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Le rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël est-il inévitable?

1 week ago 20

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La guerre israélo-américaine contre l’Iran a bouleversé les dynamiques au Moyen-Orient, plus particulièrement dans le Golfe, où les riches monarchies pétrolières ont subi de plein fouet les ripostes iraniennes.

Des milliers de missiles et de drones ont été lancés depuis Téhéran contre les alliés de Washington dans la région − l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis en tête −, ciblant des bases militaires américaines qu’ils hébergent, mais aussi l’industrie pétrolière, véritable nerf économique pour ces pays.

En plus des répercussions financières de ces attaques, exacerbées par la fermeture des espaces aériens pendant plusieurs semaines et la poursuite du blocage du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, c’est l’image du Golfe comme havre de paix et de stabilité qui a été éclaboussée.

L’Iran a commis une grave erreur en attaquant les pays du Golfe, estime un diplomate israélien dans un entretien accordé à Radio-Canada. Les relations entre Israël et les monarchies arabes vont désormais devenir encore plus fortes et bien plus intéressantes, ajoute-t-il.

Un épais nuage de fumée noire au-dessus d'un vaste terrain sablonneux.

Une image satellite montre ce qui semble être le résultat d'une attaque de drone sur des installations d'Aramco.

Photo : Reuters / Planet Labs Inc

Ce diplomate, qui travaille au sein du ministère israélien des Affaires étrangères à Jérusalem, préfère garder l'anonymat pour parler librement des relations entre l’État hébreu et les pays du Golfe, où il a travaillé il y a plusieurs années.

Selon lui, la voie à suivre dans la région est celle établie par les accords d’Abraham, une série de traités signés en 2020 sous l’égide des États-Unis qui ont mené à la normalisation des relations entre l’État hébreu et plusieurs pays arabes, dont les Émirats arabes unis.

Lundi, le président américain Donald Trump a lié la résolution de la guerre avec l’Iran avec l’élargissement des accords d’Abraham, invitant le reste du monde arabo-musulman, à commencer par l’Arabie saoudite, à normaliser ses relations avec Israël.

Mohammed ben Salmane sourit en saluant de la main.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Stringer

En 2023, l’Arabie saoudite avait envisagé une normalisation, avant d’y renoncer avec l’attaque inédite du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, à laquelle l’État hébreu a riposté en lançant une opération dévastatrice contre la bande de Gaza.

Riyad répète désormais qu’il conditionne toute reconnaissance d’Israël à la création d’un État palestinien, à laquelle s’oppose le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

Selon le diplomate israélien, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a tout à gagner en s’alliant à Israël.

Avec les Saoudiens, nous avons des intérêts communs, tournés vers l'avenir, qui surpassent incontestablement toutes nos différences. C’est pour cela que la normalisation peut être reportée, mais elle ne peut pas être empêchée. Elle est inévitable.

Selon lui, la guerre contre l’Iran a permis de montrer aux pays du Golfe qu’Israël et les États-Unis sont les seuls pays du monde capables d’affronter militairement la République islamique d'Iran.

Un grand panache de fumée qui s'élève au loin dans une zone industrielle, à la suite d'une explosion.

Un grand panache de fumée qui s'élève à la suite d'une explosion dans la zone industrielle de Fujaïrah, aux Émirats arabes unis, le 3 mars 2026. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / Fadel Senna (AFP)

Israël a par ailleurs déployé des batteries de son système de bouclier antimissile, le Dôme de fer, aux Émirats arabes unis pour aider son allié à se protéger des attaques iraniennes. Une unité israélienne aurait également été envoyée à Abou Dhabi pour faire fonctionner ce système de défense propre à l’État hébreu.

Les Émiratis, qui n’ont pas confirmé cette nouvelle, cherchent toutefois à garder un profil bas sur leurs relations avec les Israéliens. Une semaine plus tôt, ils ont démenti des informations publiées par le bureau de M. Nétanyahou faisant état d’une visite secrète menée par le premier ministre israélien sur le sol émirati.

