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Guerre commerciale : où en sont les négociations entre le Canada et les États-Unis?

3 weeks ago 14

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Les délégations canadienne et américaine poursuivent lundi les négociations à deux jours de l’imposition de nouveaux tarifs douaniers de 50 % au Canada par l'administration Trump.

Malgré les multiples rencontres entre les deux pays au cours des trois dernières semaines, les pourparlers sont toujours dans une impasse.

Le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, et la négociatrice en chef pour le Canada, Janice Charrette, devaient rencontrer le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, et le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, à 13 h lundi après-midi, à Washington, pour faire le point.

Des sources ont révélé à CBC News que les négociateurs canadiens craignent qu’il n’y ait aucune façon d’éviter les droits de douane de 50 % que l'administration Trump menace d'appliquer dès mercredi sur des centaines de produits canadiens.

Lors d'un point de presse à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, lundi, le premier ministre Mark Carney a dit s'attendre à parler au président américain Donald Trump d'ici mercredi.

Nous sommes en train d'avoir des négociations très intenses et délicates. Ce n'est pas le moment d'avoir une négociation en public, a dit M. Carney.

Le premier ministre a assuré avoir un plan advenant que les nouveaux droits de douane entrent en vigueur, mais il s'est gardé de dévoiler de quelconques détails.

J'ai des plans pour n'importe quelle situation, s'est-il contenté de déclarer.

En entrevue sur les ondes d’ICI Première, lundi matin, l’ancien premier ministre du Québec et membre du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, Jean Charest, a évoqué la possibilité d'une riposte tarifaire canadienne si l'administration Trump met sa menace à exécution.

Le Canada a dit assez clairement aux Américains que s'ils décident d’aller de l’avant avec la nouvelle ronde de tarifs, qu’il y aura une réplique canadienne forte.

Sans pour autant préciser quels secteurs seront touchés par cette réplique, M. Charest affirme que tout est sur la table.

Alors que Washington demeure ferme sur ses exigences, Ottawa tente de persuader les provinces de lever leurs restrictions sur l’alcool américain.

Les États-Unis disent imposer ces droits de douane en réponse à l'attitude discriminatoire du Canada envers leurs manufacturiers automobiles et leurs producteurs laitiers et d’alcool.

Au sujet des tarifs douaniers sur l'acier, l'aluminium, le bois d'œuvre et l’automobile, M. Charest affirme que le Canada cherche à éliminer les tarifs ou du moins à les réduire à des taux beaucoup plus bas qu’ils le sont actuellement.

Voici les derniers développements à la table de négociation canado-américaine en date de lundi matin.

Automobile

Selon les sources de CBC, le camp américain propose de réduire les droits de douane actuels de 25 % à 12,5 %. Une offre jugée insuffisante par le Canada.

Les États-Unis ont cité l’enjeu du secteur automobile comme étant l’une des raisons de l’imposition de nouveaux droits de douane de 50 %.

La Maison-Blanche avance que le Canada impose des droits de douane et des quotas sur les véhicules américains importés – mais pas sur les voitures d'autres pays.

La présidente nationale du syndicat Unifor et membre du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, Lara Payne, a rappelé que M. Trump ne réalise pas que ses tarifs douaniers font aussi mal aux entreprises américaines.

Nous ne pouvons pas nous permettre de concéder davantage et nous avons besoin d’un bon accord. Ça veut dire qu’il ne faut rien lâcher jusqu’à la toute fin, a-t-elle déclaré.

Des voitures passent sur la chaîne de montage de l'usine Stellantis à Brampton, en Ontario, le vendredi 21 juillet 2023.

Le syndicat Unifor représente environ 320 000 travailleurs canadiens. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Mme Payne avait déjà prévenu que le fait d’accepter des droits de douane maintenant pourrait donner à Washington une voie vers des droits de douane permanents sur le secteur automobile dans un éventuel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) renégocié.

