiques, la diversité sociale de même que l’éducation à la sexualité. Le cours est axé sur le dialogue et le développement de la pensée critique.

Violence dans les écoles : un plan de lutte aux effets mitigés

Des signaux d'alarme lancés ces dernières années par des syndicats et d’autres acteurs font état d'une hausse de la violence dans les écoles. Le gouvernement de la CAQ a lancé en 2023 un plan de lutte contre l'intimidation et la violence. Depuis, différentes mesures ont été déployées progressivement, alors que des résultats se font attendre avec impatience (nouvelle fenêtre) dans le réseau scolaire.

Des contenus portant sur le développement des compétences personnelles et sociales doivent maintenant être enseignés aux élèves, afin de prévenir la violence. Une ligne téléphonique visant spécifiquement la violence armée a été élargie à l’ensemble du Québec. Des équipes d’intervention ont été jumelées à des écoles considérées comme à risque dans le cadre d’un projet pilote en 2024-2025, mais le soutien a été fait à distance et l’initiative n’a pas été reconduite. Un nouveau protocole visant à protéger le personnel scolaire a aussi été déployé dans toutes les écoles à la rentrée 2025, afin de s’assurer que les événements violents sont pris en charge sur-le-champ.

Mais la violence est-elle réellement en hausse et, si oui, à quel point? Les Québécois le sauront en 2027. Le gouvernement de la CAQ a mandaté l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour « dresser un portrait complet » de la violence à l’école, en plus d'une enquête effectuée par deux chercheurs.

Maternelle 4 ans : la grande promesse aux multiples obstacles

En 2018, François Legault avait beaucoup misé sur une promesse phare : l’accès de tous les enfants à la maternelle 4 ans, jusque-là priorisée dans les milieux défavorisés. Le déploiement de la vision du premier ministre a été mis à rude épreuve par un manque de locaux et de personnel et l'intérêt inégal des parents pour la formule, si bien que l’objectif initial de 5000 classes a été revu à la baisse plus d’une fois. Des critiques se sont aussi élevées, reprochant aux maternelles 4 ans de faire compétition inutilement au réseau des centres de la petite enfance (CPE).

Résultat, dans le premier mandat de la CAQ, le nombre de classes de maternelle 4 ans est passé de 234 à près de 1600. Mais ces quatre dernières années, leur nombre a stagné. On a même vu un léger recul entre 2024 et 2025, avec 1654 classes l’an dernier.

CHEZ LE PERSONNEL SCOLAIRE

Une pénurie de main-d’œuvre loin d’être résorbée

Le manque d’enseignants s’est exacerbé dans les dernières années au point où le nombre d’enseignants non légalement qualifiés avec contrat est presque passé du simple au double entre janvier 2023 (5641) et avril 2026 (10 110). Et c’est sans compter les dizaines de milliers de suppléants sans formation en enseignement. Par ailleurs, environ 2000 enseignants, tous statuts confondus, ont démissionné de leur poste l'an dernier.

Chez le personnel professionnel et de soutien, le nombre de postes a sensiblement augmenté au cours des quatre dernières années, si bien que le ratio d'élèves pour un professionnel ou un employé de soutien a baissé du tiers dans les deux cas, selon les données du Tableau de bord de l’éducation.

Malgré tout, il manque à chaque rentrée des dizaines de psychologues et d'orthophonistes et des centaines d'éducatrices en milieu scolaire, ce qui est problématique dans un contexte où les besoins des élèves handicapés ou avec une difficulté d’apprentissage ou d’adaptation (EHDAA) sont en constante hausse. Leur nombre est d’ailleurs passé de 226 000 à 287 000 au cours des cinq dernières années.

Une enseignante écrit au tableau.

Une enseignante donne un cours devant un tableau.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les solutions de la CAQ à la pénurie

Pour répondre à cet enjeu de main-d'œuvre, le gouvernement caquiste a tout d’abord misé sur l’amélioration des conditions de travail, en consentant des augmentations de salaire significatives au personnel scolaire.

Ensuite, le gouvernement a accordé entre 2022 et 2025 d’importantes bourses Perspective à tous les étudiants à temps plein en enseignement, en espérant faire mousser les inscriptions. Cette stratégie n’a pas porté les fruits escomptés.

D’autre part, le gouvernement a souhaité diversifier les parcours menant à l’enseignement, bouleversant ainsi le modèle de formation en place depuis les années 1990. Sous la gouverne de Bernard Drainville, puis de Sonia LeBel, près de 60 programmes courts ont été créés par huit universités afin de faciliter l’accès à la profession à des gens avec différents bagages ou profils.

Cette approche a suscité de grands débats entre certains acteurs du réseau de l’éducation, qui estiment qu'il est nécessaire d’agir pour améliorer le recrutement, et d’autres, qui se sont inquiétés d’une baisse de qualité de la formation professionnelle.

Fini les signes religieux pour les employés scolaires

La laïcité est renforcée dans les écoles québécoises. En vertu de l'élargissement de la Loi sur la laïcité (PL94 et PL9) aux écoles, il est désormais interdit pour un membre du personnel scolaire, tant dans le réseau public que dans le privé, de porter un signe religieux. Cette obligation s'applique aussi à toute personne ayant un lien direct avec eux, y compris des bénévoles dans un conseil d'établissement, par exemple.

