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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwaySamedi soir, au Colisée de Laval, Francis Lafrenière montera dans le ring pour ce qui pourrait être le dernier combat de sa carrière professionnelle. Son adversaire sera Jean Pascal, ancien champion du monde et figure incontournable de la boxe québécoise.
Pour Lafrenière, l’enjeu dépasse largement le résultat. Après un retour inattendu à la compétition en novembre dernier, couronné par la conquête d’un titre nord-américain du CPBC contre Francy Ntetu, il s’est surtout offert l’occasion de terminer sa carrière selon ses propres conditions en obtenant le combat qu’il souhaitait face à l’ancien champion du monde.
À 38 ans, le boxeur de Coteau-du-Lac mesure pleinement l’importance du moment. J’ai la chance d’affronter Jean Pascal, d’embarquer dans le même ring que le meilleur boxeur qu’on a eu au Canada. C’est un honneur et je vais saisir cette chance à 100 %, affirme-t-il.
Lorsqu’il a appris que cette possibilité devenait réelle, sa réaction a été immédiate. Quand j’ai su que j’avais l’occasion d’affronter Jean Pascal, je me suis dit : c’est mon championnat du monde!
À quelques heures de l’affrontement, Lafrenière (21-7-2, 11 K.-O.) aborde ce rendez-vous avec calme et lucidité. Après un camp d’entraînement de cinq mois, dont huit semaines particulièrement intenses, il se dit prêt à vivre ce moment et fier du chemin parcouru.
Le gros du travail est fait. J’ai eu un gros camp d’entraînement de cinq mois, résume-t-il.
Après six ans loin des rings, Lafrenière était revenu à l’entraînement avec un seul objectif, celui de s’offrir un dernier combat. Un an plus tard, il se retrouve à partager le ring avec Pascal (37-8-1 21 K.-O.), aujourd’hui âgé de 43 ans.

Jean Pascal
Photo : Radio-Canada / Félix Côté
Ce retour représente déjà une victoire à ses yeux. Je suis revenu après six ans. Je suis fier de ça. Après six ans d’inactivité, je pesais entre 205 et 210 livres. J’ai ramené ça à 175. Il y a plein de petites victoires là-dedans, raconte-t-il.
Les derniers jours ont été consacrés aux ajustements finaux, entre quelques sprints sur le vélo, des traitements, du repos et la perte des derniers kilos avant la pesée. Rien qui ne ressemble aux mois de travail qui l’ont ramené là où peu de gens l’attendaient.
Lafrenière sait que l’émotion sera au rendez-vous samedi soir. Les billets se sont envolés rapidement et l’engouement entourant cet affrontement entre deux vétérans québécois est bien réel. D'ailleurs, il se souvient de l’accueil reçu lors de sa dernière présence dans le ring.
À mon dernier combat, mes entraîneurs m’ont dit qu’ils avaient rarement vécu une dose d’amour comme ça. Je sens que celle-là va être encore mieux. C’est mon dernier.
Le plus difficile n’est peut-être pas de quitter les combats, mais bien de tourner la page sur un chapitre qui a occupé plus de la moitié de sa vie. Tout est une dernière fois. Le dernier sparring, le dernier entraînement, la dernière fois avec les boys à suer ensemble. Ça fait 21 ans qu’on vit ça, souligne-t-il.
Cette nostalgie est déjà présente lors de notre entretien. Malgré tout, il assure être en paix avec sa décision.
Gagne ou perds, je suis serein, dit-il avant d’ajouter avec un sourire qu’il sait déjà que les émotions prendront le dessus une fois le combat terminé. Je sais que je vais pleurer après le combat, c’est sûr et certain. Il ne faut juste pas que je pleure avant.
Ses fils, aujourd’hui âgés de 13 et 15 ans, assisteront eux aussi à cette dernière représentation de leur père. Sa femme, confie-t-il en souriant, a bien hâte que cette aventure se termine. Pour lui, le moment est simplement arrivé.
Il ne faut pas attendre d’être en mauvaise santé pour arrêter de boxer. Je suis en bonne santé. Je ne deviendrai pas plus riche, je ne deviendrai pas meilleur. J’ai accompli ce que je voulais accomplir.
Plus de 20 ans à suer et à boxer ensemble
Si quelqu’un connaît mieux Francis Lafrenière que lui-même, c’est probablement Howard Grant. Cette semaine, l’entraîneur a célébré son 60e anniversaire. Voilà plus de deux décennies qu’il accompagne le boxeur québécois, et leur relation a depuis longtemps dépassé le cadre sportif.