Produits laitiers

Donald Trump critique depuis longtemps le système canadien de gestion de l’offre, qui permet à une certaine quantité de produits laitiers américains d’entrer au Canada sans taxe en vertu de l’ACEUM.

Lors de son annonce sur ces nouveaux droits de douane, la Maison-Blanche avait avancé que le Canada avait établi des quotas bien plus restrictifs sur le fromage américain que ceux appliqués sur des importations similaires en provenance de l’Union européenne.

Vendredi, le représentant au Commerce américain, Jamieson Greer, a réitéré cet argument en ajoutant que les États-Unis recevaient un traitement inégal sur les produits laitiers.

Des sources ont confié à CBC News que le Canada va devoir faire des concessions sur les produits laitiers dans un nouvel accord. Ce que le Canada a offert sur cet enjeu n'est pas clair.

Des concessions sur ce front pourraient s’avérer un risque politique pour le gouvernement Carney.

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a déclaré vendredi que la gestion de l’offre est une limite à ne pas dépasser pour la province et que plusieurs milliers de fermes et d'emplois dépendent de l’industrie laitière canadienne.

Pour sa part, Jean Charest avance que les Américains ne remettent pas en question l'existence de ce système dans le cadre de ces négociations.

Alcool

Le gouvernement fédéral a demandé aux provinces d’être prêtes le plus tôt possible à mettre de nouveau l’alcool américain sur les tablettes dans l’éventualité où un accord serait conclu, selon les sources de CBC News.

Cet enjeu est une autre des motivations principales des nouvelles menaces tarifaires de 50 % de l’administration Trump.

Seules l’Alberta et la Saskatchewan, qui ont un système de détaillants d’alcool privé, ont recommencé la vente de produits alcoolisés américains. Les autres provinces maintiennent leur interdiction.

Les négociateurs canadiens craignent que l’enjeu des produits alcoolisés soit un obstacle majeur à la clémence de l’administration Trump sur les droits de douane prévus mercredi.

Les interdictions de ventes sont entièrement gérées par les provinces, mais certaines d’entre elles ont dit qu’elles ne lèveront le pied que si elles obtiennent des concessions pour leurs secteurs clés.

Par exemple, Christine Fréchette s'est dite ouverte à l’idée de permettre aux vins américains de faire leur retour sur les tablettes de la Société des alcools du Québec (SAQ), mais en échange de réductions des droits de douane sur des secteurs comme l’aluminium.

Une tablette vide qui contenait auparavant des vins américains.

Les vins et spiritueux américains ont été retirés des tablettes des succursales de la SAQ.

Photo : Radio-Canada / Simon Lavictoire

Des sources ont aussi révélé que le gouvernement fédéral avait demandé aux provinces et aux territoires de se préparer à se débarrasser de leurs règles d’approvisionnement exercées en représailles si un accord est conclu. Ces règles favorisent les fournisseurs canadiens.

Acier et aluminium

Le Canada tente de forcer la main de l’administration Trump pour qu'elle réduise ses droits de douane de 10 % à 50 % déjà en place sur l’acier, l’aluminium et le cuivre.

Le gouvernement Carney a déjà annoncé de nombreuses mesures au cours des derniers mois pour venir en aide à ces secteurs, ce qui inclut un programme de prêts de 1 milliard de dollars à travers la Banque de développement du Canada (BDC).

La semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il injectera 100 millions de dollars additionnels dans l’industrie de l’acier. Un nouveau programme assurera notamment la moitié des coûts de transport de l’acier canadien par bateau ou par train à travers le pays.

La durée du programme est prévue pour une année, ou jusqu'à l'épuisement de l'enveloppe de 100 millions de dollars. Le rabais maximal s’élève à 50 millions de dollars par producteur.

Lorsque questionné sur la possibilité que le programme manque de fonds d’ici sa date butoir, le ministre des Transports, Steven MacKinnon, a laissé entendre qu’une extension pourrait être considérée.

Jeudi, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré vouloir mettre fin au boycottage de l'alcool américain seulement si le camp canadien réussit à conclure un accord qu’il juge équitable.

