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Combien ça coûte d’être Québécois?

3 days ago 1

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Le coût de la vie s'impose déjà comme un enjeu majeur de la campagne électorale tout juste déclenchée. Les partis politiques multiplient les promesses pour réduire la pression sur le portefeuille des Québécois, dont le pouvoir d’achat s’effrite depuis quelques années. Mais saurez-vous évaluer à quel point?

Il y a eu une hausse marquée du coût de la vie au Québec ces dernières années, confirme Geoffroy Boucher, économiste à l’Observatoire québécois des inégalités.

La pandémie de COVID-19, l'invasion russe en Ukraine, la guerre en Iran et même la guerre tarifaire qui oppose le Canada aux États-Unis comptent parmi les raisons pour lesquelles tout coûte plus cher qu’avant. Mais que nous révèlent les chiffres sur cette hausse généralisée du coût de la vie?

Complétez les lignes dans les graphiques ci-dessous pour indiquer, à votre avis, à quel point les prix des nécessités de base – alimentation, logement et transport, notamment – ont évolué depuis 2017.

Puis appuyez sur Je soumets! pour confronter votre évaluation à l’épreuve de la réalité québécoise.

Se nourrir

S’alimenter est un besoin de base. Or, le coût de la facture d’épicerie s’est emballé depuis la pandémie de COVID-19, à un point tel que les Québécois ont parfois dû se serrer la ceinture avant d’arriver à la caisse.

Ce premier graphique montre l'évolution du prix moyen que doit débourser une famille composée de deux adultes et deux enfants pour faire l’épicerie chaque semaine.

À votre avis, quel sommet a-t-on atteint cette année?

Selon le Rapport annuel sur les prix alimentaires, une famille de quatre devra consacrer, en moyenne, 17 571,79 $ de son budget à se nourrir cette année. C’est une hausse de 51,5 % par rapport à 2017.

La flambée des prix des aliments n’a offert aucun répit aux Québécois au cours des dernières années.

Aux bouleversements de la chaîne d'approvisionnement causée par la COVID-19 s’est ajouté peu après le conflit en Ukraine, qui a compromis l'approvisionnement mondial en blé et a fait grimper le coût des intrants agricoles (engrais, semences et pesticides).

Puis la guerre en cours au Moyen-Orient a ramené les prix du pétrole à un sommet, ce qui s’est répercuté sur l’essence à la pompe et le coût pour transporter les aliments.

Même les tarifs douaniers imposés au Canada par le président américain Donald Trump, et les contre-tarifs appliqués par le gouvernement fédéral dans sa riposte, ont eu un impact sur l'inflation alimentaire.

Résultat : le secteur s’est transformé et les consommateurs ont dû modifier leurs habitudes.

Au Québec, le marché a complètement changé depuis cinq ans, indique Sylvain Charlebois, directeur scientifique du Laboratoire de recherche en sciences analytiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie. Il y a beaucoup plus de bannières au rabais et des centres de liquidation. Même les applications de récupération alimentaire, comme Food Hero ou Too Good to Go, ont gagné en popularité.

Reste que, selon lui, le Québec a l’un des paniers d'épicerie parmi les moins chers au Canada, bien que les prix des aliments n’aient pas subi les mêmes augmentations au fil des ans.

Sylvain Charlebois rappelle également que le taux d'inflation alimentaire est supérieur au taux d’inflation d'ensemble depuis maintenant 18 mois.

Il va falloir accepter le fait que l'alimentation coûte de plus en plus cher, estime l’expert. Beaucoup de facteurs peuvent affecter les prix. La chaîne d’approvisionnement demeure vulnérable à la géopolitique comme aux changements climatiques.

Se loger

Le prix de l’immobilier, que vous soyez locataire ou propriétaire, a considérablement augmenté à l'échelle de la province au cours des dernières années.

Saurez-vous dire combien il faut débourser chaque mois, en moyenne, pour un loyer de deux chambres au Québec (4 1/2) dans ce prochain graphique?

Plus une part importante du budget est dédiée à se loger, moins il en reste pour autre chose, notamment pour l’alimentation, soutient l’économiste Geoffroy Boucher.

Il explique que le logement est souvent perçu comme une dépense incompressible.

