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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayFin juillet, le consulat des États-Unis à Toronto est la cible d’un coup de feu. Un jeune de 19 ans et un adolescent d’à peine 15 ans, rapidement interpellés, doivent répondre à des accusations.
Mais l’affaire dépasse ce seul fait divers. Synagogues, écoles juives, entreprises : la grande région de Toronto fait face à une vague d’attaques similaires orchestrées par des réseaux de tueurs à gages, qui recrutent désormais leurs exécutants parmi les plus jeunes.
Recrutés sur les réseaux sociaux
La stratégie des recruteurs criminels repose sur un entonnoir numérique bien rodé.
La prise de contact : les jeunes sont d’abord approchés sur des plateformes grand public comme Snapchat et Instagram ou au détour d’une partie de jeux vidéo en ligne.
Le contrat : une fois le contact établi, les discussions migrent rapidement vers des applications de messagerie chiffrée comme Telegram ou Signal pour sceller les ententes anonymement grâce à des numéros virtuels.
Face à ce blindage technologique qui entrave et ralentit le travail d’enquête, les policiers doivent s’en remettre à des méthodes d’investigation traditionnelles : infiltration de canaux d’échanges, recours aux informateurs et saisie d’appareils déverrouillés lors des arrestations.

Ancien chef de gang, Marcell Wilson a fondé le mouvement One by One pour parler aux jeunes de son expérience et les aider à sortir de la violence. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Julia Kozak
Le fait de pouvoir faire tout cela de façon anonyme [en ligne] a en réalité rendu les choses beaucoup plus faciles à exécuter, explique Marcell Wilson, expert en criminalité organisée et fondateur du mouvement communautaire One by One. Moins l’exécutant de l’acte violent en sait sur l’intermédiaire — jusqu’aux six degrés de séparation avec le commanditaire du contrat — plus c’est facile et moins il y a de risques pour celui qui paie pour ces actes.
Quelques chiffres
Les chiffres compilés par le service de police de Toronto semblent démontrer que ce phénomène date déjà de quelques années.
Au total, en 2024, les arrestations de mineurs en lien avec un crime par arme à feu ont connu un sommet avec un total de 175, soit 37 % de plus que les 110 de 2023 et 46 % de plus qu’en 2022.
Pour l’année 2025, la police de Toronto signale une baisse avec l’arrestation de 96 jeunes pour un total de 381 chefs d’accusation.
En date du 13 août, 70 mineurs ont été arrêtés à Toronto pour des infractions liées aux armes à feu cette année. Ceux-ci font face à 258 chefs d’accusation.
Des jeunes Kleenex
Pour les réseaux criminels, les adolescents représentent une main-d’œuvre extrêmement bon marché et facilement manipulable. Issus de milieux défavorisés ou en rupture scolaire, certains acceptent de risquer leur vie ou leur liberté pour des sommes dérisoires.
Les commanditaires exploitent délibérément l’immaturité des adolescents et la législation pénale, explique Maria Mourani, criminologue et spécialiste des enjeux de cyberviolence, notamment chez les jeunes.

Maria Mourani est criminologue et spécialiste des enjeux de cyberviolence, notamment chez les jeunes. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey
Selon Mme Mourani, ils savent que la Loi sur le système de justice pénale pour adolescents évite aux mineurs les peines extrêmement sévères imposées aux adultes. Les criminels font ainsi miroiter cette absence de lourdes conséquences aux jeunes au moyen d’un véritable lavage de cerveau en ligne.
Les mineurs acceptant ainsi des contrats par des individus qu’ils ne connaissent même pas, explique-t-elle.
Ce sont des jeunes qu’on utilise comme des bouts de Kleenex qu’on utilise et qu’on jette.
Elle ajoute que les adolescents ne calculent absolument pas le risque qu’ils prennent. Ils se font amener sur le terrain sans savoir allumer un incendie criminel, alors ils se font brûler eux-mêmes, ou sans savoir utiliser une arme, alors ils tirent n’importe comment. Et bien souvent, ils ne se font même pas payer.
Répression ou prévention?
De son côté, le chef de la police de Toronto, Myron Demkiw, fait pression pour l’adoption du projet de loi fédéral C-22 sur l’accès légal aux données chiffrées.
Selon lui, sans outils adaptés pour décoder les communications numériques, la police demeure paralysée face à la violence orchestrée en ligne.
Une position appuyée par Maria Mourani, qui estime qu’il faut cesser d’avoir peur de perdre une part de vie privée. Selon elle, il est urgent de donner des moyens adéquats aux enquêteurs pour faire face aux crimes virtuels graves visant les mineurs (sextorsion, pédocriminalité, recrutement), à condition d’instaurer des garde-fous stricts et une reddition de comptes rigoureuse.

Selon le chef de la police de Toronto, Myron Demkiw, sans outils adaptés pour décoder les communications numériques, la police demeure paralysée face à la violence orchestrée en ligne. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn
À l’inverse, les partisans d’une approche sociale préviennent que la répression et la technologie ne s’attaquent pas à la racine du problème.
Eugène Waller, professeur à l’Université d’Ottawa, rappelle que le durcissement des peines n’a pas d’effet dissuasif. Il cite l’exemple de Chicago, où les peines sont sévères, mais le taux d’homicides par habitant est huit fois plus élevé qu’à Toronto.
Il propose plutôt que la Ville rééquilibre son budget en investissant 50 millions $ par an (l’équivalent de l’augmentation récente accordée à la police) dans la prévention intelligente au niveau des quartiers ou des programmes d’aide et de gestion des émotions destinés aux jeunes hommes à risque.
Un avis partagé par Marcell Wilson, qui insiste sur le fait que la punition intervient toujours trop tard.
Au moment où un jeune a une arme entre les mains, il y a déjà tellement de systèmes qui ont échoué.
Si nous voulons vraiment réduire la violence armée chez les jeunes, nous devons commencer à mesurer le succès par autre chose que le nombre d’arrestations une fois que le mal a été fait, soutient-il. Le véritable succès, c’est un jeune qui n’a jamais été recruté, une famille soutenue tôt et des communautés qui ont les outils et les ressources pour protéger leurs enfants.
Le rôle des intervenants et des parents
Ancien chef de gang aujourd’hui réhabilité, Marcell Wilson rappelle que les adolescents marginalisés rejettent d’emblée le système traditionnel et les forces de l’ordre, auprès de qui ils ne se sentent ni compris ni écoutés.
Les personnes qui ont une expérience vécue sont cruciales. [...] Nous sommes ce pont, cette communication nécessaire entre deux mondes qui ne se comprennent absolument pas.
Mais au-delà des intervenants, le premier rempart reste la famille. M. Wilson appelle les parents à franchir le fossé technologique générationnel : s’intéresser activement au contenu du téléphone de leurs adolescents, décoder le langage virtuel et aborder la sécurité en ligne quotidiennement à la maison.
Un constat partagé par Maria Mourani, qui déplore qu’aujourd’hui trop d’adolescents soient élevés par les algorithmes plutôt que par leurs propres parents.


3 weeks ago
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