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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDepuis l’arrivée de Mark Carney au pouvoir, il y a près d'un an, le pragmatisme a la cote.
Au nom du pragmatisme économique, le premier ministre libéral écarte des contraintes environnementales pour favoriser la réalisation rapide de grands projets d’infrastructure.
Sur la scène diplomatique, il relègue au second plan les préoccupations à l’égard des droits de la personne pour approfondir des relations commerciales avec des pays dont le bilan n’est pas toujours reluisant.
Et aux Communes, il parvient à convaincre des députés d’opposition de tourner le dos à certains de leurs anciens principes et de rejoindre les rangs libéraux.
Son argument est concret : en intégrant le gouvernement, ces députés auront plus de moyens pour faire avancer les préoccupations des citoyens de leur circonscription.
Et, par ricochet, ils auront peut-être plus de chances d’être réélus la prochaine fois…
Pour Mark Carney, tant en matière de politiques publiques que dans l’arène partisane, ce ne sont plus vraiment les grands principes qui semblent dicter les actions mais plutôt les bénéfices tangibles.
Et de quatre!
Depuis novembre, trois conservateurs ont épousé cette solution pratique de se joindre au gouvernement.
Mardi soir, la députée néo-démocrate du Nunavut, Lori Idlout, est allée grossir leurs rangs.
Depuis des mois, les libéraux lui faisaient les yeux doux. Elle l’avait d’ailleurs admis en janvier en entrevue à CBC.
Le fait qu'on m’ait demandé de changer de camp m'a obligée à réfléchir à la manière dont je pouvais continuer à faire mon travail de mon mieux pour les Nunavummiut, signalait-elle en janvier.
Une source néo-démocrate le concède sans réserve : Lori Idlout n’était pas la plus partisane au sein de la députation du Nouveau Parti démocratique (NPD). Selon cette personne, la députée du Nunavut a sans doute simplement conclu que pour faire avancer les dossiers du Nord, il valait mieux être au pouvoir que dans l’opposition.
Mercredi, la nouvelle députée libérale s’est faite très discrète sur ce qui l’a poussée à dire adieu au NPD. Comme dans n’importe quelle situation complexe, il n’y a pas eu un seul élément déclencheur, a-t-elle déclaré aux côtés d’un Mark Carney rayonnant. C’est une variété de questions qui m’ont amenée à réfléchir.

Lori Idlout a rejoint le caucus libéral sous les applaudissements de ses nouveaux collègues.
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Chez ses nouveaux collègues libéraux, beaucoup croient que c’est avant tout une question de conjoncture.
Les gens se rallient derrière [l'ordre du jour] qu'on a mis de l'avant, a noté le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne. Vous savez, on vit des moments uniques dans l'histoire mondiale.
C'est un moment historique que nous vivons au Canada, a renchéri la députée Karina Gould. Il y a plusieurs personnes, plusieurs députés, qui veulent faire partie de la solution.
En d’autres mots, les perturbations économiques et géopolitiques que provoque Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche forcent un changement de stratégie, tant pour le gouvernement que pour les députés.
C'est un peu comme si, en ces temps incertains, on n’avait plus vraiment les moyens de défendre nos anciens principes de la même façon qu’avant.
D’hypocrites à accueillants
En effet, on ne peut pas s’y méprendre : en se joignant à un autre parti, les transfuges n’ont d’autre choix que de marcher sur quelques-unes de leurs anciennes positions.
Le 27 février, alors qu’elle était toujours néo-démocrate, Lori Idlout avait critiqué le gouvernement libéral pour l’adoption à toute vitesse de la loi sur les grands projets d’infrastructure, aussi appelée C-5. Selon elle, les libéraux avaient ainsi fermé les yeux sur les différentes solutions et demandes des Premières Nations, des Métis et des Inuit.
Quelques semaines plus tôt, le 9 février, elle avait accusé les libéraux d’inaction devant la pauvreté infantile inuite.
Le 28 novembre dernier, elle avait déclaré que les libéraux faisaient preuve d'hypocrisie dans le dossier de la réconciliation avec les peuples autochtones. Nous savons qu'ils ne sont pas sincères, avait-elle conclu.
Mercredi, à l'entrée du caucus libéral, elle s'est pourtant dite très reconnaissante d’être si chaleureusement accueillie par ceux qu'elle accusait, quelques mois plus tôt, d’hypocrisie.
Une majorité à portée de main
Il n’en demeure pas moins que cette quatrième défection en autant de mois est la preuve indéniable du pouvoir d’attraction libéral.
Elle démontre que même si Mark Carney gouverne au centre droit, il est également en mesure d’aller gruger des appuis à gauche.
Avec ce nouveau coup fumant, il écorche chacun des partis d’opposition.
Il place d’emblée en position de faiblesse le futur chef du NPD, qui sera choisi à la fin du mois… d'autant que les néo-démocrates pourraient perdre un autre député si Alexandre Boulerice se décide à faire le saut en politique provinciale.

Le chef intérimaire du NPD, Don Davies, a critiqué la défection de la députée du Nunavut, qualifiant sa décision de « profondément antidémocratique ».
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Il ébranle également le chef conservateur Pierre Poilievre, qui a tout avantage à ce que le gouvernement demeure minoritaire afin de garder un levier au Parlement.
Si les libéraux deviennent majoritaires, la perspective d’élections générales s’éloignera. Des députés conservateurs pourraient devenir plus impatients envers leur chef et tester sa discipline. D'ailleurs, les libéraux ne cachent pas qu’ils ont d’autres élus conservateurs dans leur ligne de mire et que de nouvelles défections pourraient survenir.
Dans l’éventualité d’un gouvernement libéral majoritaire, le Bloc québécois perdrait quant à lui sa précieuse balance du pouvoir en comité.
Pour l’instant, les libéraux ne semblent pas voir de problème éthique ou démocratique à atteindre la majorité en grappillant par-ci par-là des députés de l’opposition sans convier une nouvelle fois les Canadiens aux urnes.
Encore une fois, le pragmatisme prévaut sur la colline du Parlement.


2 months ago
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