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« Je n’ai jamais vu ça » : un meurtre résolu grâce à la nièce de la victime

2 weeks ago 6

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Écouter l’article | 7 minutes

La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

C’est une audience peu banale qui s’est tenue au palais de justice de Montréal, mardi. Entendue au sujet du meurtre d’une octogénaire, Élyse Quenneville-Proulx a plaidé coupable d'homicide involontaire, à un mois de l'ouverture de son procès.

Or, sans l’intervention de la nièce de la victime qui a permis l'ouverture d'une enquête, cette affaire de meurtre aurait échappé à la justice.

J’en ai les jambes coupées, je n’ai jamais vu ça, a d’ailleurs dit la juge Hélène Di Salvo devant le déroulé des faits.

L’histoire remonte à l’automne 2022. Le 22 octobre, Rolande Ducharme, 81 ans, est retrouvée morte dans l’appartement qu’elle occupe au rez-de-chaussée d’une résidence pour personnes âgées dans le quartier Rosemont. Alertés par un préposé de la résidence, les pompiers et les ambulanciers se rendent rapidement sur place.

Aux policiers qui arrivent environ quatre heures plus tard, les soignants indiquent que le décès est probablement de nature accidentelle. Selon eux, la vieille dame aurait chuté et se serait cogné le visage sur la table de chevet.

En visitant l’appartement, les policiers relèvent la présence de canettes de bière dans le lavabo, de traces de sang sur le mur et d'un pilulier qui n’a pas été utilisé depuis deux jours. Ils notent aussi que la victime a une grave blessure à la bouche et au nez.

Toutefois, ils corroborent la thèse de l'accident. Ils contactent le coroner, qui ne juge pas nécessaire d'ouvrir une enquête policière.

Des soupçons de la nièce

Le 23 octobre, les clefs de l’appartement sont remises à la nièce de la victime, Édith Perreault, qui souhaite le vider. Elle remarque une série d’anomalies, qui la poussent à enfiler des gants et à documenter, à l’aide de son téléphone, tout ce qu’elle observe : le désordre dans l'appartement, les canettes dans l’évier, un miroir décroché du mur qui gît au sol avec des traces de sang, un coffre-fort entrouvert, le fil du téléphone sectionné.

Le même jour, une résidente de l’établissement où vivait Rolande Ducharme trouve deux couteaux dissimulés en soulevant une couverture rouge cachée sous un arbuste. La dame alerte le directeur de l’établissement.

Le coroner se décide à ouvrir une enquête après avoir discuté avec Édith Perreault. Il demande aux policiers de retourner sur les lieux. Le corps de Rolande Ducharme fait l'objet d'une autopsie. La pathologiste judiciaire relève 34 plaies causées par une arme piquante et tranchante au niveau de sa tête, de son cou et du haut du corps.

L’accident est requalifié en homicide.

L’enquête, réalisée notamment par l’examen de caméras de surveillance, permet de remonter rapidement la piste de la meurtrière, Élyse Quenneville-Proulx, une trentenaire qui souffre de troubles psychiatriques et qui consomme régulièrement du crack, des amphétamines et de l’alcool.

Le jour du meurtre, vers 11 h, elle avait été amenée en ambulance à l’hôpital Santa Cabrini, qui se trouve tout près de la résidence où vivait Rolande Ducharme. Mais elle n’a pas été prise en charge tout de suite au triage et a quitté rapidement les lieux.

Après une courte errance, elle s’est retrouvée dans l’appartement de l’octogénaire, où elle a commis l’irréparable. Elle avancera plus tard différentes versions pour expliquer son geste, notamment des hallucinations à la suite du visionnement du film d’horreur Candyman.

Troubles psychiatriques

Il sera ensuite établi qu’Élyse Quenneville-Proulx a été hospitalisée en psychiatrie à de multiples reprises entre 2001 et 2022.

Patrick Davis, avocat de la défense, juge ainsi que l’hôpital Santa Cabrini a une responsabilité dans le meurtre. On s’explique mal pourquoi cette dame perturbée psychiatriquement et induite par une toxicomanie soit arrivée en ambulance à l’hôpital et que personne n’ait allumé, que personne ne se soit occupé d’elle quand elle est arrivée au triage et qu’elle ait pu s’en aller, a-t-il lancé à la sortie de l’audience.

Minh-Tri Truong en entrevue.

Minh-Tri Truong a œuvré pendant 30 ans au sein du Service de police de la Ville de Montréal. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Se pose aussi la question du travail des policiers qui, en dépit d’indices visibles, ont conclu à un accident. En entrevue avec Isabelle Richer, mercredi, Minh Tri Truong, ancien commandant aux enquêtes spécialisées au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), s’étonne de leur réaction.

Si les policiers se rendent sur les lieux et constatent qu’il y a du sang, des objets déplacés, ce sont des éléments qui indiquent un probable homicide, et dans ce cas, il faut protéger la scène de crime, enclencher la procédure pour une enquête.

Comment ont-ils pu manquer le miroir taché de sang, le coffre-fort entrouvert, le fil téléphonique sectionné? Minh Tri Truong ne se l’explique pas. N’importe quel policier aurait appelé minimalement un enquêteur de garde pour avoir eu des conseils, poursuit-il. Pour lui, une procédure interne est nécessaire pour comprendre exactement ce qui s’est passé.

Des questions se posent aussi au sujet du constat de décès : comment les soignants ont-ils pu conclure à un accident alors que la victime avait plus d’une trentaine de plaies au thorax et au cou? Il faudrait que chaque intervenant établisse ses responsabilités, estime Minh Tri Truong.

5:08

Une intervention courageuse

Lors de l’audience, tant la juge que la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Jade Coderre, ont mis en évidence le courage d’Édith Perreault, la nièce de la victime, sans laquelle il n’y aurait jamais eu d’enquête.

L’état mental d’Élyse Quenneville-Proulx ne l’a pas exonérée de ses responsabilités. Si elle traversait vraisemblablement un épisode psychotique au moment des faits, la psychiatre qui l’a examinée a estimé qu’elle a pu simuler certains symptômes pour se déresponsabiliser.

Elle a donc rejeté le recours à l’article 16 du Code criminel, selon lequel une personne n’est pas responsable de ses actes si un trouble mental la rend incapable de juger de leur nature.

Les parties ont toutefois retenu que l'état mental d'Élyse Quenneville-Proulx ne lui avait pas permis de former volontairement l’intention de donner la mort. Elle risque 18 ans de prison. Le jugement sera rendu dans un mois.

Jade Coderre dit vouloir envoyer un message clair dans ce dossier. S’en prendre à une personne vulnérable, une dame de 80 ans, dans le confort de sa résidence, donc son château fort, qu’on soit psychiatrisé, qu’on ait une problématique au niveau de la consommation de stupéfiants, ça n’excuse rien.

Avec les informations d'Amélie Desmarais

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