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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC'est un revirement qui en dit long sur le vieillissement de la population et la baisse marquée du nombre de naissances : les ventes de sous-vêtements d'incontinence pour adultes dépassent dorénavant les ventes de couches pour la petite enfance au Québec.
Radio-Canada a pu documenter ce phénomène de société grâce aux chaînes de pharmacies Jean-Coutu et Brunet, qui ont accepté de calculer pour nous le bilan global de leurs ventes de ces produits. Les montants demeurent toutefois confidentiels.
Louise, 73 ans, de Québec, achète à l'occasion des culottes d'incontinence. C'est moins insécurisant pour elle, surtout lors de longs trajets en voiture ou de randonnées à vélo.
Elle assure que ce n'est pas tabou, mais elle préfère qu'on n'écrive pas son nom de famille, car tous ses proches ne sont pas informés de ses problèmes de fuites.

Aujourd'hui, 23% des Québécois ont plus de 65 ans. Cette tranche de la population vient tout juste de dépasser en nombre celle des moins de 19 ans.
Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet
Louise remarque de plus en plus de ces produits pour adultes dans les rayons des pharmacies. Et ils n’arrêtent pas d'en parler à la télévision, dans les annonces commerciales, surtout depuis deux ans.
En 2024, pour la toute première fois, il y a eu plus de décès que de naissances dans la province.
Le nombre d'enfants par femme n'a jamais été aussi peu élevé (1,34), alors qu'il en faut 2,1 pour assurer le renouvellement des générations.
Le Québec n'a pas connu 2,1 enfants par femme depuis 1970, quand il y avait moins de femmes sur le marché du travail et que l'accès à l'avortement et à la contraception était beaucoup plus difficile.
Les naissances ont connu une remontée à la suite de la création du réseau des Centres de la petite enfance (1997) et de l'arrivée du Régime québécois d'assurance parentale (RQAP), en 2006.
Mais la crise économique de 2008 a mis un coup d'arrêt à cette progression et la chute est continue depuis. Elle s'est même accélérée depuis la pandémie de 2020 et le contexte d'incertitude financière, climatique et économique.
Une nouvelle étude documente le phénomène
Deux chercheurs québécois viennent de publier un article, le 26 août, dans la revue Demographic Research. Benoît Laplante (INRS) et Julien Blouin (UQAM) analysent en profondeur la baisse récente des intentions de fécondité chez les femmes au Canada.
Ils concluent que les intentions d'avoir des enfants ont chuté depuis 2011 et surtout depuis 2017.
La baisse la plus notable est chez les femmes de plus de 15 ans sans enfants, dont la moitié ont l'intention de rester sans enfant.
À la recherche des causes
En entrevue avec Radio-Canada, le coauteur Benoit Laplante explique qu'il existe très peu d'études sur les causes de la chute des naissances qui s'accélère depuis 2020. Il fait l'hypothèse que la responsable est l'ère d'incertitude.
Les jeunes adultes prennent la décision dans un contexte où il est extrêmement difficile d'être assuré de ce que va être le futur aussi bien écologique, économique, social et politique.
Le coût de la vie, notamment du logement, pourrait expliquer pourquoi les femmes de Colombie-Britannique font encore moins d'enfants que dans le reste du Canada (1,02 en moyenne).
L'autre cause possible, selon le chercheur, c'est le message reçu aux jeunes adultes de la société en général et du monde politique qui est : "Investissez dans vos études, étudiez le plus longtemps possible, investissez dans votre carrière et concentrez-vous là-dessus.".
En conséquence, l'âge du premier enfant est aujourd'hui de 30 ans chez les Québécoises. Il n'a jamais été aussi élevé.

