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« Terroristes! » : c’est la guerre des drapeaux iraniens au Mondial

1 day ago 6

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LOS ANGELES, États-Unis – « Longue vie au shah! », lancent à l’unisson devant le stade SoFi à Los Angeles des centaines de partisans de Mohammad Reza Pahlavi, le dernier monarque de l’Iran, déchu en 1979 lors de la Révolution islamique.

Ils sont venus pour manifester contre l’équipe de soccer iranienne, arrivée en sol américain pour affronter la Nouvelle-Zélande lors de son premier match de la Coupe du monde.

Brandissant des drapeaux de l’Iran sous le shah, un tricolore vert, blanc et rouge orné d’un lion et du soleil, ainsi que de drapeaux israéliens et américains, ils accusent les joueurs iraniens de représenter les Gardiens de la révolution islamique et non pas le peuple.

Ils fustigent aussi l’entente conclue la veille entre Washington et Téhéran pour mettre fin à plus de 100 jours de conflit au Moyen-Orient. Donald Trump, termine la job!, crie une femme dans un mégaphone, déployant un drapeau américain, flanqué du portrait du président américain levant le pouce.

Une femme brandissant le drapeau des États-Unis sur lequel figure le portrait du président Trump appelle à la reprise de la guerre contre l'Iran avant le match de l'équipe iranienne de soccer à Los Angeles.

Une femme brandissant le drapeau des États-Unis sur lequel figure le portrait du président Donald Trump appelle à la reprise de la guerre contre l'Iran avant le match de l'équipe iranienne de soccer à Los Angeles.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

C’est à Los Angeles que réside la plus grande diaspora iranienne au monde. La plupart des 300 000 Iraniens qui y habitent ont fui leur pays d’origine il y a 47 ans après la chute du shah et l’arrivée du régime islamique.

Lundi soir, ils étaient au moins 500 à manifester. Certains sont venus de très loin, comme Darya Safai, une députée belge d’origine iranienne qui a traversé l’Atlantique et les États-Unis pour prendre part à la manifestation.

J’ai fait un trajet de 18 heures pour assister au match et brandir le drapeau [de la pré-révolution] qui est le seul à représenter l’Iran.

L’élue belgo-iranienne, qui est membre de la Nouvelle Alliance flamande, un parti nationaliste de centre droit, a fui l’Iran en 1999 après avoir passé 24 jours en prison pour avoir pris part au mouvement de contestation estudiantin.

Une femme posant avec un jeune homme.

Darya Safai, une élue belgo-iranienne, qui a fait le voyage depuis Bruxelles pour participer à une manifestation anti-régime islamique avant un match de soccer, pose avec son fils devant le stade de Los Angeles.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Je me suis enfuie parce que je me suis dit que je suis plus utile vivante que morte dans une prison, lance-t-elle en regardant son fils. Mais le combat continue et la génération future est prête.

La Fédération internationale de football, qui organise la Coupe du monde, a interdit l’entrée du drapeau monarchiste dans le stade, invoquant son code qui interdit les symboles politiques. L’Iran a d’ailleurs menacé d’interrompre le match si des signes hostiles au régime islamique y étaient déployés.

À l’entrée du stade, une longue file d’attente en serpentin s’étire sur plusieurs mètres. Aux abords des barricades en métal, qui délimitent la file, une dizaine de monarchistes scrutent la foule en criant Mort à la République islamique! et À bas la dictature!.

Ils acclament ceux qui entrent dans le stade portant un t-shirt estampé du drapeau pré-révolutionnaire et huent tous ceux qui enfilent le maillot blanc de l’équipe iranienne. Quant aux rares personnes qui osent brandir le drapeau de la République islamique, elles sont confrontées à une déferlante d’insultes qui peut dégénérer en confrontation physique.

Une partisane du shah fait un doigt d'honneur à un groupe de supporters de l'équipe iranienne de soccer qui portent un maillot blanc.

Une partisane du shah fait un doigt d'honneur à un groupe de supporters de l'équipe iranienne de soccer qui portent un maillot blanc.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Un homme s’est vu arracher le drapeau iranien qu’il brandissait par un groupe de monarchistes. Ils l’ont ensuite déchiqueté en mille morceaux avec un couteau.

Une femme, qui elle aussi portait le drapeau iranien, s’est fait traiter de terroriste pendant qu’elle traversait la rue.

C’est la première fois qu’on me traite de terroriste, dit Ornela Tehrani à Radio-Canada.

Le drapeau en tant que tel n’est pas important pour moi. Je suis là pour encourager les joueurs iraniens. Ce sont des athlètes, pas des politiciens.

Des partisans du shah déchu lancent des insultes contre des supporters de l'équipe iranienne de soccer qui font la file pour entrer dans le stade de Los Angeles.

Des partisans du shah déchu lancent des insultes contre des supporters de l'équipe iranienne de soccer qui font la file pour entrer dans le stade de Los Angeles.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Notre entrevue se fait couper par des partisans du shah déchu qui scandent terroriste, terroriste en s’adressant à Ornela Tehrani, qui se voit obligée de couper court à notre conversation. Où est ton hijab?, lui lance l’un des monarchistes.

Moustapha, qui porte un maillot de l’équipe iranienne, passe devant les manifestants sans s’arrêter. Il ne veut pas leur accorder de l’importance.

Je n’y peux rien s’ils veulent faire du soccer une affaire politique, dit-il. Tout ce que ces joueurs désirent c’est de rendre leurs supporters heureux. Je ne suis pas ici pour soutenir le régime, je viens encourager les joueurs, qui font partie du peuple iranien, ajoute le trentenaire.

La Coupe du monde se passe une fois tous les quatre ans, je ne veux pas que la politique vienne ruiner cet évènement.

Des amateurs de soccer devant le stade où s'est déroulé le premier match de l'équipe nationale iranienne à Los Angeles.

Des amateurs de soccer devant le stade où s'est déroulé le premier match de l'équipe nationale iranienne à Los Angeles.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Deux heures plus tard, le match se termine par un score nul de deux à deux. L’équipe iranienne n’a pas mis à exécution sa menace d’interrompre le jeu malgré le fait que des dizaines de drapeaux et de pancartes hostiles au régime islamique étaient déployés dans le stade par une foule d’opposants.

Gary, un gardien de sécurité qui campe depuis des heures devant l’entrée du stade, a l’air amusé. C’est ma quatrième Coupe du monde, dit-il. Et à chaque fois, c’est la même histoire, il y a des tensions.

Le soccer, ajoute-t-il, c’est un sport très émotionnel. Le problème, ce n’est pas le soccer. Le problème, c’est que le monde va très mal en ce moment, et cela se fait sentir même dans les stades.

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