Si nous obtenons un accord équitable qui protégera notre secteur sidérurgique, automobile, forestier, agriculture et manufacturier, nous serons plus que contents de ramener l’alcool sur les tablettes, a déclaré M. Ford.

Bois d’œuvre

Selon les sources de CBC News, le Canada espère obtenir un sursis sur les droits de douane imposés par les États-Unis sur le bois d’œuvre.

Au moment d’écrire ces lignes, les droits de douane sur le bois d’œuvre sont de 45 %.

Toujours selon les sources de CBC, l’administration Trump croit que l’enjeu du bois d’œuvre devrait être négocié séparément des autres droits de douane.

Dans ce secteur, les droits de douane supplémentaires de 50 % que brandit la Maison-Blanche comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête d’Ottawa pourraient cibler des produits comme le charbon, le contre-plaqué ou encore les portes en bois. Ce qui pourrait particulièrement faire mal à l'économie de la Colombie-Britannique.

Vendredi, le premier ministre de la province, David Eby, a déclaré que les tarifs douaniers sur le bois d’œuvre doivent être revus et qu’Ottawa est conscient de l’importance de cet enjeu pour la province.

Meubles

L'industrie du meuble, particulièrement compétitive, n'a pas été épargnée par la guerre commerciale. Elle est d'autant plus vulnérable, puisque, contrairement à bien d'autres industries, c'est l'exportateur et non l'importateur qui paie le prix du tarif douanier.

Pour l'industrie du meuble canadienne, qui doit déjà gérer un tarif de 25 % sur l'acier, l'aluminium et les produits dérivés du bois d'œuvre, l'ajout d'un tarif de 50 % sur beaucoup de biens sera insoutenable pour plusieurs fabricants de meubles.

C'est sûr qu’à 50 %, c’est un embargo. Ça va être la fin de l’exportation dans certains cas, avance le président-directeur général de l'Association des fabricants de meubles du Québec, Gilles Pelletier.

Selon l'Association des fabricants de meubles du Québec, le tiers de la production de meubles est destinée à l'exportation, dont la quasi-totalité est envoyée au sud de la frontière.

Beaucoup de fabricants de meubles prévoient donc suspendre leurs expéditions dans les jours suivant le 19 août.

Au Québec, le secteur du meuble réalise un chiffre d'affaires d'environ 4 milliards de dollars par année, il représente aussi plus de 22 000 emplois.

Minéraux critiques, énergie et sécurité

Les Américains veulent un accord qui leur conférerait un accès préférentiel aux minerais critiques canadiens, notamment dans les secteurs de la sécurité et de l’énergie.

Le Canada a plusieurs chantiers à travers le pays, qui exploite plusieurs ressources hautement convoitées par nos voisins du Sud, tels que le lithium, le nickel, le cobalt et le cuivre. Ottawa est déjà à l'œuvre dans ce domaine pour accélérer la production de minéraux critiques, comme indiqué dans sa stratégie nationale publiée en 2022.

Plus tôt ce mois-ci, Donald Trump a annoncé que le gouvernement américain compte investir près de 3 milliards de dollars dans des projets de minéraux critiques et de batteries.

La Maison-Blanche a besoin de ces ressources pour renflouer ses réserves d’armes, largement entamées par la guerre avec l’Iran, et réduire la dépendance américaine envers les chaînes d’approvisionnement chinoises.

Il y a aussi la remise en question par Ottawa de l’achat d'avions de chasse F-35 américains. Le premier ministre Carney avait lancé le processus d'évaluation en mars 2025 en réponse aux tensions diplomatiques et commerciales avec l’administration Trump.

La semaine dernière, le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, a reconnu que l'achat d'autres F-35 est examiné par l’équipe de négociation.

J'espère que nous allons trouver un dénouement favorable, a-t-il déclaré.

Avec les informations de Benjamin Lopez Steven, Philip Ling et Kate McKenna de CBC News

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