On a besoin de payer son loyer ou son hypothèque si on ne veut pas se retrouver à la rue, indique-t-il. Pas moins d’un locataire sur cinq a de la difficulté à payer son loyer au Québec, selon l’organisme Vivre en ville. C’est un sur quatre à Montréal.

D’ailleurs, si le prix du loyer moyen dans la province a augmenté de 69,4 % depuis 2017, celui-ci varie toutefois grandement d’une région à l'autre.

On a vu que les endroits où les loyers étaient les plus bas sont ceux qui ont connu la hausse la plus importante, soutient à son tour Guillaume Tremblay-Boily, chercheur à l’Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS). Un rattrapage malheureux qui a notamment touché Saguenay, Trois-Rivières et Sept-Îles.

Quant aux prix des maisons, ils ont aussi explosé en peu de temps.

Évaluez, dans le graphique qui suit, le prix moyen d'une maison unifamiliale au Québec.

Le prix moyen d’une maison unifamiliale a ainsi presque doublé depuis 2017. Les condos et les maisons en rangée coûtent aussi, sans surprise, beaucoup plus cher qu’avant.

Aux coûts du loyer et de l’hypothèque s'ajoutent également les autres frais liés au logement, dont ceux de l’électricité et du chauffage. Hydro-Québec estime par exemple à 137 $ la facture mensuelle en énergie à payer pour un client résidentiel moyen, soit une hausse de 17,1 % depuis 2019.

Se déplacer

Après le logement, c’est aux déplacements que les ménages consacrent le plus d’argent.

Les prix de l’essence, par exemple, sont parmi les plus volatiles. Mais le conflit au Moyen-Orient, déclenché en février dernier, les a repoussés à la hausse.

Selon vous, à combien s’élève le prix d'un litre d’essence ordinaire, en moyenne, au Québec?

On a vu des baisses du prix de l’essence ces dernières années, indique le porte-parole du CAA Québec, Simon Bourassa. L’offre et la demande ont fait en sorte que, pendant la pandémie par exemple, on a payé des prix dérisoires à certains égards pour l’essence.

En 2025, notre constat était qu'il y avait des prix raisonnables dans l'ensemble des marchés au Québec, mais c’était avant les bouleversements qu’on a connus au début de l’année 2026.

La réalité varie encore une fois d’une région à l’autre.

Dans certaines grandes régions urbaines, comme à Montréal et à Laval, on a eu des prix très élevés en 2025, rappelle Simon Bourassa. C’est un phénomène qu’on s’explique difficilement, puisque ce sont des régions où il y a énormément de volume de vente.

Plus le volume de vente est important dans une station-service, plus le prix demeure bas.

En général, poursuit-il, les prix les plus élevés vont être dans les régions éloignées au Québec. En Gaspésie, on se plaint souvent de prix particulièrement élevés, surtout en hiver, quand le tourisme prend fin et que la demande ralentit.

L’essence, dont les prix sont surtout à la merci du marché mondial, n’est en plus qu’une fraction du montant à débourser pour posséder une voiture.

Juste à l’achat, celle-ci coûte, en moyenne, 60 286 $ en 2026, selon les données d’AutoHebdo. C’est 45,9 % plus cher qu’en 2019.

Bien sûr, certains modèles sont plus abordables. Et les prix sont plus bas – quoique moins qu’avant depuis la pandémie – pour certains véhicules usagers, soit 34 985 $, en moyenne, en 2026 (+59,7 %), toujours selon les données d’AutoHebdo.

Les prix ont atteint un sommet alors que la forte demande des consommateurs s'est heurtée à un inventaire limité de véhicules neufs causé par une pénurie mondiale de semi-conducteurs, précise l'organisation d'analyse. Avec la reprise de la production et l'amélioration des niveaux de stocks, l'offre a rattrapé la demande, atténuant ainsi les pressions sur les prix, indique-t-on.

Mais même une fois achetée, la voiture continue toutefois d'additionner les dépenses en assurance, en entretien ou encore en stationnement.

Si vous n’avez pas de voiture, vous devez sans doute compter sur le transport en commun… dans les plus grands centres urbains, du moins.

À combien s’élève, par exemple, le prix de la carte mensuelle de métro à Montréal, d’après vous?

C’est 32,5 % plus cher d’acheter une carte mensuelle qu’en 2017. Son prix a augmenté chaque année depuis, contrairement au passage unique.

