PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLOS ANGELES - « Il faut avoir vécu de la douleur pour ressentir la douleur des autres. » Cette douleur dont parle Ara Torosian, un pasteur iranien qui a fui Téhéran il y a 15 ans pour se réfugier aux États-Unis, c’est la peur. La peur de la persécution, de l’emprisonnement, de la séparation forcée.
Issu de la communauté chrétienne arménienne d’Iran, cet homme de 47 ans a connu la prison pour avoir clandestinement distribué des bibles dans son pays d’origine. C’était en 2005. J’ai été torturé pendant trois jours, puis j’ai passé deux ans en résidence surveillée, raconte-t-il en entrevue avec Radio-Canada.
La constitution iranienne reconnaît le droit des minorités religieuses de pratiquer leur religion, y compris les chrétiens arméniens et assyriens, mais selon certaines règles strictes. Il leur est interdit de prêcher aux autres Iraniens et les offices doivent obligatoirement être célébrés dans leur langue d'origine et non en persan.
Le prosélytisme étant interdit, les conversions de l'islam au christianisme sont punies par la loi. En 2025, 254 convertis ont été arrêtés en Iran, selon Article 18, une ONG basée à Londres qui fait la promotion de la liberté religieuse dans la République islamique. Parmi eux, 11 ont été condamnés à des peines de 10 ans ou plus, selon les données de cette association.

Le pasteur Ara Torosian a connu la prison pour avoir distribué clandestinement des bibles.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Avant de prendre la route de l’exil vers les États-Unis, Ara Torosian dirigeait une église clandestine en Iran − des rencontres secrètes organisées dans des habitations privées pour permettre aux convertis de prier.
Selon les données officielles iraniennes qui datent de 2016, il y a près de 117 000 chrétiens arméniens et assyriens dans la République islamique. L’ONG Article 18 estime toutefois que le nombre de convertis iraniens dépasse désormais les 500 000.
Ara Torosian dit avoir lui-même converti des centaines de personnes en Iran. Selon lui, l'Église clandestine iranienne connaît actuellement la croissance la plus rapide au monde.
Mais aujourd’hui, 15 ans plus tard et à 12 000 kilomètres de Téhéran, c’est en Californie qu’il mène sa bataille.

L'église Cornerstone, dans l'ouest de Los Angeles, comprend une congrégation de près de 80 Iraniens convertis au christianisme.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Dans l’église de Cornerstone, dans l’ouest de Los Angeles, où il dirige une congrégation protestante formée de près de 80 convertis iraniens, le pasteur dénonce l’injustice que subit sa communauté aux mains de la police fédérale américaine de l'immigration (ICE).
En un an, 13 membres de sa congrégation ont été arrêtés par des agents de la police fédérale, assure Ara Torosian. Le cas le plus médiatisé est survenu il y a un an lorsque deux demandeurs d’asile iraniens − un homme et son épouse, tous deux convertis au christianisme − ont été brutalement détenus par des agents armés et masqués devant leur domicile. La scène a été filmée par le pasteur lui-même.
J'ai été témoin d'une scène que je ne voudrais jamais voir se produire aux États-Unis, raconte-t-il, la gorge serrée par l’émotion. Des policiers masqués ont arrêté des personnes vulnérables qui ont fui leur pays pour chercher refuge et liberté ici.

Image prise d'une vidéo montrant l'arrestation d'un couple de demandeurs d'asile iraniens à Los Angeles, le 23 juin 2025. Ici, on voit des hommes masqués détenant une femme au sol.
Photo : Capture d'écran d'une vidéo filmée par le pasteur Ara Torosian
Sur la vidéo, on voit un homme se faire menotter par trois agents portant des masques noirs. Quelques secondes plus tard, une femme, visiblement prise par une crise de panique, se met à crier pendant que deux hommes essaient de l’immobiliser au sol. Son corps tremble de façon incontrôlable.
Quand j’ai vu la femme par terre, entourée de plusieurs hommes masqués, cela a ravivé certains souvenirs de l'Iran. J’ai été choqué. Jamais, même en rêve, je n'aurais imaginé que ce genre de chose puisse arriver aux États-Unis.
Le pasteur s’est même rendu devant la Maison-Blanche pour manifester et interpeller directement le président Donald Trump afin d'obtenir leur libération.
Ce n'est qu'après trois mois de détention que la femme finit par obtenir l'asile, tandis que son mari obtient un sursis d’expulsion. Il évite ainsi de se faire renvoyer en Iran, où il risque la persécution, mais les autorités américaines peuvent encore décider de l’envoyer dans un pays tiers qui serait disposé à l’accueillir.

Depuis le retour au pouvoir du président Trump, la police fédérale de l'immigration a vu ses pouvoirs accroître.
Photo : Reuters / David Dee Delgado
Expulsés en Centrafrique
Le 12 juin, les États-Unis ont expulsé un groupe de migrants, dont une militante iranienne, vers la République centrafricaine, un pays pauvre et ravagé par la violence. Il n’est pas clair ce qu'il adviendra des personnes expulsées une fois arrivées en Centrafrique, dans le cadre de ce qui semble être le premier accord conclu entre Bangui et Washington, qui a signé de nombreux accords d'expulsion en Afrique et ailleurs.
Plus tôt cette année, les États-Unis ont expulsé vers le Costa Rica et le Panama un groupe d'Iraniens, dont plusieurs qui s'étaient convertis au christianisme.
Les expulsions vers des pays tiers sont devenues un élément essentiel de la politique anti-immigration menée par le président américain Donald Trump, même si leur légalité est contestée en justice aux États-Unis et à l'étranger.