La fécondité du Québec est inférieure à celle de certains pays industrialisés, comme les États-Unis et la France, mais elle est largement supérieure à celle d’autres, comme l’Espagne et la Corée du Sud
Photo : Shutterstock / Kiefer Pix
Des partis politiques préoccupés cherchent des solutions
Plus que dans les campagnes électorales précédentes, les partis politiques rivalisent de promesses destinées aux familles et aux jeunes parents. Certaines propositions visent clairement à stimuler l'envie d'avoir des enfants.
Historiquement, les gouvernements québécois ont mis en place des mesures pour faciliter la vie de ceux qui choisissent d'avoir des enfants, mais sans tomber dans les politiques natalistes qui cherchent à stimuler les naissances.
Le chef du Parti conservateur du Québec Éric Duhaime, lui, ne cache pas son désir d'aider les jeunes à vouloir fonder une famille. Il a déjà promis des baisses d’impôt historiques dès la naissance d’un enfant.
Comme nation, on est menacés et je pense qu'on a comme devoir de faciliter la vie à celles et ceux qui veulent peupler le Québec. Ces politiques-là peuvent contribuer à ce que les jeunes prennent la décision d'avoir un enfant.

Éric Duhaime, lors d'une conférence de presse, jeudi.
Photo : Radio-Canada
Du côté du Parti québécois, qui fera des propositions en matière de famille plus tard dans la campagne, sa position est plutôt de déplorer l'écart entre le nombre d'enfants souhaités et le nombre réel de naissances.
Ce que nous voulons, c'est de renverser cette tendance en s’attaquant aux obstacles qui empêchent les familles de réaliser leurs projets, a déclaré le député sortant et candidat dans Arthabaska, Alex Boissonneault, en juin dernier.
Le Parti Québécois s’engagera dans plusieurs mesures fortes pour soutenir nos familles et ceux qui ont ce projet, notamment au niveau du coût de la vie, du logement, des services et de la fertilité.

Le chef du PQ a publié une photo avec sa conjointe et ses trois enfants, lors d'une pause de la campagne, le 30 août.
Photo : Paul St-Pierre Plamondon/Facebook
Le Parti libéral du Québec présentera aussi ses propositions en matière de famille plus tard durant la campagne. Il pourrait proposer des mesures pour favoriser la natalité.
Quant à Québec solidaire, le parti rejette toute proposition nataliste. Il propose d'augmenter les prestations du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) et de doubler le nombre de congés pour le deuxième parent.
La première ministre sortante rejette aussi l'idée d'inciter à faire des enfants. Elle propose plutôt d'alléger le poids financier pour les familles.
La CAQ propose de bonifier de deux semaines le congé de paternité et d'offrir 1000 $ dans le Régime enregistré d’épargne-études de chaque enfant qui naîtra au Québec.
On n'a pas de politique nataliste en tant que telle. Nous, on veut aider les familles. [...] Si ça incite certaines personnes à avoir d'autres enfants, tant mieux, mais ce n'est pas l'objectif.

La cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette, le 1er septembre 2026.
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
Quelle est la proposition idéale?
En plus du chercheur Benoît Laplante de l'INRS, nous nous sommes entretenus avec Sophie Mathieu, professeure adjointe à l’École de politique appliquée à l'Université de Sherbrooke, experte de l’étude des mesures de soutien aux familles.
Nous avons demandé à chacun d'entre eux la première mesure qu'ils mettraient en place s'ils étaient à la tête du gouvernement.
Les deux nous ont répondu que les bébé-bonus ne fonctionnent pas et qu'il faut plutôt revaloriser le RQAP.
Le régime de base longue durée offre 70 % du salaire pour les sept premières semaines, puis 55 % pour les 25 autres semaines. C'est trop peu, selon Sophie Mathieu, les familles ne veulent pas s'appauvrir.
Il faut réussir à créer un environnement institutionnel qui fait en sorte que les couples n’ont plus peur de faire des enfants. Il ne faut plus que le fait d’avoir un enfant soit autant pénalisant au niveau financier, au niveau de la carrière.
Benoît Laplante ajoute que si le but de la mesure est de stimuler la fécondité, la seule chose qui aurait un effet au Québec, c'est le RQAP.
Il suggère d'augmenter la compensation, [...] car 55 %, c'est très discutable. De toute façon, à l'origine, ça ne devait pas être 55 %, mais 75 % pour tout le monde.
Les chercheurs rappellent que le RQAP est autofinancé par une cotisation dédiée, donc il n'en coûterait pas plus cher à l'État, au moment où la plupart des partis politiques en campagne cherchent à limiter les dépenses publiques.
Avec la collaboration d'Amélie Fortin


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