Cela me fait penser à un dicton hébreu qui dit qu’il est impossible d’être à moitié enceinte. Soit on l’est, soit on ne l’est pas, souligne le diplomate israélien. Cela fait plus de cinq ans qu’on est en relation avec les Émiratis, personne ne doit être surpris par de telles annonces, ajoute-t-il.

Donald Trump parle à l'oreille de Benyamin Nétanyahou devant un drapeau d'Israël.

Le président Donald Trump s'entretient avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à la Knesset, le Parlement israélien, le lundi 13 octobre 2025, à Jérusalem. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Evelyn Hockstein

Plusieurs analystes interrogés par Radio-Canada jugent toutefois irréalistes les ambitions israéliennes dans la région. Déjà très impopulaire dans le monde arabe, Israël l’est davantage encore depuis la guerre dans la bande de Gaza, qui a fait plus de 72 000 morts chez les Palestiniens.

Je pense qu'il existe un profond décalage entre la façon dont les dirigeants israéliens perçoivent [la sécurité dans la région] et la réalité vécue par les pays du Golfe qui ont été fortement affectés par une guerre qu’ils n’ont pas nécessairement choisie, explique Mairav Zonszein, spécialiste d'Israël pour l'International Crisis Group (ICG).

Israël ne peut pas exercer une hégémonie dans la région sans le soutien des États-Unis. Je ne pense donc pas que les pays du Golfe vont simplement dire : "Oui, nous allons désormais compter sur Israël." Absolument pas.

Selon la chercheuse, Israël joue un rôle perturbateur dans la région.

La stabilité, la prospérité et l’économie sont primordiales pour les monarchies arabes, mais la guerre a gravement nui à tout cela, explique Mme Zonszein. Je pense donc que la stratégie d'Israël n'est pas nécessairement de renforcer le Golfe, mais plutôt de le maintenir faible, fragmenté et divisé.

Des navires à l'ancre.

Des navires à l'ancre dans le détroit d'Ormuz, au large de la ville portuaire de Khasab, sur la péninsule de Musandam, au nord d'Oman, le 17 mai 2026.

Photo : Getty Images

Concernant une éventuelle normalisation avec l’Arabie saoudite, la spécialiste estime que ce projet est inconcevable pour le moment. Israël doit comprendre que la désescalade dans la région et la normalisation des relations avec les pays du Golfe passent nécessairement par la question palestinienne, selon Mme Zonszein.

Or, ajoute-t-elle, avec l’approche des élections en Israël, la question de la solution à deux États n’est pas du tout sur la table en ce moment.

C'est même tout le contraire, renchérit Hani Sabra, cofondateur d’Alef Advisory, un cabinet de conseil spécialisé dans l'analyse des risques politiques au Moyen-Orient, basé à New York. Tous les candidats sérieux aux élections en Israël s’y opposent.

Mais, selon lui, la question palestinienne n’est pas le seul facteur qui empêche l’Arabie saoudite de se rapprocher d’Israël. Il y a aussi une question de rivalité entre les deux grandes puissances régionales.

Israël aspire à un rôle hégémonique au Moyen-Orient, tandis que l'Arabie saoudite se considère comme une puissance dominante dans la région et ne souhaite donc pas adhérer à un accord qui la placerait en situation de subordination face à Israël.

Quant à l’appel de M. Trump qui veut élargir les accords d’Abraham à l’Arabie saoudite, c’est essentiellement du bruit pour Riyad, estime M. Sabra, affirmant que le royaume wahhabite mise plutôt sur le long terme.

Pour les Saoudiens, c’est une question de chiffres, explique l’expert. Le prince héritier a 40 ans, tandis que Donald Trump en a presque 80. Il ne lui reste plus que deux ans au pouvoir.

Si vous êtes à la place de Mohammed ben Salmane, vous allez chercher à être dans les bonnes grâces de M. Trump, mais pas seulement. Vous allez regarder au loin, bien au-delà de tout cela.

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