Plusieurs demandeurs d'asile ont été expulsés vers la capitale centrafricaine, Bangui. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Siegfried Modola
Selon le New York Times, une collaboration est en train de se mettre en place entre les autorités américaines et iraniennes afin de faciliter l’expulsion de migrants iraniens vers leur pays d’origine. Au cours des prochains mois, quelque 400 migrants iraniens devraient être expulsés des États-Unis vers Téhéran, selon Hossein Noushabadi, directeur général des affaires parlementaires au ministère iranien des Affaires étrangères, cité par le quotidien américain.
Ara Torosian peine à retenir ses larmes lorsqu’il pense à cette éventualité.
Nous ne sommes pas des criminels. Nous sommes venus aux États-Unis pour vivre en liberté, pour pratiquer notre religion librement. En tant qu’Américains, je pense que nous pouvons mieux faire, surtout en matière d'immigration.
Il confirme qu'il existe des cas d'abus, où des Iraniens cherchent à se convertir au christianisme dans l'espoir d'obtenir l'asile plus facilement, mais le pasteur refuse de généraliser. Seul Dieu sait ce qu'il y a dans le cœur des gens. Moi, je ne peux pas le savoir, mais, comme j'ai de l'expérience, je fais très attention.
Le cas qui le préoccupe le plus aujourd’hui est celui d’une famille composée d’un couple de convertis et de deux fillettes âgées de 11 ans et 7 ans. Le père est détenu par l'ICE depuis 11 mois et risque d’être expulsé à tout moment, tandis que la mère doit comparaître mardi devant un juge pour une première audience afin d’entamer les procédures nécessaires pour la demande d’asile.

Une messe en langue farsi à Los Angeles
Photo : Photo fournie par le pasteur Ara Torosian
Je fais de mon mieux pour les aider, explique le pasteur. Comme on n’a pas les moyens de payer les frais d’un avocat, j’essaie de trouver quelqu’un qui puisse les défendre bénévolement.
Dieu m’ouvrira un chemin
La femme, qu’on appellera Azar pour protéger son identité, souhaite parler sous le couvert de l’anonymat par peur de nuire à ses démarches d’immigration aux États-Unis.
Elle accepte d’accorder une entrevue à Radio-Canada par l’entremise du pasteur qui la joint par téléphone en notre présence lors de notre passage dans son église.
Lorsque nous lui demandons ce qu’elle ressent à la veille de sa comparution devant le tribunal de l’immigration, elle dit avoir peur, mais assure garder la foi.
Malgré toute la peur, le stress et les pressions que je subis, je sais que Dieu m’ouvrira un chemin, dit Azar.

Le pasteur Torosian parlant au téléphone avec une demandeuse d'asile iranienne convertie au christianisme, à Los Angeles.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Elle pense que le système d’immigration aux États-Unis est brisé. C’est une grande injustice que mon mari soit séparé de sa famille alors qu’il se rendait à tous ses rendez-vous avec l’ICE, assure-t-elle.
Azar a surtout de la peine pour ses filles qui grandissent loin de leur père. Sa fille aînée aura 12 ans en août, mais son cœur n’est pas à la fête.
La femme éclate en sanglots au milieu de notre conversation.
Mon cœur se brise quand je vois ma fille venir avec moi à l’église chaque dimanche et prendre ma main en demandant à Dieu que son père soit libéré.
Ma fille est si jeune, elle devrait être occupée à jouer ou à étudier. Elle ne devrait pas avoir à penser à la libération de son père, dit Azar, la voix étranglée par les émotions.
ICE au tribunal
Dans une enquête publiée en février, le média américain Wired révèle que la police fédérale de l’immigration cherche à élargir sa présence en Californie, en y implantant de nouveaux bureaux, notamment dans le bâtiment fédéral James C. Corman à Van Nuys, un quartier dans le nord de Los Angeles.
Selon Wired, la présence de l'ICE dans ce bâtiment, qui abrite également le tribunal de l’immigration de Van Nuys, suscite de vives inquiétudes quant à l'utilisation de ce lieu pour intercepter ou détenir des personnes se présentant à leur audience d'immigration.

L'avocat américain d'origine iranienne Ramin Ghashghaei dans son bureau dans le nord de Los Angeles
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Vous serez surpris de constater que, parfois, des personnes censées se rendre volontairement devant ce tribunal ont peur d'entrer dans le bâtiment parce qu’il y a des agents de l'ICE qui sont juste là, affirme Ramin Ghashghaei, un avocat spécialisé en immigration dont le bureau est situé directement en face de l’édifice James C. Corman.
Les demandeurs d'asile sont censés se présenter au tribunal, car, sinon, ils recevront un ordre d'expulsion par défaut. Mais ils craignent de se faire arrêter par l'ICE à l’intérieur du tribunal, qui est censé être un lieu sûr.
On me dit : "Je dois m'occuper de ma famille. Je dois m'occuper de ma femme, de mes enfants. Comment vais-je faire si je suis détenu?" explique encore M. Ghashghaei lors d’une entrevue dans son bureau.
C’est un environnement très hostile dans lequel nous vivons aujourd’hui. Ce n'est pas l'Amérique que nous avons connue.


4 hours ago
8
























English (US) ·
French (CA) ·
French (FR) ·