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Et si le lac Ontario devenait le lac Oniatari’?

18 hours ago 2

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Quel est le nom d’un lac? Cela semble être une question toute simple.

Le 27 août, le président américain Donald Trump a signé un décret ordonnant au gouvernement des États-Unis de rebaptiser le lac Ontario Lake America.

Les Canadiens ont réagi de façon prévisible. Certains se sont indignés. D’autres en ont ri. Plusieurs ont simplement répondu que les Américains peuvent l’appeler comme ils le veulent, mais que de notre côté de la frontière, il restera le lac Ontario.

Tout cela fait partie des enfantillages politiques auxquels se prêtent de plus en plus nos dirigeants, de Doug Ford à Wab Kinew, en passant par Donald Trump.

Mais peut-être que Trump vient, sans le vouloir, de nous offrir l’occasion de réfléchir plus profondément aux noms. Car un nom n’est jamais qu’un simple nom.

Un nom n’est jamais qu’un simple nom

Pour les peuples autochtones, les noms nous relient au territoire, à l’histoire, à la langue et à la mémoire. Bien avant l’existence du Canada et avant qu’une frontière ne traverse les Grands Lacs, les peuples autochtones avaient des noms pour les rivières, les lacs, les montagnes et les territoires.

Ces noms décrivaient la terre. Ils racontaient des histoires. Ils contenaient des savoirs.

Puis les nouveaux arrivants sont venus.

Parfois, les colons ont tenté de prononcer un nom autochtone et en ont modifié l’orthographe. Parfois, ils l’ont traduit en français ou en anglais. Parfois, ils l’ont simplement remplacé par le nom d’un roi, d’un politicien, d’un prêtre ou d’un lieu européen.

Au fil des générations, ces nouveaux noms sont devenus normaux et plusieurs anciens noms ont disparu.

Nous sommes encore confrontés à cette histoire.

Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.

Quand les noms changent, la mémoire demeure

À Winnipeg, le boulevard Bishop Grandin est devenu Abinojii Mikanah, le chemin des enfants en anishinaabemowin. Le sentier Bishop Grandin est devenu Awasisak Mēskanôw en ininimowin, ou cri, tandis que la rue Grandin est devenue Taapweewin Way, qui intègre le mot michif signifiant vérité.

Mgr Grandin était une figure importante de l’histoire francophone du Manitoba, mais il était aussi un fervent défenseur du système des pensionnats pour Autochtones.

Ces changements ont suscité des débats. Une objection revient souvent : Ces noms autochtones sont trop difficiles à prononcer.

Peut-être que cette réaction en dit davantage sur nous que sur ces noms.

Donald Trump tient fièrement le document de son décret dans le bureau ovale.

Le président Donald Trump a signé jeudi un décret établissant que le lac Ontario portera désormais le nom de « Lake America » en représailles aux contre-tarifs douaniers annoncés par le gouvernement du Canada.

Photo : Reuters / Evan Vucci

La décision de Trump nous rappelle quelque chose d’important : nommer est un exercice de pouvoir.

Un président signe un document et son gouvernement appelle soudainement autrement un immense plan d’eau qui existe depuis des millénaires. Le lac n’a pas changé. Son histoire n’a pas changé.

Seul le langage du pouvoir a changé.

Les peuples autochtones connaissent bien cette expérience.

Il y a aussi une merveilleuse ironie cachée dans le nom Ontario lui-même.

Ontario est déjà l’écho d’un mot autochtone.

L’une des origines les plus souvent citées est le mot mohawk Oniatari', qui signifie beau lac. D’autres nations autochtones ont leurs propres noms pour ces eaux.

Pour le reste de cette chronique, je vais donc l’appeler le lac Oniatari'.

Je ne prétends pas avoir le pouvoir de le rebaptiser, ni qu’il existe un seul nom autochtone pour ce lac. Je veux simplement voir ce qui arrive lorsqu’on permet à un mot autochtone de se rapprocher de sa langue d’origine plutôt que de toujours passer par le français ou l’anglais.

Voilà peut-être une question plus intéressante que de choisir entre lac Ontario et Lake America. Ne devrions-nous pas utiliser une orthographe autochtone?

Pourquoi un nom autochtone doit-il être transformé pour devenir plus facile à prononcer par des francophones ou des anglophones?

Imaginez un panneau indiquant : lac Oniatari'.

Apprendrions-nous à le prononcer? Bien sûr.

Des noms trop difficiles à prononcer?

Les Canadiens ont appris à prononcer des milliers de noms venant de langues du monde entier. Pourquoi les langues autochtones seraient-elles différentes?

Cela ne veut pas dire qu’un gouvernement devrait décider seul du nom.

Les Haudenosaunee, les Wendat, les Anishinaabe et les autres peuples dont l’histoire est liée au lac Oniatari' devraient être au cœur de cette conversation. Il est même possible qu’il n’existe pas un seul nom faisant consensus.

C’est justement pourquoi la conversation serait intéressante.

La réconciliation ne devrait pas consister à remplacer un nom imposé par un autre. Elle devrait permettre aux langues autochtones de redevenir visibles dans le paysage.

Peut-être ne devrions-nous même pas parler de renommer.

Il s’agit peut-être plutôt de se souvenir.

Donald Trump peut ordonner aux organismes américains d’utiliser les mots qu’il souhaite. Mais le pouvoir politique n’efface pas des milliers d’années d’histoire.

Le lac Oniatari' était là avant Donald Trump.

Il était là avant les États-Unis.

Il était là avant le Canada.

Des peuples parcouraient ses eaux, pêchaient sur ses rives, racontaient des histoires et lui donnaient des noms bien avant nos frontières modernes.

Trump veut que les Américains l’appellent Lake America.

Peut-être que les Canadiens devraient commencer à l’appeler le lac Oniatari'.

Non pas pour imposer un nouveau nom, mais pour nous demander ce qui a été perdu lorsque les noms autochtones ont été transformés pour mieux convenir au français et à l’anglais.

La réponse canadienne la plus significative n’est peut-être pas de défendre le nom dont nous avons hérité. Elle consiste peut-être à demander aux peuples qui étaient ici les premiers comment ce lac devrait être écrit, prononcé et gardé en mémoire.

Le lac porte des noms depuis très longtemps.

Peut-être est-il temps que nous apprenions à les prononcer.

Tu dis que mon nom est étrange,
Tu le prononces de travers,
Tes yeux s’ouvrent grands quand je dis mon vrai nom,
Pourtant, c’est mon nom.

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