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Quand les chevaux courent encore à Little Bighorn

7 hours ago 8

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C’est la fête du Canada. Mais cette année, je n’ai pas vraiment envie d’écrire sur le Canada. Je n’ai pas non plus passé mes soirées collé à la télévision pour regarder le soccer international. J’ai plutôt regardé mon téléphone. Facebook. Les réseaux autochtones. Des vidéos venues du Montana, du Dakota du Sud, des grandes plaines américaines.

J’y ai vu des Arapahos, des Lakotas, des Dakotas, des Nakotas, des Cheyennes et d’autres peuples autochtones se souvenir d’une de leurs plus grandes victoires : la bataille de Little Bighorn, aussi appelée la bataille de Greasy Grass.

Dans ces vidéos, on voit les cavaliers autochtones refaire une charge traditionnelle. Ils traversent les collines à cheval. Ils montent avec fierté, avec force, avec mémoire. Ils ne le font pas pour divertir les touristes. Ils le font pour rappeler aux ancêtres que leurs descendants sont encore là. Ils le font pour rappeler aux États-Unis que le 7e régiment de cavalerie a été vaincu. Ils le font pour rappeler au monde que les peuples autochtones n’ont pas seulement subi l’histoire. Ils l’ont aussi écrite.

Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.

Little Bighorn : une victoire qui a traversé les Plaines

Le 25 juin 1876, le lieutenant-colonel George Armstrong Custer attaque un immense campement autochtone près de la rivière Little Bighorn. Il croyait probablement surprendre des familles. Il croyait affronter des peuples déjà brisés. Mais il s’est trompé. Devant lui se trouvaient des nations qui défendaient leurs familles, leurs terres, leur liberté et leur manière de vivre.

Custer n’était pas un héros. Il était le visage armé d’un système qui voulait contrôler, déplacer, affamer et, parfois, détruire des nations entières. Sa défaite n’était donc pas seulement une victoire militaire. C’était une victoire spirituelle. Une réponse à l’arrogance coloniale. Une affirmation que les peuples des plaines étaient encore puissants.

En grandissant, j’aurais voulu participer à une telle charge. Pas la charge de la brigade légère, chantée dans les poèmes britanniques. Moi, j’aurais voulu monter avec mes ancêtres. Sentir le vent dans mes cheveux. Entendre les sabots frapper la terre. Goûter à la poussière, non pas comme une humiliation, mais comme une preuve que nous étions encore libres.

Ces chevaux, aujourd’hui, ne courent pas seulement dans les collines du Montana. Ils courent aussi dans notre mémoire.

Du champ de bataille au Traité n° 6

Et cette mémoire me ramène vers le nord. Vers le Traité n° 6.

En 1876, quelques semaines après Little Bighorn, la Couronne britannique négociait avec les Cris, les Stoneys et d’autres nations dans ce qui est aujourd’hui la Saskatchewan et l’Alberta. Le Traité n° 6 fut signé à Fort Carlton, puis à Fort Pitt. C’est un traité très important pour ma famille, pour ma nation, pour mes ancêtres. C’est le traité de Red Pheasant. C’est un traité qui contient des promesses de terre, d’éducation, d’agriculture, mais aussi de santé et de survie.

On y trouve la fameuse clause de la boîte de médicaments, souvent appelée le medicine chest clause. On y trouve aussi une promesse d’aide en cas de famine ou de pestilence. Ce n’était pas rien. Les bisons disparaissaient. La faim avançait. Les maladies avaient déjà tué tant de monde. Les chefs cris ne demandaient pas des cadeaux. Ils négociaient l’avenir de leurs enfants.

Mais il faut comprendre le moment politique. Les Canadiens savaient ce qui venait de se passer à Little Bighorn. Les Premières Nations le savaient aussi. À cette époque, les nouvelles ne circulaient pas par télévision ou par téléphone, mais elles circulaient quand même. Elles voyageaient par les sentiers, les rivières, les postes de traite, les familles métisses, les coureurs, les commerçants, les itisahwâkanak et les messagers autochtones.

Une grande victoire comme Little Bighorn ne serait pas restée longtemps au sud de la frontière. Elle aurait traversé les Plaines comme le vent. Les Premières Nations en auraient entendu parler. Les représentants canadiens aussi. Dans les camps, dans les forts et dans les bureaux du gouvernement, tout le monde comprenait qu’un peuple que l’on croyait vaincu venait de démontrer qu’il pouvait encore résister.

Les Cris savaient que les peuples autochtones étaient encore forts. Le gouvernement canadien le savait aussi. Ottawa ne voulait pas une guerre dans le Nord-Ouest. Il voulait des traités, des terres, des colons, un chemin de fer, de l’ordre. Mais il savait aussi que les nations des Plaines n’étaient pas sans pouvoir.

C’est peut-être pour cela que le Traité n° 6 porte cette tension : la Couronne voulait la terre; les Cris voulaient la vie. La Couronne voulait l’accès; les chefs voulaient la survie. La Couronne voulait la paix; les nations autochtones voulaient un avenir.

Les chevaux courent encore

Cent cinquante ans plus tard, les chevaux courent encore à Little Bighorn. Et quand je les regarde, je ne vois pas seulement une reconstitution. Je vois une prière en mouvement. Je vois une histoire que l’on a tenté d’enterrer, mais qui respire encore.

Au Canada, nous devrions regarder ces images avec humilité. Car 1876 n’est pas seulement l’année de Little Bighorn. C’est aussi l’année du Traité n° 6. Une année où les peuples autochtones ont rappelé au continent qu’ils n’étaient pas vaincus.

Ils étaient là.

Nous sommes encore là.

Comment cela a-t-il pu arriver?
Vaincus par ceux qu’ils disaient primitifs, ignorants, païens
Mais ces peuples protégeaient leurs enfants, leurs parents les bisons
Face aux chefs génocidaires, ils tiennent encore debout

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