Ce dernier coûte aujourd’hui 3,75 $, en hausse de 50 cents (+15,4 %) par rapport à 2017.

Se divertir

Le voyage et les loisirs ne sont pas non plus épargnés par la hausse des prix qu’a connus le Québec.

Si vous n’êtes pas allés au cinéma récemment, vous pourriez être surpris du montant qu’il faut débourser aujourd’hui pour une sortie familiale, maïs soufflé compris!

Mais, seulement pour un billet, quel prix faut-il payer en moyenne au Québec?

Les prix varient toutefois selon le cinéma, le jour, l'heure de la séance et le format, notamment, rappelle Michelle Saba, vice-présidente aux communications chez Cineplex, qui assure qu’ils ont augmenté au rythme de l'inflation au cours des dix dernières années.

Un billet standard dans un cinéma Cineplex de Montréal coûte, par exemple, autour de 14 $. Mais ce montant peut s'élever à 19 $ pour un film en 3D ou encore à 23 $ en IMAX. Des soirées à prix réduits les mardis et des tarifs pour enfants et aînés sont toutefois disponibles.

Aller au cinéma demeure l'une des activités les plus abordables, surtout comparativement aux spectacles, aux concerts et aux événements sportifs, assure Michelle Saba.

Quant aux soirées cinéma à la maison, les abonnements aux plateformes de diffusion en continu ont aussi augmenté, à un rythme toutefois plus élevé que l'inflation.

Quel montant faut-il désormais consacrer, d’après vous, à son abonnement mensuel à Netflix?

Le coût mensuel d’un plan standard à deux écrans a presque doublé (+90,1 %) depuis 2017. Toutefois, des forfaits avec publicité ont fait leur apparition en 2022 et coûtent deux fois moins cher. Selon l’Observateur des technologies médias, Netflix demeure la plateforme la plus populaire sur le marché.

Autres dépenses

Mais ce n’est pas tout. D’autres dépenses accaparent évidemment certains ménages québécois.

Les familles avec enfants doivent en plus s'acquitter des frais de garde. Le Québec peut notamment compter sur des places en garderie subventionnée.

À votre avis, comment a évolué le prix d’une journée en CPE depuis 2017?

Il s’agit d’un montant indexé chaque année, le 1er janvier.

À titre de comparaison, une place dans une garderie privée, et non subventionnée, coûte environ 45 $ par jour. Ces frais peuvent toutefois faire l’objet d’un crédit d’impôt.

Au Québec, on est quand même généreux pour les familles avec enfants, mais on l'est un peu moins dans nos transferts gouvernementaux pour les personnes seules, souligne l’économiste Geoffroy Boucher.

Parmi les personnes seules les plus confrontées à la hausse du coût de la vie : les étudiants, qui ont vu leurs frais de scolarité grimper depuis le Printemps érable.

Pour un étudiant québécois au baccalauréat, à combien s’élèvent les droits de scolarité annuels (30 crédits) en 2026?

C’est une hausse de 40,7 % depuis 2017, à laquelle s'ajoutent bien sûr des frais additionnels liés à l’achat de matériel scolaire.

Pas tous égaux devant la hausse du coût de la vie

L’augmentation du coût de la vie frappe tout le monde, mais à un niveau différent.

Les personnes à faible revenu, par exemple, sont disproportionnellement affectées, rappelle Geoffroy Boucher, parce que certaines catégories de dépenses, comme le logement et l’alimentation, occupent une part plus importante de leur budget.

Ce sont aussi celles qui ont le plus augmenté depuis 2017, selon l'indice des prix à la consommation.

Les personnes à faible revenu consacrent, par exemple, la moitié de leurs dépenses au logement et à l’alimentation, souligne l’Observatoire québécois des inégalités, contrairement à 22 % pour les plus riches.

Lorsque ces dépenses-là sont celles qui augmentent le plus, l’effet négatif est davantage ressenti par le ménage à plus faible revenu, indique Geoffroy Boucher. L’Observatoire a d’ailleurs noté un accroissement marqué des inégalités de revenu au Québec dans les cinq dernières années.

L’inflation « normale »

Il n’est pas anormal que le prix des biens et services augmente. On cible toutefois une hausse annuelle du coût de la vie variant de 1 % à 3 %, soit d'environ 10 % à 30 % de 2017 à aujourd’hui.

