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Payer son loyer par carte de crédit, est-ce une bonne idée?

6 days ago 23

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Les applications qui permettent de payer son loyer avec une carte de crédit se multiplient au Canada, mais des experts mettent en garde les Canadiens à risque de se surendetter.

De jeunes pousses canadiennes — comme Chexy, Casa et Neobanc — présentent les récompenses et les remises comme un avantage pour les locataires, alors que le loyer moyen dépasse les 2000 $ au pays.

Michael Elliott s’est servi de l’application Chexy pendant quelques mois, il y a deux ans, lorsqu’il habitait au centre-ville de Vancouver.

Je me suis dit que c’était une façon intéressante de gagner plus de points sur ma carte de crédit.

Il s’est désabonné lorsqu’il a déménagé aux États-Unis, mais songe à s’inscrire de nouveau, maintenant qu’il est de retour au pays.

C’était très simple à mettre en place. Il fallait relier ma carte à mon compte bancaire. Ensuite, on entre les coordonnées du propriétaire à qui on loue et le montant est débité directement de ma carte de crédit par virement électronique, explique-t-il.

Il souligne cependant qu’il faut que les remises proposées par les cartes de crédit soient plus élevées que les frais imposés par les plateformes pour que cela en vaille la chandelle. Dans le cas de Chexy, l’entreprise facture des frais de 1,75 % pour chaque transaction.

Pour que l’utilisateur y voit un avantage net, il faut qu’il rembourse sa carte de crédit au complet chaque mois. Dès qu’un solde impayé entraîne des intérêts, les récompenses peuvent rapidement s’effacer.

Emily Goose.

Avant même de devenir employée chez Chexy, Emily Goose utilisait l’application pour cumuler des remises en argent chaque mois.

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Emily Goose, ingénieure informatique chez Chexy depuis quelques mois, se servait de la plateforme avant même de devenir employée de l’entreprise torontoise. Sa carte de crédit lui offre une remise en argent de 4 % sur ses transactions.

La remise que je reçois sur mon loyer, ça paie presque entièrement ma facture d’électricité, soutient-elle.

Risqué pour certains locataires

Claire Célérier, professeure agrégée de finance à l’Université de Toronto et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en finance des ménages, remet en question le modèle d’affaires de ces plateformes.

Ce que ça encourage en fait, c’est de s’endetter davantage.

L’an dernier, près d’un Canadien sur trois (32 %) ne remboursait pas complètement ses cartes de crédit à la fin d’un mois donné, selon le plus récent rapport de Paiements Canada (nouvelle fenêtre). Même après avoir effectué des paiements, ces consommateurs traînaient encore un solde moyen de 4616 $.

Elle souligne que les jeunes adultes — et les locataires en particulier — font face à des taux de délinquance historiquement élevés.

Selon les données d’Equifax, environ 2,64 % des Canadiens de 26 à 35 ans ont des arriérés de paiements de plus de 90 jours sur leurs cartes de crédit et leurs prêts non hypothécaires. Le taux de délinquance moyen s’élève à 1,77 % tous âges confondus.

C’est encore plus élevé si on cible les locataires dans les grandes villes, affirme la chercheuse. Selon ses estimations conservatrices, le taux de délinquance se situerait entre 3 % et 4 % dans ce segment de la population.

Claire Célérier.

Claire Célérier est professeure agrégée de finance à l’Université de Toronto et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en finance des ménages.

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

MJ Pilgrim, locataire à Toronto, n’écarte pas la possibilité d’utiliser une telle plateforme de paiement à l’avenir, mais comprend qu’il faut une certaine discipline pour rembourser chaque mois sa carte de crédit.

Je pense que beaucoup de jeunes tombent dans le piège de croire que le crédit, c’est comme de l’argent gratuit, lance-t-elle. Ça peut finir par se retourner contre eux.

La plateforme Chexy se défend

La cofondatrice et PDG de Chexy, Liza Akhvledziani Carew, avoue que cet outil n’est pas pour tout le monde, mais soutient qu’il n’encourage pas l’endettement. Elle explique que les locataires sont tenus de payer leur loyer, peu importe le mode de paiement.

Aucun programme de récompenses ne peut compenser les quelque 20 % d’intérêts imposés sur un gros montant, souligne l’entrepreneure, qui rappelle que son entreprise ne cumule pas ces intérêts.

Chexy — qui compte plus de 200 000 utilisateurs — a facilité plus de 2 milliards de dollars en transactions depuis son lancement en 2023. Au-delà du loyer, il permet aussi de payer ses factures et ses impôts.

Liza Akhvledziani Carew devant un écran d'ordinateur avec un collègue.

La cofondatrice et PDG de Chexy, Liza Akhvledziani Carew (à droite), affirme que l’option de payer son loyer, ses impôts et ses factures par carte de crédit gagne en popularité.

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Depuis quelques années, les plateformes de ce genre se multiplient. En mars dernier, par exemple, Casa s’est associée à la Banque Scotia et permet à certains clients de payer leur loyer par carte de crédit sans frais de transaction, une première au pays. La condition : utiliser une carte de crédit qui est exclusivement offerte par Casa.

C’est vraiment très particulier et c’est possible parce qu’il y a ce partenariat avec la Banque Scotia, affirme la professeure Claire Célérier, qui craint que l’absence de frais pousse les Canadiens à utiliser le service moins prudemment. La promesse du zéro frais pour moi est assez dangereuse et, de manière générale, je pense qu’il faut décourager l’utilisation du crédit pour payer les loyers.

Le chef de la direction de Casa, Brandon Koffler, et la Banque Scotia ont décliné nos demandes d’entrevue.

Un transfert de richesse caché

Claire Célérier ajoute que l’option de payer son loyer à crédit, bien qu’elle soit alléchante pour certains, exacerbe le fossé entre les plus riches et les moins nantis.

Ces systèmes de récompenses des cartes de crédit, ça implique un transfert de richesse des plus pauvres, plus vulnérables, aux plus riches, dit-elle.

Les commerçants, qui doivent payer des frais d’interchange, refilent souvent ces coûts aux consommateurs, en augmentant leurs prix. Les Canadiens plus aisés, utilisant des cartes de crédit pour maximiser leurs points, profitent de ces avantages, alors que les plus pauvres paient les mêmes prix plus élevés, explique l’experte.

Quand on développe ce type de produit, on encourage encore plus ce transfert de richesse, conclut-elle.

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