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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLouise Arbour fait son entrée ce lundi à Rideau Hall, la prestigieuse résidence dans laquelle 30 gouverneurs généraux se sont succédé avant elle depuis 1867. Bien que cette fonction soit largement symbolique et protocolaire, l’arrivée à ce poste de cette femme d’envergure internationale, fine connaisseuse des rouages institutionnels canadiens, lance des signaux forts sur les visées stratégiques de sa nomination.
Comme le remarque Daniel Béland, le directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill, cette nomination relève d’un choix plutôt classique, soit celui d’une personnalité au CV en béton, qui connaît bien les institutions canadiennes, son système juridique et constitutionnel.

Daniel Béland est le directeur l’Institut d'études canadiennes de McGill. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Un profil que Daniel Béland compare à celui de David Johnston, professeur de droit à la carrière prestigieuse, qui a été gouverneur général du Canada de 2010 à 2017 et incarné une forme de stabilité institutionnelle.
Frédéric Boily, professeur de science politique à l'Université de l’Alberta, évoque aussi cette comparaison, estimant qu'après les controverses qui ont entouré les mandats de Julie Payette et Mary Simon, il y avait un besoin crucial de redorer le blason de cette fonction.
Selon lui, le choix de Mme Arbour vise à redonner à cette fonction une plus grande crédibilité sur le plan juridique et institutionnel.
En choisissant une Québécoise francophone parfaitement bilingue, après les nombreuses critiques adressées à Mary Simon sur son français, Mark Carney a aussi fait passer un message d’apaisement à l’approche des élections québécoises, jugent ces experts.
Comment suivre la cérémonie?
Une émission spéciale sera diffusée le lundi 8 juin, à 9 h, sur ICI TÉLÉ, ICI RDI et ICI TOU.TV, en direct d'Ottawa. Elle sera animée par Céline Galipeau, entourée de Daniel Thibeault ainsi que des experts Fannie Lafontaine et Patrick Taillon.
À 11 h 30, Alec Castonguay et l'équipe de Midi info poursuivront la couverture sur ICI PREMIÈRE et Radio-Canada OHdio.
La cérémonie sera aussi diffusée sur la chaîne d’affaires publiques par câble (CPAC) et sur la chaîne YouTube de Patrimoine canadien.
Maîtriser les prises de parole
Incarner cette fonction viendra avec des défis. Cette femme de conviction, qui ne craignait pas d’exprimer des opinions parfois tranchées, devra désormais maîtriser ses prises de parole publiques, de façon à ne pas causer de maux de tête au gouvernement, rappelle Daniel Béland.
Elle va pouvoir mettre de l’avant certaines idées, mais de façon prudente, et s’en tenir à des propos les moins controversés possibles. Chaque mot devra être pesé et évalué, il ne peut pas y avoir d’improvisation
Trouver cet équilibre sera un défi, abonde Frédéric Boily, qui rappelle que le rôle de gouverneure générale impose une certaine retenue. Elle va devoir montrer que la fonction est utile, tout en restant en retrait.

Frédéric Boily, professeur de science politique à l'Université de l’Alberta (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
François Crépeau, professeur et ancien directeur du Centre sur les droits de la personne et le pluralisme juridique à l'Université McGill, prédit à l’inverse que Louise Arbour fera preuve d’un certain franc-parler.
Elle va dire les choses comme elle les pense, et être une alliée importante du gouvernement canadien. Elle fera parler d’elle sur la scène internationale, plus que les gouverneurs précédents, en raison de son parcours, ce qui est une bonne chose dans la cacophonie internationale actuelle.
Le fait d’avoir une voix forte sur la scène internationale permettra peut-être de faire sortir la voix canadienne de l’ombre, espère-t-il en évoquant la possibilité de tisser des relations plus étroites avec l’Union européenne, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Dans ce contexte, juge-t-il, elle est un atout.
Un rôle plus politique qu’il n’y paraît
François Crépeau rappelle qu'au-delà de l’impression d'inutilité politique de la fonction, le gouverneur général est une figure qui incarne la continuité de l'État canadien, et ce, indépendamment des politiciens qui se succèdent au pouvoir.
La nomination de Mary Simon avait mis en évidence la dimension autochtone de l'identité nationale canadienne. Avec Louise Arbour, qui a évolué dans de nombreuses enceintes onusiennes, il s'agit pour le Canada de mettre en valeur un autre aspect de son identité : son attachement de longue date aux institutions internationales.

Le roi Charles III du Royaume-Uni lors d'une audience avec Louise Arbour, à l'occasion de sa nomination au poste de gouverneure générale du Canada, au palais de Buckingham, à Londres, le mercredi 3 juin 2026.
Photo : yui mok/pool pa via ap / Yui Mok
Nous sommes des amis des Nations unies et de son prédécesseur, la Société des Nations, depuis 1919. Madame Arbour a beaucoup œuvré dans ce monde-là, fait-il observer.
Une des stratégies de Mark Carney est d’élargir le cercle des amis du Canada et de ses partenaires commerciaux et politiques pour établir des relations moins centrées sur les États-Unis, poursuit-il.
Nommer quelqu’un qui a des liens étroits avec de nombreuses organisations internationales envoie le message d’un Canada qui va diversifier sa politique étrangère, même si par un moyen symbolique.
Pour Daniel Béland, le choix de Louise Arbour est hautement symbolique à un moment où le Canada doit faire preuve d’imagination et forger de nouvelles alliances.
François Crépeau rappelle aussi que, dans l'éventualité d'une impasse électorale, en raison d'une victoire égale de deux partis, c'est la gouverneure générale qui détient le pouvoir de choisir le parti appelé à gouverner. De ce point de vue, elle peut avoir une autorité très importante, met-il en évidence.
Une conseillère informelle?
Enfin, même si la gouverneure générale n’a pas pour rôle officiel de conseiller le premier ministre, les connaissances constitutionnelles pointues de celle qui a notamment exercé comme juge à la Cour suprême du Canada pourraient être précieuses pour Mark Carney, dans un contexte de tensions nationales provoquées par des poussées séparatistes tant du côté de l’Alberta que du Québec.

François Crépeau, professeur et ancien directeur du Centre sur les droits de la personne et le pluralisme juridique à l'Université McGill (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Olivier Plante
Stephen Harper, premier ministre de 2006 à 2015, rencontrait régulièrement David Johnston pour parler de ce qui se passait dans l’actualité et au Parlement, rappelle Daniel Béland. Pour Mark Carney, ça peut être pratique d’avoir une personne comme elle dans son entourage. Il pourrait aller la voir de temps en temps et discuter de certains dossiers avec elle, suggère-t-il.
Pour François Crépeau, la personnalité de Louise Arbour, une personne affable avec qui la relation de confiance s’établit facilement et qui a un entregent extraordinaire, laissera probablement une marque sur la fonction.


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