Le projet de loi 94, adopté dans la foulée de l'affaire Bedford, a pour but, notamment, de garantir que chaque élève reçoive des services éducatifs sans l'influence des croyances d'un adulte à l'école. En raison de l’entrée en vigueur rétroactive de la clause de droits acquis de cette loi, la mesure a engendré d'importants licenciements, en particulier dans la région de Montréal.

DANS LE SYSTÈME SCOLAIRE ET LES ÉCOLES

Investissements massifs en éducation

Le Québec consacre désormais plus d'argent par élève que la moyenne canadienne. C'est du moins le constat de l'Institut du Québec, qui a analysé l'évolution des dépenses en éducation sous le gouvernement de la CAQ depuis 2018.

La Coalition avenir Québec est arrivée au pouvoir en faisant de l'éducation sa priorité. Ça s'est vraiment reflété avec l'ajout de ressources dans le système. Il y a davantage d'enseignants et de ressources professionnelles qui sont autour des élèves, indique Simon Savard, économiste principal et directeur adjoint de l'Institut du Québec.

Dans son rapport publié cet hiver, l'Institut donne en exemple des mesures phares ayant permis d'embaucher plus de personnel, comme la hausse des salaires des profs et l'implantation d'aides à la classe. L'augmentation d'enseignants s'est toutefois faite au prix de compromis sur leur qualification, confirme l'organisation. Selon l'Institut, la moitié d'entre eux sont encore dans une situation précaire (suppléants, temps partiel, contrats courts), ce qui a des répercussions sur l'encadrement des élèves.

On a dépensé énormément en éducation ces dernières années. Difficile de dire si cela a porté ses fruits, mais on ne peut pas dire non plus que ça n'a pas eu d'impact, résume l'économiste Simon Savard.

Opération construction d’écoles

Le nombre d’élèves dans le réseau scolaire québécois a augmenté de 14 % dans les dix dernières années, ce qui représente 144 000 élèves supplémentaires. Cette hausse, particulièrement marquée en Estrie, dans les Laurentides, Lanaudière et la région de Québec, a notamment créé des situations de débordement dans plusieurs écoles et entraîné le recours à un nombre record de classes modulaires.

Pour remédier à la situation, le gouvernement de la CAQ a construit une centaine d’écoles neuves depuis 2018. Nous n’avons pas vu une telle vague d’investissement dans les infrastructures scolaires depuis plus de trois décennies, explique l’expert en gestion des bâtiments et infrastructures, Jean-Pascal Foucault. L'opération a toutefois été compliquée par la surchauffe des coûts de construction observée depuis la pandémie.

L'école du Phare en été.

L'école secondaire du Phare, à Québec, a accueilli ses premiers élèves à la rentrée 2024.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Toutefois, malgré une hausse importante des sommes dépensées en maintien et bonification des bâtiments scolaires, passées de 1,3 milliard $ en 2018 à 3 milliards $ l’an dernier, la vétusté du parc scolaire ne recule pas. La proportion d’établissements scolaires vétustes (cotés D, en mauvais état, ou E, en très mauvais état) est passée de 50 % à 53 % entre 2018 et 2026.

Il y a une telle urgence en termes de lutte contre la vétusté que les investissements prévus n'ont pas suffi à faire le rattrapage nécessaire et à maîtriser les risques que posent les infrastructures désuètes, conclut M. Foucault.

Une grande transformation suivie d’une petite révolution

Le réseau scolaire québécois a vécu une transformation historique en pleine pandémie : les commissions scolaires ont été remplacées par les centres de services scolaires. Fini, les élections scolaires depuis 2020. Les commissaires élus ont été remplacés par un conseil d’administration.

Avec cette réforme, l’ancien ministre Jean-François Roberge voulait rapprocher les décisions de ceux qui connaissent les élèves par leur nom. Cette métamorphose a plutôt eu l’effet inverse en donnant davantage de pouvoir aux directeurs généraux des centres de services scolaires, affirme Nicolas Prévost, qui a été aux premières loges de cette transformation lorsqu’il était président de la fédération qui représente la majorité des directions d’école de la province.

La centralisation s’est accentuée en 2023 avec l’adoption d’un projet de loi qui donne au ministre de l’Éducation le pouvoir de nommer et de congédier les directeurs généraux des centres de services scolaires. Leurs décisions peuvent aussi être annulées par le ministre si les orientations gouvernementales ne sont pas respectées. Ces changements ont été accompagnés de plusieurs directives mur à mur décrétées par l’ancien ministre Bernard Drainville, comme l’imposition du vouvoiement en classe et l’évaluation des enseignants.

De son côté, la ministre Sonia LeBel a plutôt voulu donner davantage de souplesse aux écoles sur la façon de dépenser leur argent. La réforme qu’elle a récemment mise en place permet de regrouper les 261 enveloppes budgétaires existantes en 37 catégories. Si certains n’anticipent que du bon, d’autres craignent des dérives avec la disparition du financement dédié ou protégé de certaines mesures, comme celui des sorties culturelles ou de l’achat de livres.

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