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Dans le coma, mais toujours facturée pour sa chambre individuelle

1 day ago 1

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Une famille de la Mauricie a hérité d’une facture de 1278,71 $ à la suite d’un accouchement par césarienne qui à mené à une hospitalisation d’urgence en 2024 au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) à Trois-Rivières. La raison : pendant que la mère était dans le coma, elle n’a pas demandé à ce que sa chambre soit changée.

Pour accueillir leur dernier enfant, Audrey Leclerc et son conjoint, Simon St-Yves, planifiaient une troisième césarienne.

Ils avaient réservé une chambre individuelle, dans l’unité de natalité, au montant de 232,19 $ par nuit. L’accouchement était planifié pour le 5 décembre 2024.

Dès le lendemain de l’accouchement, des complications ont nécessité une intervention d’urgence et un transfert aux soins intensifs. Victime d’une hémorragie interne avec une perte de trois litres de sang, elle a été plongée dans un coma artificiel.

Elle est restée au soins intensifs trois jours, avant de retourner à l’étage de natalité, jusqu’à son congé, le 17 décembre.

Audrey Leclerc.

Audrey Leclerc.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Elle a cessé de payer sa chambre individuelle le 12 décembre, mais n’a pas été changée de chambre puisque l’attribution répondait à une nécessité médicale.

Au total, elle a été hospitalisée près de deux semaines et son séjour lui a coûté un peu moins de 1300 $.

L’explication : durant son coma, ni elle ni son conjoint n’ont pensé à décocher la demande de chambre individuelle.

Payer même si nécessaire

Dans la directive ministérielle qui régit la tarification des chambres au Québec, il est indiqué que, tant que la case est cochée, la chambre est facturée à la personne.

Article 13 du règlement

 Lorsqu’une personne a demandé son admission dans une chambre privée ou semi-privée et qu’une telle chambre est attribuée et réservée à son nom, elle doit en payer le tarif prévu, même si son séjour dans une telle chambre, une unité coronarienne ou une unité de soins intensifs devient médicalement nécessaire.

Source : Directive ministérielle et Manuel de gestion financière du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

C’est là que réside l’interrogation d’Audrey. Pourquoi une facture pour quelque chose qui était nécessaire et qu’elle aurait eu, même sans en faire la demande?

En effet, la famille a réalisé qu’elle payait toujours la chambre près d’une semaine après les complications médicales.  C’est une infirmière qui nous l’a fait remarquer, se remémore-t-elle.

C’est à ce moment, soit le 12 décembre, que la famille a demandé d’annuler la requête pour une chambre individuelle.

 Ça n’a pas de sens que j’ai été facturée pour une chambre à laquelle j’aurais eu droit.

Elle ajoute que, si l’infirmière n’avait rien mentionné à la famille, le couple aurait payé jusqu’à la fin de l'hospitalisation, sans savoir qu’il avait cette facture à payer.

Responsabilité même dans le coma?

Pour Audrey, la situation est aberrante : comment aurait-elle pu demander, pendant son coma, que la case soit décochée, alors que sa santé s’est dégradée si rapidement?

Dans la documentation remise à la patiente, il est indiqué que,  malgré un transfert au sein de diverses unités, c’est la dernière décision valablement exprimée par l’usager qui continue de primer en cette matière.

Et ce, même si la chambre était devenue une nécessité.

Le président-directeur général du Conseil pour la protection des malades, l'avocat Paul Brunet, estime que  le patient ne devrait pas avoir à payer pour ça.

Sauf respect pour les autorités, dans cette période nébuleuse dans laquelle s’est retrouvée la dame, peut-être à cause de complications qui sont dues à l’administration des soins de l’établissement ou du personnel médical, je ne pense pas que le patient devrait avoir à payer pour ça.

À qui revient la tâche?

Une autre question qui lui a été posée : pourquoi son conjoint n’a pas pensé à faire la demande à sa place?

Or, pendant son coma, son conjoint s’est retrouvé seul, avec la petite Éloïse hospitalisée, leurs deux autres enfants et la ferme à grains familiale.

Audrey Leclerc, son conjoint, Simon St-Yves, et leurs enfants, lors de sa dernière grossesse.

Audrey Leclerc, son conjoint, Simon St-Yves, et leurs enfants, lors de sa dernière grossesse.

Photo : Courtoisie d'Audrey Leclerc

Selon Audrey, il lui était impossible dans ce contexte d’imaginer devoir demander l’arrêt des frais pour la chambre individuelle, surtout qu’il ignorait qu’il devait le faire.

Il était dépourvu. À la pouponnière, ils lui ont même suggéré d’aller se reposer parce qu’il n’arrêtait pas de pleurer.

Me Brunet est lui aussi d’avis que la responsabilité ne revenait pas au conjoint d’Audrey. La dame n’est pas inapte, c’est à elle qu’on doit s’adresser et c’est elle qui décide, affirme M. Brunet, qui souligne que ce n’était pas à son mari de choisir pour elle.

Deux ans de démarches

Le réveil du coma a été éprouvant : infection, ponction abdominale pour résorber l’hémorragie et nerf de la jambe sectionné lors de la chirurgie d’urgence, limitant temporairement sa mobilité. Le retour à la maison n’a, lui non plus, pas été de tout repos.

 Quand j’ai reçu la facture, j’ai pleuré. J’étais encore avec ma marchette, j’étais encore dans un état de choc post-traumatique, se rappelle-t-elle.

La famille a tenté de se faire entendre par plusieurs instances : le commissaire aux plaintes de l’hôpital, le protecteur du citoyen, la direction de l’hôpital et le bureau de la députée caquiste de l’époque, Sonia LeBel. Sans succès.

Contacté par Radio-Canada, Santé Québec a reconnu que certaines situations peuvent susciter des questionnements ou un sentiment d’iniquité.

 Bien que les modalités applicables soient établies par la directive ministérielle, nous demeurons sensibles à l’expérience vécue par les usagers et leurs proches lors de leur épisode de soins dans nos établissements, affirme l’entité.

Un paiement au goût amer

En octobre 2026, la famille s’est finalement résignée à payer la facture.  Ce n’est pas une question d’argent, mais je suis allé de reculons. C’est contre mes valeurs personnelles, confie la mère.

Pour Audrey, la bataille est symbolique.  Au-delà de la facture, c’est important pour moi que les gens soient au courant que des choses comme ça peuvent arriver, dit-elle fermement.

La famille est maintenant complète. Heureusement, dit-elle, car l’une des conséquences de cette épopée médicale est qu’Audrey ne pourrait plus mener à terme une grossesse. Malgré le sentiment d’injustice qu’elle ressent, elle garde un beau souvenir de l’accouchement de la petite Éloïse, qui soufflera bientôt deux bougies.

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