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Ce que le mystérieux voyage du directeur de la CIA à Moscou dit des intentions de Poutine

6 days ago 3

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Écouter l’article | 6 minutes

La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Les spéculations concernant la prochaine initiative du président russe, Vladimir Poutine, ont atteint leur paroxysme, au début de la semaine, après la visite inhabituelle du directeur de la CIA, John Ratcliffe, en Russie.

Plutôt que de se rendre à Moscou en jet privé, comme le prévoit le protocole habituel pour ce genre de mission, M. Ratcliffe est arrivé à l'aéroport de Vnukovo à bord d'un imposant et très visible C-17 Globemaster des forces aériennes des États-Unis.

Quel était le message du directeur de la CIA?

Mercredi, le Wall Street Journal a rapporté que la mission constituait un ultimatum direct à Vladimir Poutine : qu'il renonce à une campagne croissante de sabotages contre le flanc est de l’OTAN, sous peine de déclencher une riposte directe des alliés.

Les attaques hybrides russes, présumées ou confirmées, perpétrées en Europe – notamment des tentatives d'assassinats, des actes de sabotage et de fréquentes incursions de drones – se sont intensifiées ces derniers temps.

Des responsables russes ont eux-mêmes évoqué cette semaine la possibilité de frapper directement les fabricants d'armes occidentaux qui approvisionnent l'Ukraine, notamment en Grande-Bretagne, qui s’est dite prête à fournir aux Ukrainiens les plans pour fabriquer leurs propres missiles à longue portée.

Les stratèges militaires se demandent aussi, depuis longtemps, si Vladimir Poutine, pour obtenir un règlement favorable en Ukraine, pourrait tenter d'entraîner directement les États-Unis ou l'OTAN dans le conflit.

Des véhicules militaires transportent des soldats canadiens.

Des soldats canadiens lors d’un exercice militaire en Lettonie (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Ints Kalnins

Une attaque de faible envergure contre un petit pays balte, mettant à l'épreuve l'article 5 du traité de l'OTAN relatif à la défense collective, pourrait constituer une stratégie et révéler des fractures au sein de l’alliance.

Le plus important déploiement militaire canadien à l'étranger se trouve dans les pays baltes. Plus de 2000 soldats sont basés en Lettonie, avec pour mission de dissuader toute velléité d'aventure russe dans la région.

Jeudi, cependant, Donald Trump lui-même a semblé minimiser cette inquiétude, déclarant qu'il n'était pas préoccupé par une attaque russe contre l'OTAN et qualifiant le voyage de M. Radcliffe de semi-routinier.

Quelques heures plus tard, le New York Times publiait un article reprenant les propos du président américain. Selon cet article, l'OTAN n'était finalement pas le principal sujet de la réunion. L'avertissement adressé à M. Poutine était plutôt de mettre fin à sa guerre contre l'Ukraine avant que la situation économique et militaire de la Russie ne s'aggrave.

Quelle est la situation de la Russie?

Après cinq années de conflit avec l’Ukraine, l'économie russe, malgré une certaine résilience, donne des signes d'essoufflement. La croissance devrait n’être que de 1 % cette année et l’inflation, autour de 6 %. Les services publics sont en berne, les dépenses militaires et de sécurité absorbant 40 % du budget de l’État.

Par ailleurs, Moscou peine à recruter des volontaires prêts à accepter une solde généreuse pour combattre en Ukraine (ces rémunérations peuvent atteindre 10 fois le salaire moyen). Selon des sources occidentales, la Russie aurait subi jusqu'à 1,4 million de pertes (nouvelle fenêtre), en comptant les morts, les blessés et les disparus.

Un panneau de nuit dans la ville.

Un panneau publicitaire fait la promotion de l'armée à Moscou. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / EVGENIA NOVOZHENINA

Les services de renseignement ukrainiens pensent donc que Moscou lancera prochainement une mobilisation de masse nationale qui, bien qu’impopulaire, pourrait envoyer des centaines de milliers de nouveaux conscrits au combat dans le but de submerger les défenses ukrainiennes déjà mises à rude épreuve.

Poutine espère que ces 600 000 nouveaux soldats parviendront à percer les lignes ennemies et à conquérir des territoires. Il ne se contentera pas de prendre Donetsk, la région de Louhansk ou Zaporijia; il veut aller jusqu’à Kiev, croit Yuriy Boyechko, qui dirige Hope for Ukraine, une organisation humanitaire basée aux États-Unis.

Une mobilisation massive comporterait toutefois des risques pour Vladimir Poutine, selon Glen Howard, de la Saratoga Foundation, un groupe de réflexion sur la sécurité basé à Washington.

Elle serait extrêmement impopulaire dans les grandes villes, jusqu’ici épargnées, et pourrait provoquer une nouvelle fuite des cerveaux. Les usines civiles et l'agriculture pourraient aussi se retrouver privées de la main-d'œuvre nécessaire au maintien des chaînes d'approvisionnement essentielles et à la continuité de l'économie de guerre russe.

Et si la visite de la CIA à Moscou avait pour objet l’Iran?

L'analyste militaire et de sécurité canadien Wesley Wark ne croit pas que Vladimir Poutine ait intérêt à provoquer directement l'OTAN, même si les États-Unis sont politiquement et militairement affaiblis par la guerre en Iran.

Je pense que les inquiétudes concernant l'article 5 sont exagérées, a déclaré M. Wark à CBC News. Selon moi, John Ratcliffe s'est rendu à Moscou pour transmettre un message soulignant la détermination des États-Unis à imposer des sanctions économiques à l'Iran, et pour avertir la Russie de ne pas s'ingérer.

La Russie est l'un des principaux soutiens militaires internationaux de l'Iran, et le gouvernement de M. Poutine pourrait fournir à l'Iran des informations de ciblage afin de guider les frappes contre les bases militaires américaines dans le golfe Persique.

Signe que l’hypothèse d’une intervention russe contre un pays balte ne semble pas à l’ordre du jour, le ministre letton des Affaires étrangères a déclaré sur les réseaux sociaux que l'évaluation de la menace contre la Lettonie reste inchangée.

Adaptation d'un article de Chris Brown (nouvelle fenêtre), de CBC News

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