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Les Peskotomuhkati s’opposent à un projet de centre de données sous-marin

6 days ago 3

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Écouter l’article | 7 minutes

La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Les membres de la communauté Peskotomuhkati, des deux côtés de la frontière canado-américaine, affirment qu’un projet de centre de données sous-marin consacré à l’intelligence artificielle (IA) dans le Maine menace une voie navigable essentielle à leur alimentation, à leur culture et à leur identité.

Aaron Dana, représentant autochtone à l’Assemblée législative du Maine, a dit craindre que les répercussions environnementales du centre de données proposé à Eastport, dans le Maine, s’étendent aux eaux environnantes.

Il a précisé que la préoccupation fondamentale des dirigeants Peskotomuhkati concerne les cours d’eau qui ont fait vivre leur peuple depuis des générations.

Beaucoup de gens dépendent de ces ressources, a expliqué M. Dana, originaire de la communauté de Passamaquoddy, dans le Maine.

De nombreuses personnes dans le monde consomment des aliments issus de ces ressources.

Aaron Dana, les bras croisés.

Aaron Dana, originaire de Passamaquoddy Indian Township, est le représentant des Passamaquoddy à l’Assemblée législative du Maine.

Photo : Photo fournie par Aaron Dana

Le centre de données proposé utiliserait des turbines marémotrices pour produire de l’électricité destinée à alimenter des équipements sous-marins de calcul et de refroidissement basés sur l’IA.

Le projet de Deepgreen Western Passage prévoit jusqu’à 50 turbines marémotrices produisant 15 mégawatts d’électricité, ainsi que jusqu’à 34 modules de serveurs sous-marins dotés d’IA.

L’équipement occuperait environ 11 hectares d’une zone d’étude aquatique de 161,8 hectares située dans le passage ouest de la baie de Passamaquoddy, à deux kilomètres de l’île Deer, au Nouveau-Brunswick, et à 17 kilomètres de la ville de pêche côtière de Saint-Andrews.

Aaron Dana a indiqué que la frontière internationale rendait le projet proposé particulièrement complexe.

À certains endroits, le Nouveau-Brunswick n’est qu’à un kilomètre d’Eastport, les deux rives n’étant séparées que par les eaux de la baie. M. Dana a ajouté que les répercussions potentielles ne s’arrêteraient pas à la frontière.

C’est une zone d’une importance vitale pour l’écosystème de toute cette région du Nouveau-Brunswick et du Maine, a-t-il déclaré.

Il craint que le projet accélère les dommages qu’il constate déjà dans la baie et qu’il attribue aux changements climatiques.

Ce n’est pas quelque chose de nouveau auquel je n’ai pas déjà dû faire face au cours de ma vie, a-t-il précisé. C’est simplement une nouvelle voie et un type de technologie différent qu’ils tentent de mettre en œuvre.

Hugh Akagi, chef de la nation Peskotomuhkati à Skutik.

Hugh Akagi, chef de la nation Peskotomuhkati à Skutik, au Nouveau-Brunswick, a travaillé pendant des décennies dans le domaine des sciences halieutiques au sein du ministère des Pêches et des Océans.

Photo : Sis'moqon/CBC

Territoire traditionnel des deux côtés de la frontière

M. Dana a expliqué que le territoire des Peskotomuhkati est antérieur à la frontière entre le Canada et les États-Unis. Aujourd’hui, on compte deux collectivités dans le Maine (Indian Township et Sipayik) et environ 350 membres de la nation Peskotomuhkati au Nouveau-Brunswick.

Selon lui, Hugh Akagi, chef de la nation Peskotomuhkati à Skutik, au Nouveau-Brunswick, a pris contact avec les dirigeants du Maine afin de collaborer à la protection de leur territoire commun.

M. Akagi a étudié les pêcheries de la région pendant des décennies en collaboration avec le ministère des Pêches et des Océans.