On a eu une inflation plus élevée que ce que la Banque du Canada souhaite voir, note cependant Geoffroy Boucher, alors que le logement, l’alimentation et le transport ont tous augmenté de plus de 30 % au cours de la même période.

L'inflation est donc normale, à condition qu’elle se maintienne autour de 2 % par année, ou dans la fourchette de 1 % à 3 %, mais aussi que les salaires suivent la même augmentation, ce qui est généralement le cas.

Au Québec, le salaire moyen était de 35,97 $ l’heure en juillet 2026 (+41,8 % depuis 2017), alors que le salaire minimum a été indexé à 16,60 $ l’heure en mai.

Mais est-ce suffisant malgré tout pour affronter la hausse du coût de la vie?

Pas selon l’Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), qui convertit depuis 2015 la somme des différents besoins de base à combler en un revenu viable, soit un indicateur de sortie de la pauvreté.

Depuis quelques années, dans presque tous les scénarios, l'augmentation du revenu viable est plus élevée que l’inflation générale, souligne le chercheur Guillaume Tremblay-Boily.

Ça veut dire que la précarité augmente, précise-t-il.

Quand on atteint un revenu viable, on est loin de vivre dans le luxe. On a seulement un peu plus que ce qu’il faut pour couvrir nos besoins de base, une certaine marge de manœuvre pour participer à la vie sociale. Mais on est très loin d'être riche.

Le salaire minimum ne permet pas d'atteindre le revenu viable et l’écart se creuse pour une 4e année de suite, note-t-il.

Le contrat social est brisé, déplore le chercheur. On s’attend à ce que le fait de travailler à temps plein permette de sortir de la pauvreté, mais c’est de moins en moins vrai pour une proportion de plus en plus grande de la population.

Sans surprise, le revenu viable est plus élevé à Montréal, mais aussi à Gatineau, notamment en raison du coût à débourser pour se loger. Il est aussi très élevé à Sept-Îles, où, en l’absence d’un système de transport en commun, il faut posséder une voiture pour se déplacer.

À Montréal, une personne seule a besoin d’un salaire de 30 $ l’heure pour atteindre le revenu viable, insiste Guillaume Tremblay-Boily. L’IRIS estimait, en 2022, que 12 à 15 % de la population du Québec vivait en deçà du revenu viable.

C'est préoccupant, parce que de plus en plus de gens ont de la difficulté à y arriver et ont le sentiment légitime de ne pas pouvoir s’en sortir, dit le chercheur. Les répercussions sont aussi très importantes pour les personnes les plus précaires.

La hausse du coût de la vie a notamment accentué l’insécurité alimentaire, qui frappait une personne sur cinq au Québec en 2024. On la lie aussi à l'itinérance visible, dont le plus récent dénombrement, l’an dernier, a fait état d’une hausse de 20 % en trois ans des personnes sans résidence à travers la province.

L’économiste Geoffroy Boucher sonne lui aussi l’alarme sur la capacité de la population du Québec à subvenir à ses besoins de base.

Il faut s’intéresser très sérieusement à cette crise du coût de la vie. Et surtout aux impacts différenciés que ça peut avoir sur différents groupes de la population, comme les personnes seules, à faible revenu ou habitant en région éloignée, mais aussi les femmes, les jeunes et les personnes racisées.

Les partis politiques ont cinq semaines pour vous convaincre qu’ils possèdent la ou les solutions à la crise du coût de la vie au Québec.


Méthodologie

Nous avons choisi pour nos graphiques des dépenses répandues au sein des ménages québécois parmi leurs principaux postes de dépenses, soit l’alimentation, le logement, le transport et les loisirs. Les données, de 2017 à 2025 (ou 2026, lorsque disponibles), proviennent de différentes sources, indiquées sous chacun des graphiques, dont Statistique Canada, la Société canadienne d’hypothèques et de logement, la Régie de l’énergie du Québec ou encore l’Institut de la statistique du Québec.

Bien sûr, les chiffres utilisés pour cet article n’offrent qu'une vision partielle de la réalité. Il s’agit de moyennes qui pourraient ne pas correspondre à votre réalité. L’objectif est simplement de montrer comment les prix ont évolué et de confronter votre perception aux données.

Des visualisations de données complémentaires ont été ajoutées à l’article pour offrir un portrait plus complet du coût de la vie au Québec.

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