Au départ, il y a un livre : Sur la route des invisibles, de Claire Lajeunie, écrit comme un complément à un documentaire consacré à ces femmes qui survivent dans la rue et aux centres qui les accueillent, parfois sans grands moyens. Puis, de ce livre, et de rencontres durant une année avec des femmes sans-abri, le réalisateur Louis-Julien Petit (Discount, Carole Matthieu) a tiré un film, Les invisibles, où se côtoient actrices professionnelles (Audrey Lamy, Noémie Lvovsky ou Corinne Masiero) et femmes en processus de réinsertion.
Au final, il en résulte un film profondément touchant, notamment projeté en séance spéciale pour le président Macron afin de le sensibiliser à la question toujours épineuse de la précarité.
Plongeons ensemble dans Les invisibles.

Les invisibles, de Louis-Julien PetitPhoto : AZ Films
Une mise en scène sans fla-fla
La mise en scène est directe et attentive. Les plans, posés et respectueux. Cette absence d’artifices est plus que bienvenue, car les invisibles ici filmées sont des femmes, épuisées, qui se retrouvent quotidiennement dans un centre d’accueil de jour.
Là, elles peuvent prendre une douche, recharger leur téléphone ou simplement se reposer un peu, au calme. Toutefois, le centre fermera dans trois mois, ce qui laisse à peine le temps aux femmes et aux travailleuses sociales de trouver une solution de rechange, du moins dans les limites de ce que la loi permet…

les invisibles Louis-Julien PetitPhoto : AZ Films
Une fiction + un documentaire + une réflexion
Sans misérabilisme ni angélisme, Les invisibles n’est pas qu’un regard naturaliste sur le quotidien de femmes qui ont tout perdu. Il est encore, et heureusement, une réflexion aussi intelligente que touchante sur cette réalité :
comment pérenniser l’aide apportée à ces femmes à qui l’on ne propose que des solutions temporaires ou limitées par des règles administratives? Que faire la nuit, lorsque le centre est fermé et que des grilles sont installées sur les bancs pour empêcher le sommeil? Peut-on trop aider ces femmes démunies et ainsi augmenter leur dépendance et empêcher leur réinsertion? Comment ne pas craquer alors qu’au grand drame de la misère se superposent toutes sortes de petits drames intimes?

les invisibles Louis-Julien PetitPhoto : AZ Films
Un authentique film-réconfort
Révélant le sens de la débrouillardise de ces femmes en situation de survie au gré de saynètes impressionnistes révélatrices, le film adopte un point de vue résolument attachant : celui de l’empathie, se tenant avec tendresse et dignité du côté de celles et ceux qui se battent pour aider, hors du cadre rigide de la loi, de ceux et celles qui s’entraident, de celles et ceux qui sont exclus, mais sans jamais les exclure du récit. Entre la rigueur naturaliste des films des frères Dardenne et l’optimisme plein d’humanisme de The Full Monty, Les invisibles, malgré une musique parfois envahissante, libère la parole de ceux et celles qui ne l’ont jamais.
Touchant, ainsi que d’une simplicité et d’une sincérité rares, il révèle surtout ce que l’être humain peut avoir de beau et de bon. Un authentique film-réconfort sans aucune ficelle ni tricherie, voilà qui fait du bien.
Les invisibles, sur ICI Télé le mercredi 6 mai, à 9 h.
La bande-annonce (source : YouTube)


1 month ago
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