Howard Grant et Francis Lafrenière
Photo : Radio-Canada / Patricia Ann Beaulieu
C’est comme un fils, comme un frère pour moi, affirme Grant.
Lorsque Lafrenière est revenu le voir en août dernier pour lui parler d’un retour à la compétition, l’entraîneur a rapidement compris qu’il ne s’agissait pas d’une idée passagère. Le lendemain, il était au gym. J’ai compris qu’il était sérieux.
Alors que plusieurs observateurs accueillaient ce retour avec scepticisme, l’entraîneur de Lafrenière a choisi de l’accompagner. Son appréciation envers son protégé dépasse largement les performances sportives.
J’aime ce gars-là. Je l’adore. C’est quelqu’un de vraiment gentil. Il a un cœur pur. C’est un bon père, un bon mari et un bon ami, dit-il.
Pour lui, le combat contre Jean Pascal représente un immense défi, mais certainement pas une mission impossible. C’est un gros test pour nous, mais nous sommes prêts à travailler, affirme l'homme de coin, qui croit d’ailleurs que plusieurs sous-estiment encore son boxeur.
Au-delà des résultats, Howard Grant se dit surtout fier du chemin parcouru. Il a vu son boxeur revenir de loin, retrouver sa condition physique et redécouvrir le plaisir de se dépasser.
Un héritage au-delà des coups et des combats
Au fil du camp d’entraînement, plusieurs jeunes boxeurs du gym ont observé de près la discipline de Lafrenière. Parmi eux, Stefanos Voutsiotis et Meshack Morris ont vu bien plus qu’un vétéran préparer un combat. Ils ont vu un exemple de persévérance.
Pour les deux jeunes pugilistes, le champion du peuple, comme plusieurs le surnomment, est devenu une source de motivation quotidienne. Malgré ses 38 ans, il demeure souvent l’un des travailleurs les plus acharnés de la salle. Il nous donne beaucoup de motivation et beaucoup de discipline, comme le souligne l’un d’eux.
Chaque entraînement, chaque séance dans le ring et chaque effort supplémentaire deviennent des leçons observées en direct. Le voir souffrir avec nous, s’entraîner avec nous, ça nous pousse à devenir meilleurs. Ça nous rend plus forts, explique le jeune Stefanos.

Les jeunes boxeurs Meshack Morris et Stefanos Voutsiotis ont côtoyé Francis Lafrenière tout au long de son camp d’entraînement.
Photo : Radio-Canada / Patricia Ann Beaulieu
Son influence dépasse même le cadre de la boxe. Selon eux, il nous montre ce que c’est que d’avoir du courage. Dans un sport où la peur fait partie du quotidien, la présence du pugiliste québécois agit comme un rappel constant de ce qu’il est possible d’accomplir grâce au travail et à la détermination.
L’image qui restera peut-être de lui n’est donc pas celle d’un boxeur levant les bras après une victoire, mais celle d’un athlète qui, après six années loin du ring, a choisi de revenir une dernière fois pour terminer son histoire à sa façon.
Devant une foule qui s’annonce bruyante et émotive, il tentera d’écrire un dernier chapitre à la hauteur du parcours qu’il a bâti au fil des années. Peu importe l’issue du combat, Francis Lafrenière quittera le ring avec le sentiment d’avoir bouclé la boucle.
Après plus de 20 ans consacrés à la boxe, il aura obtenu l’occasion qu’il espérait, terminer sa carrière à sa manière, devant les siens, face à l’un des plus grands noms de l’histoire de la boxe canadienne.
Plus qu’un résultat, c’est ce parcours de persévérance et de passion qui risque de marquer les esprits longtemps après que les lumières du Colisée de Laval se seront éteintes.


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