Il a expliqué que le mot Peskotomuhkati signifie ceux qui chassent le colin à la lance et ceux de l’endroit où le colin est abondant, et que la santé de la rivière Sainte-Croix et de la baie de Passamaquoddy est indissociable de leur identité.

La rivière définit qui nous sommes, a-t-il affirmé. Si elle doit définir qui nous sommes, nous aimerions la voir en bonne santé.

Pour lui, en bonne santé rime avec abondance. Il a expliqué avoir vu, au cours de sa vie, le colin disparaître de la baie.

Il a précisé que les communautés Peskotomuhkati sont situées entre deux centres de données d’IA proposés : le projet d’Eastport et un autre à Saint-Jean.

M. Akagi, qui a fêté ses 80 ans cette année, voit désormais diminuer le nombre d’autres espèces de poissons et d’animaux sauvages essentiels aux Peskotomuhkati.

Pourquoi voudrais-je que vous ajoutiez un autre niveau d’impact à ce qui reste? a-t-il lancé.

Des personnes réunies en audience publique.

En août 2026, le conseil municipal d’Eastport a tenu une audience publique concernant le projet de centre de données sous-marin, au cours de laquelle des résidents et des représentants de la communauté locale des Peskotomuhkati ont fait part de leurs préoccupations.

Photo : Aaron Dana

Qui a compétence en la matière?

À Eastport, certaines des préoccupations soulevées par les chefs Peskotomuhkati trouvent un écho auprès des résidents et des responsables municipaux.

Le conseil municipal d’Eastport a voté contre le projet de centre de données en août, et plus de 100 résidents ont assisté à une audience publique pour exprimer leurs préoccupations et discuter des moyens possibles de s’opposer au projet.

Brian Schuth, directeur municipal d’Eastport, a indiqué que personne lors de l’audience ne s’était prononcé en faveur de la proposition.

Il y a beaucoup de questions complexes et sans réponse auxquelles il faut répondre, a-t-il signalé.

La Ville tente de déterminer quelle autorité elle détient sur le projet, car l’infrastructure proposée serait située en mer et pourrait relever de la compétence fédérale américaine.

M. Schuth a expliqué que son expérience des précédents projets d’exploitation de gaz naturel liquéfié dans la région lui avait appris qu’il devenait de plus en plus difficile de s’opposer à des projets d’envergure dès lors que des sommes d’argent importantes étaient en jeu.

Au niveau de l’État, la gouverneure du Maine, Janet Mills, a opposé son veto en avril à un projet de loi visant à suspendre temporairement le développement de nouveaux centres de données d’IA dans l’État.

Au niveau du gouvernement fédéral américain, on ne sait pas clairement quelles protections ou restrictions s’appliqueraient au centre de données proposé.

Un projet encore à ses débuts, selon le promoteur

Dans une déclaration à CBC Indigenous, le promoteur du projet, Louis Wolfson, a indiqué que la demande de Deepgreen Western Passage porte sur un permis préliminaire visant à permettre à l’entreprise de mener des études environnementales et techniques s’étalant sur plusieurs années.

À l’heure actuelle, le projet en est à une phase calme et analytique, entièrement axée sur le peaufinage de nos études d’ingénierie sous-marine et de nos études de référence avant de poursuivre la consultation communautaire, a détaillé M. Wolfson.

Il a dit avoir pris contact avec les dirigeants wabanakis du Maine, y compris les Peskotomuhkati. Il a ajouté que son entreprise avait l’intention d’écouter les communautés, de respecter leurs limites territoriales et de partager avec elles les données environnementales.

Je sais qu’il existe un fort scepticisme initial, mais mon engagement à respecter la souveraineté autochtone n’est pas négociable, a écrit M. Wolfson dans son communiqué.

Aaron Dana a indiqué que les Peskotomuhkati ne sont pas favorables au projet et n’ont pas l’intention de changer de position.

Ce qu’ils font, c’est simplement cocher une case, en affirmant qu’ils ont consulté les nations autochtones ici, dans l’État du Maine, a-t-il résumé.

D'après un texte de Sis'moqon, de CBC Indigenous

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